Lectures d’été

Foi et civilisation

par Gérard Leclerc

mercredi 24 juillet 2019

À lire L’Archipel français de Jérôme Fourquet (Seuil), on ne peut être qu’impressionné par la description que le sociologue opère de «  la dislocation de la matrice catholique  ». Fondée sur des observations étayées par des séries statistiques impressionnantes, elle prête difficilement à la critique. Le tableau général paraît irrécusable.

La sociologie crédible ?

Cependant, il est permis de se poser quelques questions à propos même de la sociologie. Établie sur des constatations empiriques, est-elle toujours en mesure de donner l’éclairage approprié à des phénomènes dont les causes sont parfois loin d’être évidentes ? Un historien comme Guillaume Cuchet, qui est encore plus investi dans l’étude de pareils phénomènes, soulève des énigmes qu’il est très loin de percer à jour. Et par ailleurs, il y a, me semble-t-il, quelque danger à décrire certaines évolutions sociétales sous le sceau de l’irrépressible, de l’inévitable, d’autant plus que cela conforte une vision progressiste a priori de l’histoire.

Discrédit des adversaires du christianisme

Il est difficile d’interpréter les ressorts intimes d’une civilisation. Notre monde a-t-il cessé d’être chrétien parce qu’il y a eu rupture de transmission de la culture chrétienne ou par manque d’appétence pour une telle culture ? Le tournant civilisationnel des années soixante est aussi marqué par le discrédit et l’abandon des religions séculières qui avaient combattu le christianisme au XXe siècle. Ce n’est pas une vision du monde qui se substitue à une autre mais une déconstruction généralisée marquée par un scepticisme radical. Celui d’un Michel Foucault qui pense que l’homme est avant tout un être erratique, incapable de certitudes générales. Celui encore d’un président d’un étrange Comité d’éthique officiel qui professe qu’il n’y a pas de bien ou de mal, mais simplement les avancées de la science qui peuvent produire des modifications sociales.

Vers un retournement imprévu ?

Mais qui nous dit qu’il ne se produira pas des retournements imprévus, ces ricorsi de Giambattista Vico, qui interviennent sous le mode héroïque, voire sous le mode héroïque de la sainteté ? L’humanité n’est pas seulement erratique, elle est capable de volonté, de sursauts, de remises en cause. Peut-être convient-il de se mettre à distance par rapport à nos problèmes d’aujourd’hui pour mieux percevoir la respiration des civilisations. Ainsi, j’ai repris un classique, spécialiste de civilisation de la Renaissance en Italie, Jacob Burckhardt, qui s’est longuement interrogé sur les mutations de l’esprit religieux à cette époque. Son analyse est dense de toute la complexité de cette époque riche dans le raffinement de ses arts. L’âme de la Renaissance est profondément troublée. Cependant, écrit Burckhardt : «  En creusant d’avantage la question, on découvrira que sous l’apparence de l’incrédulité ou de la superstition, le sentiment religieux subsistait dans toute sa force.  » Il n’en va sûrement pas de même aujourd’hui, mais qui nous dit qu’un tel sentiment n’est pas près de ressurgir ? L’incendie de Notre-Dame pourrait bien constituer la parabole forte d’un retour sur soi.

Messages

  • Bien inspiré sera le prophète de la civilisation du futur.

    Le réflexe identitaire ne répond que partiellement à cette attente.
    La foi en la docte certitude que le progrès conduit au plus en plus à l’infini engendre ses propres limites.
    Le vieillissement d’une population sécurisée par la recherche médicale mène aux âges avancés de la vie et son dédale de dépendances physiques et psychiques, et ces maladies du grand âge que l’on appelait jadis la sénilité, et aujourd’hui benoitement les affects neuro psychologiques..

    Dans le train de l’histoire présente, la recherche sous tous ses visages permet des avancées notoires.
    Mais il y a ces phénomènes imprévisibles tels le réchauffement climatique, longtemps repoussé comme une hypothèse d’école des plus sceptiques qui impose des réponses urgentes pour assurer l’avenir des hommes et des populations.

    Les atermoiements au sujet de la natalité, de la baisse de la démographie dans les pays les plus riches de la planète, ne correspondent plus aux assurances d’un temps jadis où donner la vie était la garantie d’assurer l’avenir d’un pays, d’une population, avec son lot d’échec et d’inconnus.

    La confiance pour le futur ne s’achète au prix du marché quelles que soient les garanties données.
    Il faut croire en l’homme et la femme pour partager l’assurance que le temps qui vient est durable, possible et prometteur.

    En quelles promesses croyons-nous aujourd’hui ?

    On nous apprenait il y a peu que le monde était divisé entre les croyants et des incroyants rivés aux prophéties les plus sombres.
    On nous disait encore que la raison était la mère de l’intelligence et les rudiments d’irrationalité humaine compromis dans les inversions de l’intellect de basses eaux du passé.

    Les certitudes des uns et des autres ont sauté sous le poids des objections les plus objectives.

    Mieux encadrer les ambitions humaines devait assurer le confort partagé de l’humanité.
    Mais les constats les moins irréfutables prouvent que la machine du progrès à l’infini engendre ses conséquences transversales non désirées.

    L’âme paysanne de la terre et des champs du "Paysan de la Garonne", faisait rêver toujours le laboureur et l’éleveur au milieu des ses terres.
    Aujourd’hui en qui et en quoi rêve-t-on encore ?

    Dans nos campagnes et nos cités en quête de sens pour l’avenir !
    Toute civilisation est portée par une âme probe et heureuse de sa vie, mais les références d’aujourd’hui sont vaporeuses, absentes ou incertaines.

    Le futur est à venir.
    La civilisation de ce futur, libre, dégagée des réticences d’un lourd tribut est payée au prix fort désormais.

    Qu’en ferons-nous ?

  • En attendant, cher G.L., avec ou sans sociologie, l’amour ne cesse de se refroidir.

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