Fin du corps sexué, fin de l’histoire

par Gérard Leclerc

mardi 22 janvier 2019

Il est des sujets qu’il convient de ne pas mettre sur la sellette. Ainsi va un certain progressisme qui prétend décider de ce qui est moderne ou pas et s’oppose à toute discussion sérieuse de ce qu’elle tient pour définitivement acquis. D’où la surprise, voire la stupéfaction, lorsque parmi les vœux de l’opinion arrive en tête la remise en cause du mariage dit pour tous. C’est une sorte de sacrilège, car il n’est pas vrai que le sacrilège ait disparu aujourd’hui, il a simplement changé d’objet avec les déplacements de la sacralité. Il en va aussi de l’avortement qui constitue un droit absolu que ne saurait relativiser aucune requête de la conscience. Impossible de remettre en cause la notion de gender, dont Le Monde nous assurait sérieusement encore la semaine dernière qu’il ne constitue en rien une théorie philosophique, n’étant qu’un simple dispositif de recherche en sciences humaines.

Toute objection à ces dogmes progressistes est considérée comme réactionnaire ou ultra-conservatrice, les mots employés étant autant d’armes d’intimidation pour faire taire les récalcitrants, car il s’agit bien d’une guerre, une guerre de l’esprit, dont, je le répète, les enjeux sont d’une rare gravité. Une révolution anthropologique est en cours, dont les médias ne nous montrent que quelques effets de surface. Les choses prennent une autre dimension lorsqu’on s’intéresse aux chercheurs de pointe qui vont jusqu’au bout de cette révolution. Et ces chercheurs sont en mesure d’exercer une pression intellectuelle qui change les mentalités courantes et dispose les sociétés à accepter ce qu’elles n’auraient jamais accepté autrefois. C’est d’une certaine façon la revanche des totalitarismes vaincus d’hier, qui ont inoculé durablement à la postérité l’usage de la transgression.

Pour lutter contre cette déshumanisation dont Gunther Anders disait qu’elle était la conséquence de l’idée d’obsolescence de l’homme, il faut du courage, de la détermination. Heureusement, Anders et d’autres prophètes, tel un Philippe Muray, nous ont avertis à l’égard « d’une humanité techniquement réformée, réanimalisée, déshominisée… Fin du corps sexué. Fin de l’histoire. Fin de la distinction entre animal et humain. » Il y a de quoi se battre !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 janvier 2019.

Messages

  • PROGRESSISME OU CONTRE ANTHROPOLOGIE

    Belle clarté de ce véritable et dense petit essai. Le retournement des catégories de la sacralité dans les religions séculaires (qui embarquent toute l’opacité du sacré religieux qui avait la supériorité de se penser comme tel et d’avoir, si j’ose dire ici, une théorie explicite, sinon le concept (au sens de René Girard) de ses origines), s’illustre parfaitement dans un nouveau "sacrilège" avec les mêmes effets répressifs et intimidants. A quand une nouvelle affaire Calas contre la terreur progressiste ?

    Une des conséquences est l’effacement de la distinction entre sacré et profane, César et Dieu. La vie quotidienne, le langage commun, la parhesia au sens grec (liberté de parole), sont désormais traquées par l’appel à la délation sous menace de lynchage, de tout un chacun (situé du bon côté) contre n’importe qui. Un nouveau totalitarisme de lé dénonciation pour tous sur fond de sacralisation du langage de l’ex vie profane.

    Audacieux mais nécessaire aussi est d’unifier et nommer "progressisme", l’ensemble des fuites en avant post-anthropologiques. C’est en dernière instance la catégorie in fine de la mondialisation culturelle sous hégémonie des "libéraux américain", phagocités chez les actuels démocrates, par les "minorités", hystérisées de voir leur délire légitimé par lâche électoralisme et effondrement intellectuel imposé par les machineries de partis. Le différentialisme balaie tout universalisme.
    C’est effectivement Le Monde qui est en francophonie le journal-pape de cette cependant secte mondialisatrice (elle fonctionne comme telle et n’est menée que par des minorités dans tous les peuples embarquant cependant les plis totalitaires que la fin du communisme n’a pas détruit.). Oligarchisme, il n’y a pas de mot plus adapté dans notre héritage, sous couvert de démocratie devenu pur "élément de langage"..
    Quand aux contenus, deux marqueurs principaux sont donnés, certes essentiels, mais il y en aurait d’autres tout aussi menaçants, dont l’injonction sexualiste dès l’enfance, l’homosexualisme anthropologique, la diabolisation de tout héritage ("identité ?) collectif... Etc

    J’ajouterai cependant deux remarques qui pourraient ne pas nous enfermer dans le catastrophisme qui n’attendrait que l’épreuve de réalité des malheurs engendrés par le déni de la nature humaine, pour que se résolve cette nouvelle folie à une telle échelle historiquement jamais vue. Notre "résistance" est certes acquise, pour autant seulement que nos forces le seraient mais est-ce vraiment rassurant au regard de l’actuel air du temps.

    - , un tel lance-flamme universel sur le socle des consensus anthropologiques qu’avaient fini par engendrer des millénaires d’expérience tragique et le christianisme paulinien, se manifeste par la floraison des condamnations à disparition... la fin de... généralisée, pour un monde libéré selon les progressistes... à ceci près que cette obsession de la FIN transgresse un des interdits les plus radicalisés du progressisme et que sa trop grande banalisation pourrait lui jouer des tours. L’apocalypse laïcisée ne saurait engendrer les garde-fous par lequel le christianisme a domestiqué l’idée de la fin des temps.

    - Nonobstant l’empoisonnement relatif des esprit par le moulinage institutionnel notamment scolaire et la captation ultérieure par l’offre sexualiste omniprésente, liquidant (avec le lynchage public banalisé) toute conscience du bien et du mal, dont le sujet libre lui-même, cet endoctrinement reste essentiellement minoritaire et heurte la précédente sacralité (avancée), celle de la souveraineté des peuples alias la démocratie. A ceci près que subissant dans tous les registres de leur vie cette tyrannie oligarchiste (et pas seulement dans leurs fondamentaux familiaux sapés), les peuples, en tout cas de larges pans, se rendent compte de l’imposture de l’emploi du mot démocratie par des oligarques, et de l’obsolescence de ce qu’il recouvrait.

    En cela aussi une crise est ouverte, dont rien ne préjuge ni positivement ni négativement du mode de résolution. Deux raisons de ne pas désespérer. Ce qui n’est évidemment pas le style de France catholique, mais cela ne nuit pas d’ajouter un ou deux arguments historiques à la seule espérance, à supposer que cette vertu théologale concerne ces pataugis de l’Histoire humaine.

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