Faux pas, « Gilets jaunes » et colère noire

par Denis Lensel

lundi 7 janvier 2019

Le trop-plein a été atteint au deuxième semestre de l’an de disgrâce 2018 avec, de la part du gouvernement, l’accumulation de mesures impopulaires, de taxes excessives et de phrases maladroites… En première ligne de la fronde, il y a eu « ceux qui fument des clopes et qui roulent au diesel », pour citer Benjamin Griveaux, le porte-parole de Macron, peu en phase avec la « France périphérique » irritée…

Parmi les gouttes qui ont fait déborder le vase des carburants coûteux alimentant le mécontentement croissant des automobilistes, il y a eu la limitation des 80 km/h sur 400000 kilomètres à travers ladite France, une limitation assortie d’une multiplication supplémentaire du nombre des radars : son initiateur, le Premier ministre Édouard Philippe, avait pourtant deviné qu’il en tirerait une certaine « impopularité »… Il a été servi bien au-delà de ses suppositions…

À cela s’ajoutaient les hausses de prix du litre de carburant et l’augmentation effrénée du tarif des péages des autoroutes… Le raz-de-marée des « Gilets jaunes » a brusquement jailli sur tous les ronds-points de France et de Navarre, avant de déferler à Paris, sur la rive droite de la Seine, jusque sur les Champs-Élysées…

Habillés de la couleur des œufs cassés, la moutarde leur montant au nez, les Gilets jaunes, pour la plupart, ont vite été gagnés par une colère noire. Dans un premier temps, le gouvernement refusait de céder le moindre centime sur le moindre litre de carburant : cela n’a pas peu contribué à attiser ce ressentiment populaire, et à envenimer les choses, jusqu’à la vindicte actuelle contre Macron. C’est alors que la violence a éclaté, tant à Paris que dans plusieurs grandes villes, et même au-delà.

Autre phénomène, beaucoup plus préoccupant : longtemps apolitique et seulement socio-économique, le mouvement de fronde des « Gilets jaunes » a été peu à peu encouragé, épaulé, encadré puis, très probablement, infiltré çà et là par des organisations politiques extrémistes, rêvant, à l’Ultra-Gauche d’un « Grand soir » pour un nouveau prolétariat, et à l’Ultra-Droite d’un coup de force antirépublicain… Vers des lendemains qui pourraient bien déchanter…

Des esprits échauffés ont réclamé la démission d’Emmanuel Macron, comme si on pouvait refaire un scrutin électoral dans la rue… Des individus délicats sont allés jusqu’à mimer une décapitation du jeune président devenu bouc émissaire, en poussant le souci du détail jusqu’à utiliser du sang d’animal… D’autres veulent donner des rendez-vous hasardeux tous les samedis à des manifestants dont on ne sait plus exactement ce qu’ils veulent… Sinon, pour certains, faire du passé table rase, en une bonne révolution nihiliste… Car rien ne garantit que des casseurs et des émeutiers ne vont pas se glisser parmi eux, comme on l’a déjà vu.

Du côté du gouvernement, on propose un grand débat national, autour de grands thèmes de réforme. Du côté des principaux partis d’opposition, dans un climat de fièvre, d’irréflexion ou de surenchère démagogique, les propositions constructives tardent à venir… Quant à la voix des syndicats, elle est, soit affaiblie, soit discréditée, soit acquise aux extrêmes… Restent les maires de France, que le gouvernement d’Emmanuel Macron a eu longtemps le tort de tenir à l’écart de sa politique…

Il est donc urgent qu’au lieu d’entretenir une de ces guerres franco-françaises dont notre pays a le redoutable secret, les Français se reparlent, sans se suspecter à l’avance des plus noires intentions : certains le font déjà sur les ronds-points, certes en petit comité… Pourquoi pas le faire sur des tables rondes, d’une façon élargie, plus durable et plus féconde ?

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Photo : © François Goglins

Pour aller plus loin :

Messages

  • On ne peut pas comparer les dialogues et débats (de qualité fort inégale) qui se déroulent sur les ronds-points de France avec ce projet fumeux de "grand débat" dont nous rebattent les oreilles tous les affidés du régime. Ce "grand débat" n’est qu’un truc, une diversion, une nouvelle arnaque de la même eau que "l’augmentation du SMIC" concoctée par les scénaristes de la Macronie, experts en ombres chinoises.
    Qu’est-ce qu’un "grand débat" qui, d’emblée, éliminé tous les sujets critiques susceptible d’aller à l’encontre du projet de grand chambardement porté par Zupiter, ses mandants et ses pitoyables godillots ?

    Ce grand foisonnement de propositions qui montent de la clameur des ronds-points, et que les médiacrates traitent avec mépris condescendant en faisant mine de n’y rien comprendre, est l’expression du véritable grand débat ! Celui que le pouvoir, buté et obstiné, se refuse d’entendre et encore moins de prendre en compte.

    Macron, bouc émissaire ? Mais c’est lui-même qui s’est désigné comme l’alpha et l’oméga, celui qui décide de tout. "Je suis le chef" a-t-il martelé sans ménagement (tel un Narcisse capricieux) au général de Villiers ravalé au rang de larbin congédié pour avoir mal astiqué les escarpins des nouveaux maîtres du château.
    Pas étonnant que la colère populaire se soit focalisée sur son nom.
    Ses multiples sorties insultantes ne sont d’ailleurs pas pour rien dans cette fixation des Français en colère sur le locataire de l’Elysée.
    Une colère qui se nourrit également du choix gouvernemental de l’escalade de la violence. Maladresse, stupidité et cynisme noir font qu’aujourd’hui on compte un nombre invraisemblable de blessés dans les rangs des "gilets jaunes". Pourtant, les violences mises en avant par pouvoir et médias (une tautologie ?) sont celles des "manifestants" alors que les violences policières injustifiées sont minorées voire occultées.
    https://m.youtube.com/watch?feature=youtu.be&v=lp1LoauFhds (47’03", entretien Aude Lancelin-David Dufresne).

    La colère ne faiblit pas. Quelques organisateurs gilets jaunes ont choisi un rassemblement symbolique, demain, au cœur de la France, loin de l’orgueilleuse capitale qui abrite tant de privilèges insolents, à Bourges.
    Nombre d’entre-nous, dont la mémoire historique ne s’arrête pas à 1793, se souviennent que Bourges fut la capitale d’un royaume réduit à peu, assiégé et en butte à une domination étrangère.

    C’est pourtant du petit "roi de Bourges" que devait venir la renaissance, tandis que l’Anglois — et le Bourguignon — allaient être boutés hors de France, chassés par l’étendard de la Pucelle.
    Peut-être aujourd’hui se lèvera-t-il une Jaune d’Arc pour restaurer la souveraineté bafouée et chasser les compagnies qui pillent le royaume ?...

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