Faut-il prendre « Le Monde » au sérieux ?

par Gérard Leclerc

mardi 26 mars 2019

Quand l’éditorialiste du Monde fait la leçon à l’Église catholique dans un style comminatoire, faut-il dire merci et enregistrer ladite leçon avec crainte et tremblement, pour parler comme Kierkegaard ? Ou bien à la manière du général de Gaulle en privé : « De ce que pense machin, je me tape comme d’une pomme » ? Je suis tenté par les deux attitudes. D’un côté, je sais assez quel trouble agite l’Église catholique et désoriente beaucoup de fidèles. Par ailleurs, je récuse les leçons d’un quotidien qui n’a aucune autorité pour m’asséner ce que je dois penser du fonctionnement interne de l’Église, du célibat des prêtres ou de l’autorité du Pape et des évêques.

Pour pouvoir juger de ce qui concerne une institution comme l’Église, encore faut-il avoir quelque relation avec ce qui est au cœur de sa pensée et de la substance de sa foi. Désolé, mais Le Monde est à des années lumières d’un pareil souci, dont sa rédaction se moque comme d’une guigne. Ce n’était pas vrai du Monde d’Hubert Beuve-Méry, le fondateur légendaire de ce qui fut un quotidien de référence. Beuve avait le plus vif intérêt pour les choses de la foi, dont il s’entretenait avec son ami le père Bernard Bro. Il assista même à la totalité des conférences de carême à Notre-Dame prêchées par le fils de saint Dominique et de Lacordaire. On ne sache pas que Le Monde d’aujourd’hui prête de l’intérêt aux conférences actuelles de Notre-Dame, où s’énonce pourtant l’essentiel de ce que l’Église a mission de transmettre.

Et pourtant, indépendamment de cet essentiel je ne vois pas la possibilité de juger l’Église dans ses faiblesses, ses fautes, et les crimes des siens. Ce que le quotidien anciennement de référence défend c’est une vague idéologie progressiste. De cela, oui, on peut se taper comme d’une pomme. Quant aux choses sérieuses qui donnent prétexte à règlement de compte, je fais confiance à l’Église pour les traiter sérieusement. Ce qu’elle fait d’ailleurs publiquement avec des réunions au sommet qui ne cachent rien. On me permettra enfin de m’étonner : il y aurait absence totale de débat dans l’Église, où certains sujets seraient interdits et où les laïcs seraient muets ? Pardon, mais laïc je suis et j’ai une entière liberté de parole sur tous les sujets. Cette liberté me permet de récuser les idéologues qui profitent de la crise actuelle pour nous imposer leur dictature intellectuelle, notamment à travers le magistère de l’éditorialiste du Monde.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 mars 2019.

Messages

  • De manière plus générale et depuis un moment, l’Eglise catholique, ses pompes et ses oeuvres, sont très "in", font la Une de toutes les catégories de media, alimentent les réseaux sociaux, et, surtout, se révèlent être la source intarissable d’inspiration pour des meutes de journalistes, reporters, commentateurs et analystes qui hantent les chaines de télévision. Ces braves personnes tout spécialement vu, peut-être, leur position sous les feux des spots et dans l’oreille des micros, s’introduisent dans les foyers et s’agglutinent à notre misérable quotidien On pourrait rétorquer qu’il n’y a qu’à éteindre la télévision. C’est vrai. Mais si on a acheté un poste "sonnant et trébuchant" serait-ce pour seulement en épousseter tous les jours les particules de poussière ?

    Pourquoi le cacher : certains, même plusieurs de ces spécialistes de l’information nous sont, de par leur présence physique, plus familiers que leurs collègues sur papier, que voulez-vous, le son et l’image... Et le hasard veut que ce sont les stars de l’info télévisée qui s’expriment avec le plus de conviction sur tout ce qui, de près ou de loin, a trait à l’Eglise catholique. Qu’il s’agisse, citons, du "mariage des prêtres", de la "pédophilie", du rhume des foins du Pape, les experts télévisuels se bousculent sur nos petits écrans, et il n’est que de "zapper" pour ne pas perdre une seule des perles tombées de cet "engin de culture". D’où une succession de sottises agglomérées et engluées dans des embouteillages monstres au bout des télécommandes. Le seul véritable ennui, c’est que ces distributeurs de la bonne parole par l’image et dans leur grande majorité, déversent, en toute bonne foi peut-être, leur ignorance crasse des faits des évangiles, du catholicisme, du sacerdoce, des Noces de Cana...

    Dans ce galimatias, déceler une indigence intellectuelle ou quelques fétides relents idéologiques ? On n’oserait penser : peut-être les deux...

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