Faisons crédit à l’homme

Elisabeth A. Mitchell, traduit par Isabelle

mercredi 30 septembre 2020

Theodore Roosevelt

Nous vivons dans une culture du « je t’ai eu ». Avant d’agir, nous ne pouvons pas deviner comment nos actions seront perçues. Dans un climat où un faux pas peut mettre fin à une carrière, ou inciter à une violence irréversible, nous pesons nos mots, et corrigeons nos fautes. Nous pesons le prix de l’échec et décidons d’agir ou de rester passif, souvent en fonction de nos chances de succès ou d’approbation. L’approbation par les pouvoirs dominants n’est plus semble-t-il le résultat possible, mais la condition préalable obligatoire de nos actions aujourd’hui.

Dans notre culture du trophée, la peur de l’échec nous retient bien trop souvent d’essayer seulement. Nous évitons la confrontation et conditionnons notre présentation. Nous nous mettons en scène à la perfection, et l’art de la performance remplace la vraie vie. Il en résulte un engourdissement paralysant. L’approbation est la nouvelle définition du succès.

Mais autrefois, le succès ou l’échec se décidaient dans l’arène.

Dans un discours donné à Paris en 1910, maintenant connu sous le nom de discours de « l’homme dans l’arène », l’ancien président des États-Unis Théodore Roosevelt a fait la fameuse déclaration : « Ce qui compte, ce n’est pas la critique ; ce n’est pas celui qui montre comment l’homme fort trébuche, ou comment celui qui fait les choses aurait pu les faire mieux. Le mérite appartient à l’homme qui est pour de bon dans l’arène. »

Être dans l’arène, cela veut dire s’exposer devant les spectateurs, et faire face au défi. On se maintient, ou bien on tombe par ses propres forces. Et il est permis de tomber. Souvent, cela précède une montée, une rédemption, et une victoire éventuelle. Le succès est un processus, pas une fin, et le véritable succès ne peut être conquis que si la défaite est possible.

Dans l’Église et dans le monde aujourd’hui, nous avons un groupe de spectateurs qui vocifèrent. Ceux qui sont assez courageux pour entrer en lice dans l’arène, peuvent s’attendre à être fustigés par tous et n’importe qui, qu’ils gagnent, qu’ils perdent, qu’ils essaient et même simplement qu’ils existent.

Quand le président Trump a rendu visite récemment au sanctuaire national de saint Jean Paul II à Washington, D.C., témoignant du droit des citoyens à la liberté religieuse, il a été vertement condamné, même au plus haut niveau de l’Église catholique en Amérique.

Parmi les critiques publiques, il a reçu une lettre écrite par un vétéran des arènes, l’ancien Nonce apostolique aux États Unis, l’archevêque Carlo Maria Vigano, qui affirmait : « Il est important que les bons – qui sont la majorité – se réveillent de leur léthargie, et n’acceptent pas d’être trompés par une minorité de personnes malhonnêtes aux intentions inavouables… c’est une bataille spirituelle. » Faisons crédit à l’homme.

Quand le pape émérite Benoit XVI a collaboré opportunément à une défense du célibat des prêtres dans son beau livre co-écrit Du fond de nos cœurs, il n’a pas tenu compte des critiques, qui ont crié à l’injustice : un pape émérite n’est pas censé changer le but du jeu et d’entrer dans le match en quittant le banc de touche. Faisons crédit à l’homme.

Quand les cardinaux des dubia ont soumis leurs questions au Saint Père sur les principes inamovibles de l’enseignement moral catholique, ils ont complètement compris l’échiquier sophistiqué sur lequel ils avaient placé leur requête. Ce n’est pas dans la réception d’une réponse, mais dans leurs questionnements que se trouvait l’Échec et mat. Faisons crédit à ces hommes.

Et le mérite revient à l’homme qui veut exprimer le souci qu’il a devant la désintégration de notre tissu social et appeler l’Église à un plus grand témoignage. Comme l’a déclaré le pasteur Eugène Rivers lors du récent Panel sur le racisme en Amérique de l’Institut NAPA. « Quand l’Église a cessé d’être l’Église, les voyous sont sortis du bois. Ce dont on a besoin, c’est de chrétiens et de catholiques qui se réunissent pour prier dans la rue. A l’époque de transformations du Dr. King, l’Église, les jeunes catholiques, les ministres chrétiens, les religieux, étaient le sel et la lumière. » L’enseignement social catholique, disait-il, est le chemin encore inexploité mais très nécessaire pour guérir nos profondes blessures sociales. L’éducation est vitale et un terrain de mission urgent.

Les grandes réalisations qui ont été construites avec peine, sont aussi facilement détruites. Mais la destruction d’une statue de George Washington, brûlée et abattue, ne redéfinit pas l’homme ni la nation qu’il a aidé à fonder. La violence ne fait que perpétuer la haine même que les destructeurs prétendent condamner. Il vaut mieux faire crédit à l’homme qui est entré dans l’arène et qui, Rebelle à la barre d’un vaisseau instable, a plongé à travers un Delaware glacé pour forger une union plus parfaite fondée sur un idéal nouveau. C’est seulement s’il n’avait pas essayé qu’il aurait échoué comme homme. L’ultime succès des fondateurs de notre nation est confié à chaque nouvelle génération pour qu’elle le protège et le fasse avancer.

Et comme dans le paysage séculaire, de même dans l’arène éternelle, le succès n’est pas le dernier mot. Le Christ lui-même a perdu dans l’arène. Il a fini sur la Croix, tandis que ses ennemis se gaussaient de sa chute, et se partageaient ses vêtements. La victoire apparente, l’acceptation du moment, n’est pas ce qui a de l’importance en définitive. La bataille n’est pas de ce monde, et l’arène présente n’est que le seuil de la récompense éternelle.

Ne tremblez pas face aux détracteurs. Leur influence est limitée. Ne laissez pas votre vie se définir par autre chose que votre témoignage, votre accomplissement personnel, et votre confiance en Dieu Tout-Puissant. Il se peut que vous ayez le visage en sang, que le travail de votre vie soit réduit en morceaux, vous pouvez finir apparemment vaincu, mais votre combat est peut-être ce dont Dieu avait le plus besoin.

L’appel à la fidélité signifie qu’il faut rester debout fermement dans l’arène des témoins chrétiens et offrir l’amour le plus parfait qui bannit la peur : « Il n’y a pas de peur dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la peur » (1 Jean IV 18).

Soyez l’homme ou la femme qui s’avance dans la foi. Elle est assurée, l’ultime victoire qu’Il accorde à ceux qui se dépensent sur le champ d’honneur.


Voir en ligne : The Catholic Thing

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