14e dimanche du temps ordinaire

Faire mentir l’expression de Jésus :« Nul n’est prophète en son pays » (Marc 6, 1-6 ; Luc 4, 24)

par Benoît A. Dumas

samedi 7 juillet 2018

« Nul n’est prophète en son pays » Nous sommes souvent bornés, aveugles, sourds, incapables de reconnaître ce qu’il y a de grand et d’extraordinaire tout près de nous, dans notre entourage. Exemples ? le dévouement exceptionnel d’une femme et mère de famille ; l’amour et la patience à toute épreuve d’une personne qui soigne inlassablement l’un des siens, ou d’une infirmière à l’hôpital ; la qualité de parole et d’engagement de quelqu’un qui se bouge pour ses idéaux et s’efforce d’en entraîner d’autres à sa suite ; la bonté d’un enfant qui supporte avec gentillesse la médiocrité de ses parents… De hautes vertus humaines, des valeurs rehaussées par Dieu, de hauts faits réalisés naturellement et sans bruit nous échappent parfois et demeurent cachés à nos yeux…

Parce qu’on est trop occupé par ses problèmes personnels et par l’habitude, diminué par l’inertie d’une conscience endormie.

Ou bien, parce que, pour remarquer et discerner un Bien supérieur et qui nous dépasse - appelons-le, si vous voulez, un Bien transcendant - on voudrait que ce Bien se manifeste autrement que prévu, dans un registre distinct de celui de la vie quotidienne, de façon plus surprenante, plus voyante, plus « tape-à-l’oeil » ! On aimerait en sorte des signes fantastiques se produisant dans le ciel, un peu comme ces pharisiens qui, pour croire en Jésus, auraient voulu qu’il fît bouger le soleil ou qu’il opérât quelque tour de super-magicien.

*
Malgré cette évidente Sagesse qui lui a été donnée et l’étonnement de ses auditeurs, malgré les grands miracles qui se réalisaient par ses mains, Jésus fut mal reçu à Nazareth, dans sa patrie, par sa parenté et les gens de sa maison. On le connaissait trop bien lui, le charpentier, lui, le fils de Marie, l’enfant du crû… Il n’avait pas l’auréole de l’expert venu d’ailleurs, ou le prestige d’un personnage déjà fameux dont on aurait préparé la venue… A force de proximité, d’humanité et de similitude avec ceux de son entourage, les gens avaient le plus grand mal à le reconnaître différent. Ils avaient au milieu d’eux un trésor méconnu. L’Evangile de Marc nous dit : « Ils étaient profondément choqués à son sujet. » On n’admettait pas, en somme, qu’il sorte du rang ! Un prophète issu de chez eux, aux origines parfaitement identifiées, croyait-on, c’était trop beau pour être vrai !

Pourtant deux composantes principales de la mission de Jésus sont ici réunies : la Sagesse de Dieu s’exprimant par sa bouche en paroles prophétiques, et de grands miracles manifestant la puissance de Dieu « D’où cela lui vient-il ? » se demandait-on. Et au lieu de lui donner toute leur foi, comme nous sommes tous aujourd’hui appelés à la faire, « ils étaient profondément choqués à son sujet ». C’est à dire, déconcertés, mal à l’aise, méfiants… Etonnés, certes, mais pas enthousiastes du tout, pas convaincus de croire.

Alors Jésus, qui sait ce qu’il y a dans l’homme, leur dit désabusé : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison ». Et S. Marc d’ajouter : « Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Et il s’étonna de leur manque de foi. Alors, Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant. » Le manque de foi de ses proches empêche ou dissuade le Seigneur d’agir : l’ambiance n’y est pas ! Jésus est en quelque sort paralysé. Pour faire et mener à bien son travail, le Seigneur a besoin de notre participation, c’est à dire de notre foi ! L’observation de l’évangéliste « Jésus guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains… » laisse entendre que lorsque Jésus se trouvait dans un climat favorable, il multipliait sans compter les gestes de miséricorde, ce que bien des textes de l’Evangile affirment par ailleurs.

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Cet épisode de Nazareth est exemplaire pour saisir l’ensemble de la destinée de Jésus sur la terre, sous le rapport de l’accueil que lui réservent les hommes. S. Jean dit en effet dans le prologue de son Evangile :

« Il est venu chez lui,

et les siens ne l’ont pas reçu.

Mais à tous ceux qui l’ont reçu,

Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jean 1, 11-12)

Elargissons nous aussi notre réflexion : ce refus de Dieu par le monde n’est-il pas encore et toujours d’actualité, n’est-ce pas ce qu’il advient en grand, en très grand ? Dieu est partout chez lui, présent et agissant chez nous tous, les siens, et il passe si fréquemment inaperçu ! Dans le simple domaine de la création, beaucoup ne le reconnaissent pas. Les merveilles naturelles du monde, sa beauté, se lois et sa prodigieuse organisation, l’intelligence qui s’y déploie mystérieusement, sa puissance illimitée et ses dimensions infinies… tout cela laisse beaucoup d’entre nous sans réactions et indifférents. Dans le même passage que celui cité à l’instant, S. Jean dit encore :

« Il était dans le monde,

Et le monde fut par lui,

Et le monde ne l’a pas reconnu. » (Jean 1, 10)

Ne pas reconnaître Dieu cela s’appelle « l’agnosticisme ». Ou encore, plus grave « l’athéisme », lorsque l’on revendique cette ignorance comme une position rationnelle, voire philosophique, élaborée, sûre de soi et au besoin hautaine et combative.

Que le soleil chauffe, que l’eau nettoie, vivifie et désaltère, que la terre fasse pousser les récoltes, que chaque vivant soit génétiquement programmé dès sa conception, que les petits enfants ravissent notre regard, que les fruits de l’été soient exquis à consommer et que les vagues ourlées d’écume blanche viennent se rompre sur le rivage… ça fait partie du paysage : pas de problème, tout cela est naturel !

Bien sûr que c’est naturel ! Et tant de choses encore et encore, dignes d’admiration… Mais la nature n’est-elle pas précisément un chemin cent fois tracé et retracé vers Dieu son Seigneur et Maître sur-naturel ? Nous ne devrions pas cesser d’être interpellés et surpris par l’oeuvre et le travail de Dieu, avec devoir impérieux de le louer en conséquence et de lui rendre grâces : c’est le vestibule obligé de la foi.

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Ce travail de Dieu est sans doute plus admirable et significatif encore sur d’autres terrains, où les choses humaines sont impliquées plus visiblement :
les progrès du Royaume de Dieu qui, tel une semence, pousse et grandit toute seule, inexorablement, comme il en est question dans l’Evangile ;

la conduite personnelle remarquable de tant de gens qui accomplissent consciencieusement jour après jour des tâches exaltantes, ou bien ingrates et fastidieuses ;

la résistance obstinée des coeurs droits aux idoles qui dévorent et avilissent les humains ;

le courage de ceux qui combattent jour après jour pour un monde meilleur et sacrifient leur vie à de grandes causes, dans les domaines associatif et politique notamment ;

l’engagement multiforme de travailleurs dont les activités manuelles ou intellectuelles « soutiennent la création », comme dit la Bible, et s’emploient à la sauver du chaos de la ruine, faut-il ajouter aujourd’hui…

*
« Nul n’est prophète en son pays » nous appelle donc à un réveil et à une reconnaissance de la présence de Dieu et de son Fils Jésus Christ, une reconnaissance des signes qu’ils nous envoient, soit directement soit par l’intermédiaire de ses porte-paroles et de ses témoins. Ce constat quelque peu désabusé du Seigneur : « nul n’est prophète en son pays », appliquons- nous donc à le faire mentir… ! Soyons les premiers à découvrir et faire valoir jalousement le trésor inaperçu de sa présence, comme à discerner « ces perles de grand prix » dispersées infailliblement et généreusement par lui ! Les grands miracles et gestes de salut ainsi que la Sagesse prophétique sont bien là parmi nous, à accueillir avec clairvoyance et empressement, d’un coeur humble et attentif.

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