Entretien avec Mgr Schneider

«  Faire alliance avec la Sainte Vierge  »

propos recueillis par Constantin de Vergennes

vendredi 16 juillet 2021

Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana (Kazakhstan), livre sa réflexion très actuelle sur la relation entre les Cœurs de Jésus, Marie et Joseph, à la lumière des apparitions de Fatima (1917).

Que vous inspirent les apparitions de la Vierge en France ?

Mgr Athanasius Schneider : La France est une terre très mariale qui a propagé la dévotion à Notre Dame. On peut penser aux apparitions de la rue du Bac en 1830, où Notre Dame a donné cette prière : «  Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous.  » L’image de la Médaille miraculeuse est déjà celle de l’Immaculée Conception, dont le dogme sera promulgué 24 ans plus tard. À Lourdes, en 1858, la Sainte Vierge dit à sainte Bernadette : «  Je suis l’Immaculée Conception.  » Puis vient Fatima, où la Vierge parle de son Cœur «  Immaculé  ».

Vous êtes à l’origine de la construction de la cathédrale de N.-D.-de-Fatima, à Karaganda au Kazakhstan. Quel est le principal message des apparitions de Fatima ?

Il a été donné lorsque Notre Dame a dit : «  N’offensez plus Dieu, parce qu’il est déjà trop offensé.  » Il s’agit là d’un appel à la conversion sérieuse à la vie chrétienne, qui est aussi un appel à la réparation pour les péchés et les offenses et spécialement pour les outrages contre le Saint-Sacrement. Pour cette raison, l’Ange du Portugal était déjà apparu un an plus tôt, en 1916 et avait dit : «  Prenez et buvez le Corps et le Sang de Jésus-Christ, horriblement outragé par les hommes ingrats. Réparez leurs crimes et consolez votre Dieu.  »
Dans presque tous les pays, la crise sanitaire a imposé la réception de la Sainte Communion dans la main. Il y a là un grand danger car, personne ne peut le nier, on perd ainsi des parcelles de l’hostie déposée. Il s’agit d’une désacralisation mondiale, de masse.

Qu’en est-il de la consécration au Cœur Immaculé de Marie ?

Elle est au centre du message de Fatima, car Notre Dame nous a dit que le Bon Dieu veut répandre, pour ce temps, la dévotion à son Cœur Immaculé. Pour cette raison, elle a demandé, outre une «  communion réparatrice  » les premiers samedis, une consécration de chacun au niveau personnel.

Mais elle a aussi demandé spécialement la consécration de la Russie : «  Je viendrai demander la consécration de la Russie. […] Si on répond à mes demandes, la Russie se convertira et on aura la paix ; sinon, elle répandra ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église.  » Nous pouvons constater que la Russie ne s’est pas encore convertie, car il faudrait pour cela une conversion pleine, à la vraie foi, c’est-à-dire à la foi catholique, afin que la Russie soit unie avec le Saint-Siège, tout en conservant évidemment sa liturgie et ses traditions.

De quelles «  erreurs  » parle la Sainte Vierge ?

Ces erreurs sont celles du système communiste : une vie sans Dieu, c’est-à-dire l’athéisme et le matérialisme, qui sont le socle de toute la pensée idéologique communiste. J’ai vécu en Union soviétique, je le sais bien ! Toute la vie humaine est alors exclusivement réduite à l’aspect matériel. Et maintenant, nous pouvons voir que la société occidentale est devenue complètement matérialiste. Il règne une négation de l’âme, de la vie spirituelle, surnaturelle et de la vie éternelle.

Nous arrivons au sommet des erreurs de la Russie, au sommet du matérialisme complet, extrême, qui a atteint une nouvelle forme avec cette crise sanitaire et ces confinements : seule compte la santé corporelle, en oubliant le salut de l’âme !

Comment l’expliquer ?

Avec le concile Vatican II, l’Église a pris une orientation plus temporelle et a négligé les problématiques surnaturelles et éternelles. C’est la tendance de ces cinquante dernières années : une attention plus grande portée au politique, au social, au bien-être temporel, au détriment du reste… Aujourd’hui, nous en récoltons les fruits : la majorité du clergé épiscopal, qui semble avoir donné la préférence au temporel en dépit du surnaturel, a parfois même interdit l’accès aux sacrements. Imaginez cela ! Même l’absolution ! C’est incroyable. Tout cela pour préférer le soin du corps, alors que nous ne faisons face ni à la peste noire, ni au choléra.

Que pensez-vous de la consécration implicite de la Russie, faite par Jean-Paul II en 1984 ?

Lors du centenaire des apparitions, en 2017, nous avons accueilli à Notre-Dame-de-Fatima à Karangada le cardinal Paul Josef Cordes, légat pontifical et qui avait été invité par Jean-Paul II après la consécration de 1984, pour un dîner privé. Il avait demandé : «  Très Saint-Père, pourquoi ne pas avoir mentionné explicitement la Russie comme demandé ?  » Jean-Paul II lui aurait répondu : «  C’était mon intention, mais la diplomatie du Vatican m’a dit qu’il était plus prudent de le faire implicitement.  »

Une consécration implicite porte des bénédictions, évidemment… Mais pas autant qu’une consécration explicite. C’est pour cela qu’il faut l’attendre et la demander.

En quoi la consécration au Cœur de Marie concerne-t-elle chacun des fidèles ?

La Sainte Vierge est notre mère spirituelle. Présente au sacrifice de la croix, le cœur transpercé par les douleurs de la salvation, elle est devenue notre Mère, car Jésus nous l’a donnée. Pour cette raison, nous devons la prendre dans notre vie par la consécration, qui est un instrument très expressif et efficace, plus efficace que les autres : il s’agit d’établir un contrat, une alliance, avec Notre Dame. Elle nous concerne aussi dans la mesure où notre temps est rempli de signes d’apostasie, de maux gigantesques, quasiment apocalyptiques : l’avortement de masse – un génocide –, l’attaque du mariage et de la famille via l’idéologie du genre…

Face à cette situation de détresse spirituelle énorme, nous devons nous rappeler que Notre Dame est notre Mère grâce à la consécration à son Cœur Immaculé.

Pourquoi affirmez-vous que les deux Cœurs de Jésus et Marie sont inséparables ?

À cause du mystère de l’Incarnation. D’abord du point de vue biologique, on peut dire que le Saint-Esprit a utilisé, en quelque sorte, le sang du Cœur de Marie, pour créer le Corps et le Cœur du Christ. Leur lien se matérialise aussi au niveau de l’esprit.

Dans les Évangiles, nous trouvons plusieurs mentions du Cœur de la Sainte Vierge. Dans l’évangile de saint Luc, quand Jésus naît durant la nuit de Noël et que les bergers viennent adorer Dieu, il est dit que «  Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur  » (Lc 2, 19). Puis, quand Jésus est présenté au Temple, le prophète Syméon dit à Notre Dame : «  ton cœur sera transpercé par un glaive  » (Lc 2, 35), en lien avec le mystère de notre salut et de cette co-rédemption avec son Fils.

Citons aussi l’épisode au cours duquel la Vierge et saint Joseph, ayant cherché Jésus, le trouvent au Temple. Il leur dit alors : «  Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?  » (Lc 2, 49.) Sur le chemin de Nazareth, l’évangéliste note : «  Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements  » (Lc 2, 51). Et puis, au pied de la Croix, elle a souffert avec Notre-Seigneur : son Cœur a participé à son amour rédempteur. Pour cette raison, ces deux Cœurs sont inséparables.

Ainsi, Notre-Seigneur a d’abord demandé la dévotion à son Sacré-Cœur, puis, quelques siècles plus tard, il a demandé une dévotion spéciale au Cœur Immaculé de Marie. De la même façon qu’elle avait préparé son corps pour la naissance du Christ, Marie prépare le chemin pour le Sauveur. Elle prépare, avec cette dévotion, l’arrivée du Christ.

Qu’en est-il du Cœur de saint Joseph, troisième membre de la Sainte Famille ?

Cette dévotion au cœur chaste de saint Joseph est récente. Dans la Sainte Famille, il y a le Cœur de Jésus, le Cœur de Marie, et pourquoi pas, en effet, le Cœur paternel et chaste de saint Joseph ? Il n’a pas parlé, nous ne le connaissons pas. Tout est conservé dans son cœur paternel. Qu’est-ce que le Cœur de Joseph ? Un Cœur plein d’amour pour deux personnes : Jésus et Marie. Cet amour était toute la vie et la pensée de saint Joseph. Il est donc logique d’entretenir aussi une dévotion pour le Cœur chaste et paternel de saint Joseph. Pour moi, cette dévotion serait un exemple, une aide spirituelle très forte pour des pères de famille, afin de développer un amour paternel pour leurs enfants et un amour chaste, pur, pour leur épouse.

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