Homélie pour Jacques Chirac

Exigences du bien commun

par Gérard Leclerc

mardi 1er octobre 2019

Hommage rendu au Président Jacques Chirac à l’Hôtel national des Invalides le 29 septembre
© Michel Pourny

L’homélie que Mgr Michel Aupetit a prononcé hier à Saint-Sulpice durant la cérémonie des obsèques de Jacques Chirac avait de quoi retenir toutes les attentions. Elle était d’une totale clarté et nous invitait d’abord à réfléchir sur la fonction d’un chef d’État : « Si nous prions pour ceux qui sont chargés de nous diriger, c’est parce qu’ils ont la responsabilité du bien commun, de chacune des personnes et de l’ensemble de la communauté afin que tous puissent atteindre leur plein épanouissement. Ce n’est donc pas une prière facultative pour nous, c’est une obligation qui tient à l’amour du prochain. Nous le savons aussi, le bien commun n’est pas l’intérêt général car celui-ci peut supporter le sacrifice et l’oubli du plus faible. » Ces paroles de l’archevêque de Paris c’est d’évidence un commentaire direct de l’Évangile, mais c’est aussi une profonde leçon de philosophie politique.

J’ai déjà entendu de la bouche de Pierre Manent, authentique philosophe politique, cette distinction entre l’intérêt général et le bien commun et il y aurait lieu de la rapporter à l’histoire de la pensée. La catégorie du bien est d’un ordre supérieur à celle de l’intérêt. Même si l’on peut donner à ce terme un contenu qui va bien au-delà d’une conception utilitariste de la politique. Le bien a une résonance morale, alors même qu’il renvoie à un transcendantal métaphysique. Il a forcément rapport à l’amour à qui rien n’échappe et qui n’ignore personne, et sûrement pas le plus démuni, le plus fragile. Du même coup, il va au-delà de la philosophie. Il ne trouve que dans l’Évangile son modèle et sa règle. C’est en cela qu’il y a une différence chrétienne qui va bien au-delà des droits de l’homme, car elle se rapporte à la singularité et au mystère de la personne.

Mgr Aupetit a explicité cela : « C’est en raison de l’étincelle divine qui réside dans notre humanité, que toute personne, du commencement de sa vie à la conception, jusqu’à la mort naturelle, est appelé à être aimée et respectée. » Ainsi notre laïcité publique, comme disait Émile Poulat, peut recevoir dans une circonstance solennelle un enseignement qui relève d’une autre autorité que celle de l’État laïc, sans enfreindre la distinction nécessaire entre spirituel et temporel. Reste à savoir ce qu’elle retiendra de cet enseignement qui revêt des aspects directement concrets et qui concerne même des lois en cours d’élaboration. Mais c’est une autre affaire qui nous oblige, a encore dit Mgr Aupetit, à un changement de regard.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 1er octobre 2019.

Messages

  • la 2ème citation de mgr Aupetit est géante : au moment où elle a été dite, et puis juste après, et maintenant à froid, comment a-t-elle résonné dans l’esprit et le cœur de tous les puissants oligarques présents ?
    Des pleurs ?, des grincements de dents ?, des révélations ?, des ouverture au divin ?, de l’indifférence ?, de la fureur ?, de la conversion ?, de la paix ?…
    Ont-ils saisi que le déchaînement diabolique et incontrôlable de la culture de mort initié il y a 45 ans par la contraception et l’avortement, a été mis en œuvre par nombre de leurs prédécesseurs et qu’ils sont en train d’y participer par les lois iniques actuellement mises en oeuvre ?

  • Merci à Gérard Leclerc pour l’éclairage intéressant sur l’homélie de Mgr Aupetit lors des obsèques du Président Jacques Chirac. Ce billet est l’occasion, si permis, de relater brièvement une conversation, hier, chez des amis. Ayant bien écouté sans pour autant y prendre part, les opinions échangées ne pouvaient laisser indifférent. Il s’agissait justement des cérémonies religieuses pour la circonstance.

    Les intervenants, tous catholiques pratiquants, s’exprimaient en toute liberté, comme dans un besoin d’échanger en toute franchise et dans le respect de tous. Prises au vol, quelques opinions : il était du droit de la famille du président défunt de faire dire une messe "privée", mais pourquoi aux Invalides, lieu officiel ? Peut-être pour faciliter le déroulement des cérémonies dans un même lieu ; en en venant à la célébration officielle du lundi : le choix s’est porté sur Saint Sulpice vu l’impossibilité de célébrer à Notre-Dame, et la famille Chirac pouvait-elle en refuser l’accès à quiconque ? peut-être par respect pour le défunt qui avait dit qu’il s’était toujours refusé à tout dialogue avec tel ou tel, et qu’il en sera toujours ainsi à l’avenir ; cette cérémonie religieuse a réuni des personnalités politiques de tous bords et de bien des pays, et la présence non souhaitée concernait une personnalité représentant de compatriotes ; quand on a pu apercevoir la coiffe de politiques de pays du Golfe sous la voûte de Saint Sulpice alors que la présence en ce lieu était refusée à une personnalité de France ; surtout, a ajouté un jeune, une église catholique peut-elle claquer la porte au nez de quelqu’un ? ça ne colle pas, et de lire à haute voix un bout de papier sorti de sa poche : "Le Président Chirac, sans doute vous en souvient-il, avait axé sa campagne de 1995 sur le thème de la fracture sociale, portant ainsi son regard sur ceux qui restent au bord de la route", et remettant le bout de papier dans sa poche d’ajouter : c’est les mots de Mgr Aupetit à Saint Sulpice. (Vérification faite, c’est exact).

    Aucun commentaire n’a suivi.

  • La laïcité à la française (issue, rappelons-le, des persécutions de la IIIe République contre l’Église catholique) suscite bien des contorsions chez nos politiques.
    L’éviction de madame Le Pen (avec qui je n’ai nulle connivence particulière) fait partie de ces reptations indispensables à assurer la continuité du spectacle.
    Évincer cette responsable politique, élue de la République, qui représente un nombre non négligeable de millions de Français, participe de cette cuisine médiatico-électoraliste au fûmet bien peu ragoûtant qui, justement, précipite des foules considérables d’électeurs tant chez cette madame Le Pen que sur les chemins perdus de l’abstention.

    Il se dit que Macron et sa garde auraient été largement à la manoeuvre pour interdire la participation de la présidente du R.N. (en escomptant déclarations intempestives et faux-pas de celle-ci).
    Rien d’impossible, ni d’étonnant à cela. Il faut entretenir le mythe d’un Macron « rempart contre l’extrême-droite » (1). Les victoires électorales de la Macronie sont à ce prix quasi-exclusif (et particulièrement indigent)...
    1) et pourtant, à bien y regarder, le régime instauré par Macron reprend, sur les plans social et économique, bien des traits caractéristiques d’un véritable régime d’extrême-droite. À commencer par la confiscation, de moins en moins masquée, de la souveraineté démocratique au profit d’oligarchies puissantes et la répression, de plus en plus brutale, de l’expression de la voix populaire...

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