Traduit par Claude

Europe : crise et opportunités

Par Robert Royal

vendredi 31 mars 2017

La semaine dernière le Vatican anima un événement assez mélancolique : Le 60ème anniversaire du traité de Rome, qui mit le vieux monde sur le chemin rocailleux de l’actuelle Union Européenne. D’une certaine manière, le fait que cet évènement prenne place au Vatican suggère que, même parmi les élites européennes, le christianisme n’est pas encore complètement mort. Mais d’une autre manière, il souligne la grande confusion actuelle du projet européen.

Un des arguments que les supporteurs de l’Union Européenne mettent souvent en avant, est que, en dépit de problèmes manifestes, l’Europe a, pendant plus de sept décennies maintenant, bénéficié de la plus longue période de paix de son histoire moderne (à l’exception de la Guerre Froide, et des Balkans). Ce n’est pas rien et, avec la croissance économique et la solidarité sociale, cela mérite une place dans le jugement global.

Mais aussi doit-on tenir compte de la chute abrupte dans l’athéisme et l’indifférence ; de la bombe de la dé-population de l’Europe (celle-ci a déjà explosé, avec les décès excédant les naissances, en dépit de la forte fertilité parmi les immigrants) ; du terrorisme islamiste ; et - en outre et par-dessus tout - la crise institutionnelle au sein des nations ainsi que dans l’Union Européenne dans son ensemble, qui a maintenant provoqué le Brexit et les mouvements sécessionnistes apparentés en France, Allemagne, Hollande et l’Europe de l’Est.

Le Pape François s’est adressé vendredi aux vingt-sept dirigeants des nations membres de l’Union Européenne et les a incité à « illuminer un chemin vers un nouveau humanisme européen ». Ce qu’il avait à l’esprit - modèle largement partagé par des prédécesseurs tels que Jacques Maritain, Konrad Adenauer, St Jean-Paul II, notre ami récemment décédé Michel Novak, et beaucoup d’autres (incluant votre humble serviteur) - est un humanisme théocentrique chrétien, opposé à l’humanisme anthropocentrique, qui dans ses formes diverses (libérale, démocratique, socialiste, marxiste) est parvenu à dominer les sociétés en Europe et en Amérique.

Le pape François n’ a pas insisté trop fortement, peut-être parce qu’il a calculé que ce serait considéré comme étant sectaire et déplacé dans un évènement « séculier ». Mais il prit soin de citer Alcide de Gasperi, un des pères fondateurs de l’Europe, « à l’origine de la civilisation européenne, il y a le christianisme ». La pape François ajouta « sans lequel les valeurs occidentales de dignité, liberté et justice seraient largement incompréhensibles ».

Nous, américains, croyons - ou avions l’habitude de croire - à peu près la même chose, car, à moins que nous ayons été doués de droits inaliénables par notre Créateur, il est difficile de voir d’où viennent les droits et la dignité de l’homme. Sans le Dieu de la Bible, ils sont un reliquat de notre héritage religieux, qui ne peuvent pas survivre à la disparition de cet héritage de la place publique

Beaucoup d’entre nous qui voudraient conserver des démocraties ouvertes à une pluralisme raisonnable, savent que le vieux modèle est maintenant dans une crise déconcertante. (lArticle : Déclaration commune des 27 états européens pour cet anniversaire, détaille longuement les projets bureaucratiques ; et c’est seulement vers la fin qu’il reconnait la nécessité de tenir compte des mécontentements des gens.)

Le pape François remarqua que les périodes de crise présentent également des opportunités - pour une nouvelle croissance, pour une réponse créative à des situations nouvelles, pour un plus grand « discernement ». C’est vrai, d’une certaine façon, et c’est la sorte de chose que l’on dit en de telles occasions.

Mais ce n’est pas aussi inspirant que cela le semble car, pour différentes raisons, le projet d’humanisme théocentrisme a constamment failli dans le monde moderne. La démocratie chrétienne travailla contre le nazisme et le communisme ; elle a été le plus souvent impuissante, pendant un demi siècle et plus, dans les démocraties libérales .

L’archevêque Chaput, Rod Dreher, R. R. Reno, et nos proches Anthony Esolen et Mary Eberstadt - de différentes manières - ont compris qu’un laïcisme militant s’est approprié une autorité totale sur la vie humaine, tandis que le sacré s’affaiblissait progressivement.

Les anciens Chrétiens Démocrates qui fondèrent le projet européen parlaient de partis « d’inspiration chrétienne » et d’initiatives dans la presse laïque, les sociétés civiles, la culture, qui seraient aussi guidées, indirectement, par une vision chrétienne. Mais cela paraît aujourd’hui être une potion bien trop faible.

S’il y avait eu un corps substantiel de pensées chrétiennes influentes et de sentiments chrétiens en Europe (ou en Amérique), il aurait pu y avoir une chance que cela fonctionne. La réalité, pourtant, est que , aujourd’hui, très peu de sociétés développées ont un tel réservoir religieux un réservoir religieux dans lequel puiser. Et ce qui l’a remplacé est une position activement hostile au personnalisme des chrétiens les plus âgés - même en ce qui concerne une simple distinction entre homme et femme.

Le philosophe politique français Pierre Manent (un chrétien) fit un effort héroïque l’année dernière dans son livre (Au-delà du radicalisme radical : Comment la France et les chrétiens occidentaux devraient répondre au défi islamique) pour montrer comment une partie du problème moderne - la confrontation entre l’occident et les valeurs islamiques - pourraient être résolues. L’occident doit discerner (pour utiliser l’expression du Pape) ce qui peut et ne peut pas être vécu avec les citoyens islamiques ; et les communautés islamiques de France doivent accepter de vivre dans une nation qui a encore ce que Manent appelle des marques chrétiennes.

C’est un effort sincère et sobre, sauf que l’occident n’est plus chrétien de manière importante. Maintenant, même, beaucoup d’occidentaux résisteraient à l’idée que les gouvernements et les sociétés fonctionnent, même de manière indirecte, dans un cadre marqué par un « connotation » Chrétienne. Nos universités, media, arts - même certains corps nominalement chrétiens - étiquetteraient une telle suggestion de « scandaleuse », et même probablement de « fasciste ».

Il est difficile de dire si les échecs en Europe - et de plus en plus en Amérique et dans les autres démocraties développées - sont des échecs de pratique ou de théorie.

Les dirigeants, les laïcs et les religieux, n’ont-ils, simplement, pas fait leur travail après la seconde guerre mondiale ? Ont-ils reconstruit les infrastructures matérielles en négligeant les plus profondes fondations morales et spirituelles ?

Ou bien l’ancien équilibre entre le sacré et le profane, de l’Eglise et de l’Etat (sinon de la religion et de la politique) est-il devenu ingérable dans les conditions post-modernes des pluralisme en conflit radical ?

Naturellement, nous ne pouvons pas perdre espoir. Le nouvel anti-humanisme est une monstruosité artificielle qui pourrait s’effondrer à l’improviste, comme cela se produisit en Union Soviétique, de par la pure et simple frustration de la nature humaine.

Dans l’intervalle, nous devons être clairs au sujet de la nature et de l’étendu du défi. Un « nouvel humanisme » plus sain est désiré avec dévotion, mais il n’est pas probable qu’il vienne, à moins que nous trouvions notre voie dans un théisme nouveau.

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https://www.thecatholicthing.org/2017/03/27/crisis-and-opportunity/

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Robert Royal est éditeur en chef de "The Catholic Thing" et président de "The Faith & Reason institute" à Washington. Son livre le plus récent est « A Deeper Vision : The Catholic Intellectual Tradition in the Twentieth century, » publié par Ignatius Press. « The God That Did Not Fail : How Religion Built and Sustain the West », maintenant disponible en "paperback" chez "Encounter Books ».
 

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