États de tension. Des retraites à la bioéthique

par Gérard Leclerc

mercredi 18 septembre 2019

Le combat politique s’étend désormais sur plusieurs fronts, notamment celui de la reforme des retraite. Mais il en est d’autres. Que va devenir dans ce contexte le débat sur la bioéthique, qui est d’une tout autre nature…

Les sujets de querelle ne manquent pas, et il est vraisemblable que certains d’entre eux aboutissent à des états de tension dangereux. C’est le cas de la réforme des retraites qui, d’ores et déjà, provoque des manifestations dans la rue, avec des catégories sociales qui ne sont pas forcément anti-macronistes mais qui risquent de changer d’avis. Il faut d’ailleurs reconnaître que le problème est singulièrement ardu. Michel Rocard ne disait-il pas, il y a fort longtemps déjà, que réformer les régimes de retraites, c’était s’exposer à faire tomber plusieurs gouvernements ? Mais Emmanuel Macron maintient sa volonté inflexible de réformer. Il l’a dit avec vigueur, lundi soir, aux élus de sa majorité : « Il faut préparer notre pays aux défis contemporains qui font peur. »

La volonté réformatrice, a-t-il dit encore, oblige à une vigilance profonde « qui doit nous conduire à agir, mais en veillant à chaque fois à répondre à telle ou telle inquiétude et en évitant qu’elles ne se coagulent. » Parmi ces inquiétudes, le chef de l’État a relevé particulièrement celle qui concerne la sécurité et celle qui concerne l’immigration. Et à ce propos il s’est montré particulièrement incisif, n’hésitant pas à se situer sur le terrain occupé par Marine Le Pen et son Rassemblement national : « Il y a une sécession à l’égard de la République dans certains quartiers. » Et encore : « Les bourgeois n’ont pas de problème avec l’immigration, ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » Emmanuel Macron, a-t-on noté, prépare déjà la prochaine élection présidentielle et le face-à-face qui risque de se reproduire avec Marine Le Pen. Il y a toute chance que la question de l’immigration y sera décisive. Mais l’aile gauche de la majorité est-elle disposée à admettre cette inflexion qui change fondamentalement le discours politique ?

Et qu’en est-il des réformes en matière de bioéthique qui, elles aussi, sont conflictuelles ? Le pouvoir table-t-il sur la pluralité des dossiers ouverts et des querelles engagées, pour lui ôter le caractère crucial qu’a revêtu, sous François Hollande, le mariage pour tous, avec les manifestations gigantesques que l’on sait ? Il est vrai qu’il s’agit d’un sujet très particulier. Jean-Pierre Le Goff, dans Le Figaro d’hier, soulignait qu’« il engage directement les conceptions philosophiques, anthropologiques, religieuses, qui sont transversales aux clivages partisans ». Est-il possible de noyer un tel débat de fond dans les autres affrontements ? On saura bientôt si la France est disposée à comprendre, par exemple, comme le dit encore Jean-Pierre Le Goff que « la filiation n’est pas à la discrétion du gouvernement ».

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 septembre 2019.

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