Afrique Centrale

État islamique : les chrétiens de RDC ont peur à leur tour

vendredi 21 juin 2019

Militaires de la MONUSCO dans le Nord-Kivu (CC - ONU)

En Afrique, ce ne sont plus seulement les régions sahéliennes qui subissent la menace des groupes islamistes. La région des Grands Lacs, où la présence chrétienne est bien plus forte, est désormais dans leur collimateur. Les évêques de la République Démocratique du Congo (RDC) viennent de tirer le signal d’alarme.

Réunis en assemblée provinciale, les évêques de la région du Sud Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, ont fait part de leur préoccupation croissante face à la menace djihadiste, rapporte l’agence Fides, l’organe d’information des Œuvres pontificales missionnaires (OPM) dans une dépêche publiée mardi. Un groupe d’origine ougandaise, l’ADF-NALU – noyauté par les islamistes – serait à l’origine de nombreuses exactions récentes, en particulier dans la région de Butembo et de Beni, deux localités situées au nord-ouest du lac Édouard. En octobre 2017, cette organisation avait fait allégeance à l’État islamique.

Selon les évêques, cette prolifération des groupuscules serait la conséquence du « déclin de l’État  » dans la région. « Les minerais sont mis à sac, l’agriculture locale est abandonnée au profit de produits subventionnés destinés à l’exportation, les entrepreneurs locaux sont presque inexistants alors que la collecte des impôts et taxes est laissée entre les mains de fonctionnaires qui en tirent souvent des profits personnels », s’inquiète l’assemblée épiscopale.

De nombreux éléments indiquent en effet que l’État islamique pourrait profiter de cette désagrégation de l’autorité dans la région pour s’y implanter, dans la stratégie de contournement qui semble être la sienne depuis ses revers en Syrie et en Irak. L’intensification des activités djihadistes en zone sahélienne, comme au Mali ou au Burkina Faso – pays majoritairement musulmans - en était le signe. Mais son extension en région chrétienne, fortement imprégnée de tribalisme, est une évolution préoccupante.

Le 18 avril dernier, Amaq, l’agence de propagande de l’État islamique, avait revendiqué une première attaque visant une caserne de l’armée dans le secteur de Kavango, entre le lac Édouard et le lac Albert, à proximité de la frontière avec l’Ouganda, au cœur de la forêt équatoriale. L’opération avait fait deux morts parmi les militaires. Un analyste de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) nuance néanmoins l’ampleur de la menace. Selon Le Monde, il estime en effet que cette implantation supposée de l’État islamique dans cette région à forte instabilité, ne change pas la nature des affrontements qui s’y déroulent depuis des années, attisés par l’ADF en particulier.

Les djihadistes se seraient ainsi simplement greffés sur des mouvements préexistants pour faire valoir leur extension internationale. Il n’en demeure pas moins que c’est sous le pavillon noir du califat que ce groupe – également baptisé Madinat Tawhid wa-l-Muwahidin (MTM, « la ville du monothéisme et des monothéistes »), aurait conduit plusieurs opérations particulièrement sanglantes comme celle qui fit quinze morts parmi les casques bleus de la MONUSCO le 7 décembre 2017. Entre l’incurie de l’État et l’implantation djihadiste, la menace qui pèse sur les chrétiens de la région demeure difficile à relativiser.

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