Et en même temps (suite)

par Gérard Leclerc

mardi 3 juillet 2018

Évoquant hier le côté déroutant d’un président de la République capable d’introduire à l’Élysée de la laideur et du vacarme pour la fête de la musique, je soulignais ainsi le côté paradoxal de son fameux « et en même temps ». Une formule qui peut d’ailleurs se comprendre et se justifier par les contradictions de la vie et ses complexités. Oui, il est souvent compliqué de ne pas sombrer dans les réductions idéologiques. Toutefois, le refus du manichéisme a ses limites qui sont franchies lorsqu’on atteint le non-sens et le contradictoire qui détruit toute raison. Aujourd’hui, j’aimerais mettre l’accent sur ce qu’il peut y avoir de lumineux dans certains discours d’Emmanuel Macron, à l’encontre de la laideur dénoncée à juste titre par Alain Finkielkraut.

Par exemple, dans le discours prononcé dimanche au Panthéon à l’occasion de l’accueil de Simone et Antoine Veil, il y avait de très beaux passages, ne serait-ce que ceux qui concernaient l’expérience terrible de la déportation à Auschwitz. Ils souffraient la comparaison avec le célèbre discours d’André Malraux accueillant les cendres de Jean Moulin. Et cela rappelait d’autres interventions du président, notamment dans la cour des Invalides pour saluer Jean d’Ormesson, belle figure de notre génie littéraire, ou le colonel Arnaud Beltrame dont l’héroïsme avait soulevé la France entière. J’ajouterais l’intervention aux Bernardins, bien qu’elle appartienne à un genre très différent. Mais on y retrouvait un certain souffle, un certain style et aussi une mémoire digne de cette culture française dont Emmanuel Macron avait si légèrement nié la réalité.

On me dit que derrière ces textes de belle tenue, il y a un véritable écrivain en la personne du normalien Sylvain Fort, qui semblé doué de tous les talents, non seulement littéraires. Il est aussi musicologue et germaniste. Il a écrit, notamment, un bel essai sur Saint-Exupéry. Emmanuel Macron ne pouvait trouver meilleur représentant de l’intelligence française. Voilà donc pour le côté lumineux qu’il serait vain de sous-estimer, même si cela ne fait pas oublier le versant sombre du « en même temps », qui parfois nous fait douter de l’avenir. Qui gagnera finalement entre les deux faces du macronisme ? Qu’attendre de ce personnage bifront ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 juillet 2018.

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