Entretien avec le P. Jacques Mourad

propos recueillis par Anne-Sophie SAINT-MARTIN

vendredi 3 février 2017

Le P. Jacques Mourad a été libéré en octobre 2015, après six mois aux mains des islamistes. Il vit à Souleymanieh, au Kurdistan irakien, et nous confie ses craintes et ses vœux.

Quels vœux formulez-vous pour cette nouvelle année ?

Père Jacques Mourad : Mon premier désir est que notre monde ait le courage de dire non aux armes, pour que les hommes puissent vivre en paix et retourner sur leurs terres. Je pense à la Syrie, à l’Irak, mais aussi au Yémen... Mon deuxième souhait serait que les pays riches viennent en aide aux populations des pays pauvres en installant des chantiers pour les faire travailler et ainsi les inciter à rester. Il faut rapidement ouvrir des chemins contraires à l’émigration.

Vous êtes Syrien, né à Alep, mais vivez aujourd’hui dans le Kurdistan irakien. Quel regard portez-vous sur ces deux pays ?

Il y a des différences car la communauté internationale agit différemment dans chacun d’eux… Mais, globalement, la situation évolue négativement. Il y a plus de victimes, plus d’émigrés, plus de personnes qui souffrent de la faim. Il faut tirer la sonnette d’alarme pour les chrétiens... et les autres minorités ! Que fait le monde ? Pourquoi est-ce que ces enfants, ces femmes, ces familles qui ne portent pas les armes subissent toujours la guerre et la politique ? La communauté internationale ne fait pas assez et sert surtout ses propres intérêts. L’Église porte aussi une responsabilité.

La situation des réfugiés en Syrie et en Irak est-elle la même ?

En Irak, les réfugiés, chrétiens et musulmans, ont trouvé une stabilité grâce aux soutiens internationaux, grâce aux organisations chrétiennes et à l’Église. En Syrie, la situation est bien plus complexe. Beaucoup de réfugiés sont oubliés. Il y a des camps gigantesques aux frontières avec la Turquie et la Jordanie. Ces réfugiés vivent dans le dénuement total car très peu d’associations s’en occupent.

Cette situation m’a fortement touché au moment de Noël. Jésus qui choisit de naître dans une situation de misère absolue ; c’est une réalité que des familles et des communautés vivent. En naissant dans la crèche, Jésus a voulu leur dire « Je suis là avec vous ». Il est présent dans les camps de réfugiés.

Que pouvons-nous faire ?

Si Jésus a décidé de devenir homme, c’est pour nous rappeler que nous sommes à son image. Il nous a créés avec un bon cœur, et nous sommes tous appelés à faire quelque chose. Nous, citoyens devons leur apporter la paix afin qu’ils gardent confiance.

Les gouvernements, eux, doivent réfléchir, réviser leur choix. Dieu est-il d’accord pour que nous pratiquions la violence et la guerre dans des pays ? La vérité est toujours crucifiée et pour cela, le père Paolo paie par sa captivité (NDLR  : le père jésuite italien Paolo Dall’ Oglio a été enlevé à Raqqa en Syrie le 29 juillet 2013 ; depuis aucune nouvelle sûre n’est parvenue sur son sort), les évêques d’Alep, les prêtres paient aussi car ils sont les porteurs de la vérité.

S’il me reste un vœu pour 2017, c’est que cette année soit celle de la conversion des cœurs.

http://www.oeuvre-orient.fr/2015/12/02/lextraordinaire-temoignage-du-pere-jacques-mourad-ex-otage-du-groupe-etat-islamique/

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