Emmanuel Macron aux Bernardins

par Gérard Leclerc

lundi 9 avril 2018

Que l’épiscopat français ait choisi le Collège des Bernardins comme scène officielle d’expression publique constitue en soi un symbole. Le cardinal Lustiger avait voulu que l’Église se réapproprie ce haut lieu monastique pour lui rendre sa vocation au service de la culture chrétienne. C’est dans cet esprit qu’il avait été inauguré par Benoît XVI, qui y prononça un mémorable discours restituant au Collège ce qu’il y avait de plus vivant et de plus actuel dans son passé et son présent : «  Ce qui a fondé la culture de l’Europe, la recherche de Dieu et la disponibilité à L’écouter, demeure aujourd’hui encore le fondement de toute culture véritable.  » Cette vocation, le Collège s’y est montré fidèle depuis sa réouverture. Mais avec la rencontre du 9 avril il acquiert une dimension supplémentaire : montrer à la nation tout entière la réalité d’une Église au cœur de son temps avec sa mission de service.

L’association de la mémoire et de la modernité rend compte de la nature d’une institution associée au destin du pays depuis ses origines et assumant aujourd’hui pleinement ses tâches évangéliques. Une discussion s’est développée à propos de l’analogie possible de cet événement inédit avec le dîner annuel du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui réunit aussi les responsables politiques autour du chef de l’État et tout ce qui concerne les instances économiques, sociales et culturelles. Serait-ce à dire que l’Église catholique prend acte de son statut minoritaire et s’insère dans la logique des identités en s’affirmant sur le mode communautariste ? À dire vrai ce n’est pas une véritable objection. Il est parfaitement légitime de permettre la libre expression d’une institution sui generis qui doit assumer sa pleine visibilité dans les conditions précises qu’exige l’authenticité de sa nature. Donner d’abord la parole aux personnes en situation de fragilité correspond exactement à cet objectif, de même que le buffet préparé par la Table de Cana, association de réinsertion des chômeurs.

L’échange auquel ont donné lieu le discours de Mgr Pontier, président de la Conférence des évêques de France et celui d’Emmanuel Macron est significatif des relations de l’Église catholique et de l’État en régime de laïcité à la française. À diverses reprises, le président de la République a manifesté sa volonté de prendre ses distances avec une laïcité idéologique pour reconnaître le rôle indispensable des convictions spirituelles dans la vie de la nation. Une semblable évolution devrait aboutir à des changements d’habitudes et à de nouvelles initiatives aptes à promouvoir la coopération sur le terrain. Demeure la question épineuse des réformes dites sociétales qui ont une dimension anthropologique sérieuse. L’événement des Bernardins permettra-t-il que la voix des chrétiens soit entendue au-delà des pressions idéologiques qui assaillent l’État ? On le souhaite ardemment, sans être sûr que tel sera le cas.

Pour aller plus loin :

Messages

  • J’ai peur que l’Église se méprenne sur les risques qu’apportent les élections européennes.
    Un probable "euro groupe" a placé des acteurs ayant une proximité connue avec l’Église à tous les postes sujets à scandale soit en cours, soit sur le point d’exploser.
    Vu que les sujets religieux cristallisent une grande part de l’électorat sur les partis affirmant leur laïcité ou non, et que cette cristallisation est tributaire des scandales dénoncés quelques semaines avant les élections, des émissions d’une grande agressivité style Élyse Lucet à Rome, juste avant les présidentielles, pourraient à nouveau avoir leur effet. France Télévision a bien orchestré cette manoeuvre. Etat averti sur leur pratique, établie de concert avec la Belgique, il est patent que "Orchestré" est le bon terme. Dans des affaires dont j’ai été témoin à la Cour de justice UE, et les démarches que j’ai entreprises pour apporter la lumière sur le "pourquoi les + hauts décideurs sabotent eux mêmes des installations de sécurité et sûreté", j’ai rencontré l’église Luxembourg pour leur faire part que beaucoup ne sont pas tels qu’ils se présentent et contribuent à un dangereux glissement qui va nuire à l’image des institutions nat ou UE, ainsi qu’aux groupes religieux qui officient sous l’initiative de quelques uns. Un recueil rare interne CJUE m’est parvenu sans que j’en connaisse la provenance. Il est enjolivé de peintures aquarelles qui présentent toutes les scènes de dignitaires religieux en visite à la CJUE. A l’époque ou ce document m’est parvenu, une publication aurait probablement jouer un rôle sur les véritables europhobes, la plainte pour fraude de M. Martin Schultz contre Mme LP, aura probablement le même effet dans les jours qui suivent.
    Le groupe europe est très réaliste, aussi réaliste que M. Hollande, la popularité de M. Macron est très basse, idem celle de l’Europe, le choix semble avoir été fait de gérer le paramètre religieux vers M. Macron, pour ensuite figer l’exaspération vers un candidat non ouvertement pro UE. Je pense que la division sera organisée en renforcant l’extrême droite au parlement européen.

  • "L’événement des Bernardins permettra-t-il que la voix des chrétiens soit entendue au-delà des pressions idéologiques qui assaillent l’État ? On le souhaite ardemment, sans être sûr que tel sera le cas. . On le souhaite mais comme d’habitude Macron a un peu noyé le poisson, même s’il l’ a fait brillamment, mais peut être son discours étai trop long , empilant , comme toujours trop de références parfois ambiguës, comme Mounier qui a quand même été plus que complaisant envers le communisme. D’autre part quitte à citer Bernanos, Julien Green et d’autre , peut être Macron aurait dû aller plus loin et rendre au sacrifice d’Arnaud Beltrame sa véritable spécificité, signification, celle de la vraie sainteté vu par Finkelkraut, du sacrifice par substitution , décrit par la Bernanos avec ses Dialogues, mais qui a un vrai fondement historique,celui aussi exhumé par Gertrud von le Fort. Il y a eu aussi l’exemple de Thérèse bien sûr, dans cette filiation et de toute une tradition catholique qui n’a jamais voulu vivre dans le passé, mais assumer sa foi dans le présent, jusqu’à ses extrêmes limites pour mieux fonder l’avenir, tous ceux qui ont donné l’exemple du sacrifice qui nous fait vivre, permettent de vivre - la voilà la vrais sève qui coule encore - croyants ou non. Qui a dit " " Bonchamps ( le héros des guerres de Vendée qui s’est entremis pour ses ennemis ) , Bonchamps c’est la France , c’est la France éternelle ?" C’est Aragon en 1956 alors qu’il était encore la caution littéraire du communisme . La sève de Bonchamps balayant toutes les révolutions, encensées.

  • Le printemps républicain nous dit : « Il n’est pas dans votre rôle de réparer les liens entre l’Eglise et l’Etat. Ces liens ont été irrévocablement tranchés, par les représentants du Peuple, le 9 décembre 1905. »

    Les catholiques seraient bien inspirés de s’en souvenir. C’est dans la violence que la République a voulu - en 1905 - trancher tous les liens qui reliaient l’Eglise à la société, en l’exilant et en mettant ses représentants au ban de la nation ! Les fusils avaient alors été pointés contre les fidèles et contre les religieux ; ceux-ci expulsés sans rémission hors des frontières françaises...

    Ce souvenir permettrait utilement aux catholiques de conserver une saine distance à l’encontre des propos lénifiants et enjôleurs des gouvernants successifs qui ont surtout en vue la dimension électoraliste de leurs rapports avec la population "catholique".

    Le long discours d’Emmanuel En Marche ne doit pas faire illusion.
    Je n’irai pas jusqu’à faire mien le jugement furibard de Mélenchon qui a « entend[u] un sous-curé  ». Il n’empêche que Macron, une fois encore, était pleinement dans son rôle de caméléon. Celui qui lui a si bien servi pendant la campagne présidentielle pour enfumer et séduire des publics aux opinions disparates.

    L’une des clefs de son fonctionnement et de sa réussite, c’est l’analyse marketing. Le peuple Français n’est pour Macron qu’un immense marché dont il faut identifier les différents segments pour adapter le discours (et les fameux "éléments de langage") en conséquence.
    Ensuite, pas étonnant que chacun ait l’impression de s’y reconnaître !

    Comment croire sérieusement à ce que l’hôte de l’Élysée a pu déclamer hier soir aux Bernardins ? Il s’est contenté d’aller dans le sens des attentes de son public (d’où les réactions ulcérées de la gauche laïcarde) sans que l’on puisse savoir véritablement ni le fond de sa pensée, ni ses projets.

    Il prétend, par exemple, " [tenter de concilier] le droit et l’humanité ". Oui, mais pourquoi, par ailleurs, est-il sur le point de lancer une ahurissante opération militaire (en dehors même des décisions de l’ONU !) contre le gouvernement Syrien, accusé sans preuve certaine d’avoir gazé à plusieurs reprises ses populations civiles ?

    Quand on sait quel désastre humain et quelle absurdité politique fut l’opération libyenne, on ne peut que rester confondu devant la prétention macronienne de récidiver sur la Syrie (avec, de surcroît, une échelle de risque sans commune mesure de se trouver embarqué dans un conflit international aux issues imprévisibles).

    Un tel personnage est-il conforme à l’image qu’il veut donner, de lui et de sa politique, auprès des catholiques ?

  • Macron et la possible répression envisagée contre le régime syrien.

    Les preuves formelles du gazage de populations civiles en Syrie sont tellement manquantes, hypothétiques... que la Russie a opposé son veto à l’institution même d’une instance internationale pour vérifier si ce crime est avéré... lequel crime reproduit des actions antérieures du même type, qui restent elles aussi encore à démontrer, je suppose...
    La punition de ces crimes est certes extrêmement risquée, ça c’est indiscutable.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.