Elle n’est qu’endormie

Elizabeth A. Mitchell, traduit par Charlotte

mardi 25 août 2020

Résurrection de la fille de Jaïre, par Ilia Répine (1871).
Musée Russe, Saint-Pétersbourg.

Il faut un grand effort au Seigneur pour nous arracher à nos propres mains. Il semble que la mort soit souvent la porte par laquelle Dieu doit nous faire passer pour que nous dépendions complètement de Lui.

Dans les évangiles synoptiques, on trouve la scène touchante de la fille de Jaïre, un chef de synagogue, qui est mourante, et Jaïre se précipite pour demander l’aide du Christ. (Cf. Matthieu 9 :18-19 ; Marc 5 :21-43 ; Luc 8 :40-56.) « Ma petite fille est sur le point de mourir... Mais viens lui imposer ta main, pour qu’elle soit guérie. » (Marc 5 :23).

Tandis que le Christ se mettait en route avec lui, cet homme croyant et bon a dû se sentir envahi par le soulagement. Mais le Seigneur est retardé. La femme souffrant d’une hémorragie traverse la foule et paraît demander le miracle qu’on attendait. L’anxiété et le désespoir ont dû submerger le père qui attendait. Il avait perdu sa chance apparemment. « Tandis que le Christ parlait encore, quelqu’un de la maison du chef est venu dire : “Ta fille est morte. Pourquoi continuer à importuner le Maître ?” »

Sachant ce qui se passait, le Christ se tourne vers Jaïre et dit : « Ne crains pas, crois seulement » (Marc 5 :36).

Crois seulement.

Un scénario semblable se présente pour Marie et Marthe dont le frère Lazare languit et meurt pendant qu’elles attendent l’arrivée du Christ. « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » (Jean 11 :21) Le Christ leur permet de perdre la chose même qu’elles espèrent, une guérison, pour éprouver leur foi dans le plus grand miracle, une résurrection. L’épreuve est atroce.

Mais Marthe déclare qu’elle est prête à croire l’impossible. « Même maintenant, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera » (Jean 11 :22).

Même maintenant.

Jaïre et Marthe ont tous les deux entendu le « pas encore » du Seigneur, vu la bénédiction passer au-dessus d’eux, et ils sont restés avec la mort et l’échec, la déception et le regret. Pourtant si nous restons avec eux dans la foi, nous comprenons que le Christ retarde son action pour accorder le plus grand présent.

Le Christ s’attarde exprès, retardant son arrivée là où on a besoin de lui : « Alors quand il entendit dire que Lazare était malade, il resta deux jours encore là où Il se trouvai. » (Jean 11 :5.) Il a besoin que nous ayons confiance en Lui pendant la perte apparente afin de nous placer entièrement dans ses propres mains aimantes. « Je me réjouis pour vous de n’avoir pas été là, pour que vous croyiez » (Jean 11 :15)

St Paul raconte que dans ses propres souffrances pour le Christ, il a été aussi laissé pour mort afin de ne dépendre que de Dieu. « Nous étions tellement, complètement, insupportablement écrasés que nous désespérions de la vie même... pour que nous ne dépendions pas de nous-mêmes mais de Dieu qui ressuscite les morts » (2 Cor. 1:8).

Dans le climat de la pandémie d’aujourd’hui, nous sommes confrontés à un défi semblable dans l’Église. Le silence de la liturgie, étouffée dans le monde entier, a laissé l’Église dans une torpeur de mort. Le découragement est palpable chez les pasteurs devant la réponse anémique à la réouverture de la Messe, le déclin de la vie sacramentelle, et le résultat des quêtes presque inexistant. Ils n’ont plus de vin.

De plus, la lutte civile et la violence qui sévissent dans le monde sont en partie, mais sans aucun doute – le résultat du manque de grâce créé sur la terre par l’absence du Saint Sacrifice de la Messe. Nous avons retiré le Christ d’au milieu de nous, ne comprenant pas combien de l’Eucharistie émanait silencieusement le pouvoir, la protection, la grâce, la bonté, le pardon et l’onction à travers le monde. « Le monde pourrait survivre plus facilement sans le soleil, » a remarqué le saint père Pio une fois, « que survivre sans le Saint Sacrifice de la Messe. »

Mais même maintenant, le Christ a la résurrection en réserve.

« Elle n’est pas morte, elle n’est qu’endormie », déclare notre Seigneur à ceux qui la pleurent dans la chambre de la fille de Jaïre. (Marc 5 :39) « Notre ami Lazare s’est endormi, mais je vais le tirer de son sommeil » (Jean 11:11).

De la même façon le Christ appelle Pierre à Gethsémani : « Il y a un moment tu te vantais que tu mourrais avec moi, et cependant Simon dors-tu ? Maintenant on cherche à me mettre à mort... et Simon dors-tu ? » (Cf. St Thomas More, De Tristitia Christi)

Le Christ vient maintenant pour nous réveiller du sommeil de la mort. Il étend la main et nous commande de vivre : « Petite fille, je te le dis, lève-toi ! » (Marc 5 :41) « Lazare, sors de là ! » (Jean 11 :43).

Et à ses apôtres dans le Jardin, et aussi à son Église : « Levez-vous ! Allons ; voici tout proche celui qui me livre » (Mt 26 :46).

C’est au seuil de la mort, quand l’obscurité a enveloppé la lumière et que le Jardin est envahi par l’Ennemi, que le Christ appelle le miracle. Il permet la mort pour opérer sa résurrection, si nous ne craignons pas et croyons seulement. L’heure sera peut-être tardive, le traître sera peut-être proche, mais le portes de l’Enfer ne prévaudront pas. L’Église n’est pas morte, elle n’est qu’endormie. Talitha cumi !


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