Traduit par Bernadette Cosyn

Écologie totalitaire

par James V. Schall, S. J.

mardi 20 mars 2012

Le 28 novembre dernier, Benoît XVI adressait une courte allocution à un groupe d’éveil à l’environnement nommé Fondazione Sorella Natura. Manifestement, l’expression "sœur Nature" vient de Saint François d’Assise, qui est, ainsi que le Pape le faisait remarquer, le patron à la fois de l’Italie et de l’écologie.

Le Pape est Allemand. Il aime que l’on s’occupe bien des choses. Il cite Saint François, qui disait à ses moines, quand ils plantaient un potager, de planter aussi des fleurs. Comme je l’ai souvent exprimé, nous avons davantage besoin de beauté que de pain. La terre devrait regorger de parcs et jardins.

Lors de l’Angélus du 4 décembre, le Saint-Père notait l’urgence d’adopter un mode de vie plus sobre. Dans des discours précédents du Pape, nous trouvons de nombreuses allusions à la beauté de la nature, du ciel et de la terre. Dans toute créature, "nous voyons l’empreinte du grand artiste divin".

Mais Benoît XVI décèle un problème majeur : "Tout en admirant les plus importantes recherches et découvertes scientifiques, l’Église n’a jamais cessé de rappeler qu’en respectant l’empreinte du Créateur dans la création tout entière, nous apprenons à mieux connaître notre véritable et profonde indentité humaine."

Il fait allusion à la Genèse. Le monde n’est pas créé pour lui-même mais pour l’homme intégré à la Création. L’écologie, dans ses racines idéologiques les plus profondes, est de fait un effort pour renverser cette priorité de l’homme sur la nature, dans un but politique. De cette façon, l’environnement n’est pas pour l’homme, mais l’homme est pour l’environnement. Il lui est subordonné.

Ce renversement, si minime à première vue, est le socle de "l’écologie totalitaire". Le but du monde n’est plus l’homme, qui est un accident du hasard. Selon certains milieux prétendument scientifiques, le but du monde serait plutôt de durer le plus longtemps possible.

Les idéologies modernes découlent généralement d’une théorie visant à rendre le monde meilleur, parfait. Dans leur développement, elles identifient telle ou telle cause au mal : telle classe sociale, race, nation, religion ou communauté. Si l’on éliminait cette cause, tout irait bien. Cette élimination semble alors logique et raisonnable.

A ce jour, et cela est nouveau, le but poursuivi est l’élimination de l’espèce humaine, ou tout au moins de la majeure partie d’entre elle. C’est la face sombre de l’écologie, rarement reconnue pour ce qu’elle est.

Benoît XVI traite de ce problème avec douceur : "Aujourd’hui plus que jamais, il nous apparaît clairement que le respect de l’environnement ne peut manquer de reconnaître la valeur inaliénable de la personne humaine à toute étape de sa vie." Le respect de l’environnement ne peut être prétexte à contrôler l’humanité : "le respect de l’être humain et de la nature sont une seule et même chose. Les deux réunis seront capables de se développer et d’atteindre leur plein épanouissement si nous respectons le Créateur et sa créature dans l’humanité et dans la nature."

La publication satirique The Onion "rapporte"’ qu’une conférence du 26 janvier à Washington avait atteint la conclusion "scientifique" suivante :

"Représentant plusieurs secteurs de recherche incluant l’écologie, l’agriculture, la biologie et l’économie, les chercheurs ont déclaré aux journalistes : les faits sont les faits, la population a de loin dépassé la taille acceptable pour la planète, soit un humain sur trois décide par lui même de mourir, soit une sorte de gouvernement organise cette élimination. Et cela doit être mis en place rapidement."

Cette conférence était bien sûr une fiction. Mais pas si éloignée de ce que voudraient réaliser les écologistes totalitaires. Et comme la pilule passe bien, notent les satiristes, une fois enduite d’un vernis pseudo-scientifique.
De telles thèses découlent de "l’alerte à la bombe de population", lancée dans les années 70, quand on nous annonçait l’épuisement des ressources - pour une date maintenant dépassée de quelques décennies. De telles analyses découragent les efforts humains pour innover, prendre des mesures appropriées, utiliser son cerveau - la seul véritable richesse dans la vie - et pour régler les problèmes en fonction des priorités humaines.
En d’autres mots, la véritable bataille dans le monde se situe contre ces idéologies, y compris les scientifiques, qui découragent les efforts de développement. Elles ont tourné le dos à une attitude civilisatrice et à la théologie qui rendent possible la société humaine.

Mais ce qui me frappe dans tout cela, c’est qu’au nom de la science nous proposions tranquillement de réduire le nombre des humains comme moyen de préserver l’avenir du monde et également pour le bien de l’humanité. Nous sommes généralement horrifiés par les idéologies qui veulent supprimer les bourgeois, les Juifs, les noirs ou autres, pour résoudre nos problèmes. Maintenant, c’est une partie de l’humanité en général qui devrait disparaître, de gré ou de force.

Et c’est carrément appelé un fait. Ce qui est réellement un fait, c’est cette idéologie totalitaire cherchant à prendre le contrôle de l’état pour mettre en place cette nécessaire "élimination", ainsi pieusement dénommée.

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James V. Shall, S. J., professeur à l’université de Georgetown, est l’un des plus prolifiques écrivains catholiques américains. Son plus récent livre s’intitule "The Mind that is Catholic".


Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/totalitarian-ecology.html

Photo : Mary Poppins : « Whether nanny or Nanny State : you take your medicine » : « Que ce soit la nounou ou l’État-nounou : prenez votre remède »

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