Affaire Mila

Du bon usage de la critique des religions

par Gérard Leclerc

lundi 3 février 2020

La jeune Mila 16 ans, est menacée de mort pour avoir prononcé des mots peu aimable pour l’islam.

« En France, on a le droit de critiquer les religions, il n’y a pas de délit de blasphème. » On peut dire que ce genre d’affirmation court en boucle en ce moment dans tous les médias et les réseaux sociaux. C’est suite à l’affaire Mila, du nom d’une jeune fille de 16 ans qui s’est permis d’exprimer des propos peu aimables – c’est le moins que l’on puisse dire – à l’égard de l’islam. Cela lui a valu des menaces de mort et même l’impossibilité d’accéder à son lycée, sa sécurité étant en cause. Ce genre d’incident est déjà caractéristique d’un certain climat moral, mais il s’est trouvé amplifié à la suite d’une déclaration de la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, qui, tout en condamnant les menaces de mort, a néanmoins pris position contre la jeune fille coupable, à son avis, d’insulte à la religion. La ministre est revenue par la suite sur ses propos qui avaient provoqué un véritable charivari. Comment pouvait-on s’opposer à la liberté de critique des religions ? N’était-ce pas revenir à l’ancienne législation contre le blasphème ?

Sur le sujet du blasphème, il y aurait beaucoup à dire. Est-il vraiment sûr qu’aujourd’hui il n’existe plus d’interdits à propos de principes fondamentaux, ceux qui sont à l’origine de notre droit, par exemple ? Les droits de l’homme constituent ainsi le sacré des démocraties modernes et leur déni est redevable de sévères réquisitions. Il en va de même du racisme, des discriminations, et de toutes sortes de phobies qui sont réprimés par la loi. En ce qui concerne la religion, il est vrai qu’il y a un droit de critique qui se réclame des Lumières et de toute une tradition anti-religieuse. Cette critique est-elle toujours pertinente, ne relève-t-elle pas souvent de l’esprit le plus mesquin et le plus étroit ? C’était la conviction d’un Flaubert qui a immortalisé dans Mme Bovary, avec le pharmacien Homais, le type même du rationaliste borné. Reste que la plus large liberté doit être laissée à l’intelligence et à l’échange des idées. Le mieux est quand même que cette liberté serve vraiment l’intelligence et ne se limite pas à brandir des noms d’oiseaux. Quand Emmanuel Macron visite l’école biblique de Jérusalem fondée par les Pères dominicains, il honore une magnifique création française qui témoigne de la plus haute forme de l’érudition et de la critique. C’est tout de même un apport plus judicieux au service de la raison et de la paix sociale.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 février 2020.

Messages

  • Vous faites bien de rappeler que dans notre France très Charlie il existe des "principes fondamentaux" auxquelles on ne touche pas et dont la négation est frappée d’interdit.
    En 2010 un homme marié, père de 8 enfants, a passé un an dans les geôles de la république pour les avoir enfreints et personne n’a dit : Je suis Vincent.

  • Dans beaucoup de textes journalistiques qui parlent de cette affaire, on oublie de parler de ce qui s’est passé avant cette séquence très médiatisé. Cette jeune fille avait fait l’objet d’une drague qui a mal tournée, les éconduits ont commencé à injurier Mila au nom de l’islam. Quand vous parlez d’intelligence et d’échange des idées, ce n’était visiblement pas le cas des personnes qui ont commencé à attaquer Mila. Une réponse intelligente n’était plus possible et le discours s’est placé au niveau des interlocuteurs. De plus, que demander à une jeune fille de 16 ans ? SA réponse était largement plus intelligente que celle de ses interlocuteurs, car elle n’a pas injurié ces personnes, mais leurs idées et les réponses ont finalement montré qu’elle a été comprise et ses interlocuteurs lui ont montré qu’elle avait raison sur le fond concernant l’islam de ces personnes. La généralisation à tout l’islam est certes abusive, mais le contexte excuse largement ce moment de colère.
    Ce qui me gène plus, c’est la réaction de beaucoup de politiques qui est reprise en cœur par quelques Musulmans sur les réseaux sociaux (voir par exemple les propos d’Odon Vallet rapportés sur Causeur.fr). Face à une critique intelligente de l’islam, on trouve maintenant des Musulmans qui accusent cette critique d’être responsable de la violence à venir. Cela leur permet d’éviter une réflexion sur le fond et ne facilite pas le dialogue !

  • @ Pascal Legris

    Sans volonté ni intention de commenter, approuver ou contredire la totalité de cette intervention, une pause sur : "... elle n’a pas injurié ces personnes, mais leurs idées...". Serait-il permis de compléter par la réalité (par ailleurs revendiquée par la demoiselle en question) à savoir qu’au-delà d’une religion, il y a eu atteinte au dieu de celle-ci. N’être pas d’accord avec une idée, idéologie, doctrine ou n’importe qui et le dire ou l’écrire est légitime, mais la critique exigerait-elle pour autant l’usage de termes outranciers (pour ne pas dire autre chose) ?

    Quant au "dialogue", il peut s’avérer souvent difficile et même impossible et l’établir n’est en tous cas pas à la portée de tout le monde. Aussi, dans l’attente d’une solution efficace à un problème, faire preuve d’extrême fermeté sans rien céder à l’essentiel ne serait-il pas souhaitable pour éviter l’affrontement ? C’est ici qu’il ne s’agit nullement de peur, mais justement d’’intelligence". Sauf erreur.

  • Pascal Legris a parfaitement raison

    Ce que je trouve inquiétant c’est qu’il ne semble pas que les auteurs de menaces de mort soient recherchés et poursuivis par la justice . C’est la première réaction que j’attendais du gouvernement. La condamnation à mort était, avant son abolition, du ressort des cours d’assises

  • Ce qui a été seulement rappelé à Patrick Legris c’est que la demoiselle en question a injurié, non pas des personnes mais le dieu des musulmans en des termes bien plus qu’outranciers. On permettra un minimum à ceux qui le pensent de dire que cela non plus n’est pas admissible.

    En plus nulle part les menaces de mort n’ont été justifiées. Que les autorités compétentes aient pris ou non les mesures nécessaires pour en "rechercher les auteurs et les poursuivre en justice" est une autre question. Il a été indiqué , sauf erreur, que la demoiselle et sa famille étaient protégés par les forces de l’ordre. Tant mieux pour eux. Mais on ne voit vraiment pas les plus de 67 millions de Français avec, chacun ou par groupement familial, talonnés par un policier...

    En plus, il s’agit d’éviter de confondre vigilance et peur, critiques légitimes et propos outranciers, et encore moins ignorance et intelligence. G. Leclerc a relevé "des noms d’oiseaux - pour le moins qu’on puisse dire -". C’est vrai, et bien de propos volent en ce moment très bas, trop bas et de la volière prennent leur envol hiboux, chocards et bécasses. Offrir à Daech sur un plateau l’opportunité de multipliers ses funestes desseins ne relève pas du bon sens, car après des attentats meurtriers aller déposer des bougies en chantant la Marseillaise Daech et consorts n’en ont rien à faire.

    Pour terminer, se remettre en mémoire un ancien dicton (dans un vocabulaire que tout le monde comprendra et qui semble à la mode et apprécié mais qu’ici on excusera) :
    "Disserter sur la m...de en s’y attardant c’est lui donner trop de valeur". Beaucoup trop de salissures nauséabondes alimentent les infos depuis un bon moment alors que des choses graves se passent peut-être ici et là et là-bas pendant qu’on se focalise sur la tendance sexuelle de Jésus et et le c..l de Mohammed.

    Ce sera tout. Merci.

  • Merci à Pascal Legris pour le lien conseillé dans 5 février, 19:31. En cliquant sur Causeur on trouve, entre autres, la phrase suivante attribuée à Odon Vallet : "Si je vivais au Nigeria et si j’avais 18 ans je serais sans doute Boko Haram", entourée d’une guirlande de commentaires ironiques et cyniques suivis d’un chapelet de réactions insultantes, injurieuses et salissantes sur l’’historien des religions"...

    Où est le problème ? Quand on est au courant de ce qui se passe dans des pays d’Afrique, dont le Nigeria, on sait que les criminels fanatiques, non seulement persécutent et tuent, mais aussi et surtout agissent comme ils le font depuis une décennie en Syrie et en Irak et partout où ils sévissent : ils embrigadent des adolescents de 12, 15 ans et plus, leur mettent entre les bras un fusil, un couteau ou une machette et les balancent dans les villes et les villages pour, à leur tour, massacrer et tuer. Dès lors, pas seulement Odon Vallet mais avec lui ceux qui l"attaquent aussi violemment s’ils étaient au Nigéria ils seraient Boko Haram...

    Même à cette heure de la nuit, comment laisser passer une aussi terrible injustice s’abattre sur quelqu’un.

    Et penser à une autre phrase, celle de Christ : "Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font".

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