Dimension religieuse de l’antisémitisme

par Gérard Leclerc

lundi 23 avril 2018

Nous avons déjà abordé la question de l’antisémitisme lié à l’islamisme radical. Cette question, loin d’être mineure, ne cesse de rebondir, au fur et à mesure que l’on prend conscience de l’ampleur du phénomène. Une pétition signée par 300 personnalités, de sensibilités très diverses, rappelle des faits dont il faut se pénétrer pour comprendre leur gravité : «  Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’île-de-France – c’est-à-dire environ 50 000 personnes, ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Émile Zola et de Georges Clemenceau.  »

Mais la pétition ne se contente pas de dénoncer cette épuration, elle s’adresse aux responsables du culte musulman, en leur soumettant une requête qui concerne le contenu même de la religion coranique. «  En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémitisme catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.  » Il n’est pas douteux que les rédacteurs de ce texte ont mûrement réfléchi à la teneur et à la densité des mots employés. Ils se sont, en effet, affranchis des limites du champ de la laïcité publique, pour entrer dans des considérations qui en appellent à la compétence théologique de ceux à qui ils s’adressent. En liant l’interprétation du Coran au discernement des textes bibliques et à la mise au point théologique de Vatican II sur le judaïsme, ils se sont avancés sur un terrain délicat et ils ne l’ont fait que parce que c’était la seule façon d’aborder la cause la plus décisive, qui est de nature religieuse, de l’antisémitisme actuel.

Comment le monde musulman – et en particulier le monde musulman français – réagira-t-il à une telle requête ? Lui est-il envisageable d’exercer à l’égard de ses textes sacrés le discernement observé dans l’étude de l’Ancien Testament et qui a abouti, pour l’exégèse contemporaine, à une meilleure élucidation des rapports de la violence et du sacré ? Il est vrai aussi que l’exemple de Vatican II est à prendre en considération, analogiquement, ne serait-ce que dans la volonté de passer d’une culture du mépris et du rejet à une culture de la reconnaissance.

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http://www.leparisien.fr/societe/manifeste-contre-le-nouvel-antisemitisme-21-04-2018-7676787.php

https://www.humanite.fr/racisme-nouvel-antisemitisme-un-manifeste-qui-divise-654254

http://www.lemonde.fr/religions/article/2018/04/23/tribune-contre-l-antisemitisme-musulman-dalil-boubakeur-denonce-un-proces-injuste-et-delirant_5289416_1653130.html

https://www.marianne.net/politique/video-sur-le-nouvel-antisemitisme-sequence-malaise-avec-philippe-poutou


https://www.france-catholique.fr/Quelques-rendez-vous-a-la-librairie-Gay-Lussac.html

Pour aller plus loin :

Messages

  • dépêche de l’AFP ce lundi
    la grande mosquée de Paris "déplore un procès injuste et délirant fait aux musulmans" et à l’Observatoire contre l’islamophobie , Abdallah Zekri a condamné un débat "nauséabond et funeste" sur l’islam qui accable les musulmans
    Les musulmans jouent les victimes ce qui ne réglera pas le problème
    Ce sont les Juifs et les chrétiens que Mahomet donne à tuer ou même simplement "ne prenez pas pour amis les Juifs et les Nazaréens "(sourate 5-51)
    et pour le christianisme combattu dans la sourate 4-v 171. Le vivre ensemble est bien difficile

  • Rachid Benzine me paraît plus lucide que le signataires de la pétition quand il dit justement : "L’urgence n’est pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique".
    https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

  • Rachid Benzine : « L’urgence n’est pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique »

    Islamologue et historien, auteur notamment de Des mille et une façons d’être juif ou musulman avec la rabbin Delphine Horvilleur (Seuil) et de Finalement, il y a quoi dans le Coran ? (La Boîte à Pandore), Rachid Benzine revient sur la tribune dénonçant un « nouvel antisémitisme ».

    Plus que d’« épurer » le Coran, il est urgent selon lui d’enseigner la « lecture critique » des textes. Une tâche qui incombe selon lui aussi aux responsables religieux musulmans.

    La Croix : Une tribune publiée dimanche 22 avril dans Le Parisien et signée, entre autres, par l’ancien premier ministre Manuel Valls et l’ex-président Nicolas Sarkozy, dénonce « un nouvel antisémitisme » et presse les « autorités théologiques » musulmanes de « frapper d’obsolescence » les versets du Coran appelant « au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants ». Partagez-vous ce constat d’une recrudescence de l’antisémitisme ? Quelle part y tient le Coran ?

    Rachid Benzine : Le réveil d’un certain type d’antisémitisme est indéniable aujourd’hui en France et dans d’autres pays européens, sous plusieurs formes : la forme la plus classique de l’antisémitisme européen ; une autre est liée au conflit israélo-palestinien ; enfin, une dernière s’explique par la circulation de certains textes, dont le Coran, qui ne sont pas remis dans leur contexte.

    De fait, et s’il comporte plusieurs passages positifs sur « les fils d’Israël », le Coran reprend un certain type de malédictions déjà utilisées par le christianisme des premiers siècles, certaines s’appuyant sur l’Évangile de Jean. Reprenant le genre classique de la polémique, le Coran accuse les juifs de l’époque d’avoir dévié de l’enseignement de leurs prophètes. Il va aussi jusqu’à justifier le combat contre une tribu juive, mais pour des raisons politiques et non pas religieuses : selon la tradition musulmane, l’une des tribus juives, membre du « pacte » – autrement dit de la confédération de tribus – de Médine aurait trahi pour s’allier aux Mecquois qui venaient attaquer la ville.

    Une partie de l’antisémitisme actuel vient d’une lecture anachronique de ce texte. Si l’on ne saisit pas les enjeux de cette société arabe du VIIe siècle, le type de judaïsme, de christianisme et d’islam existant à cette époque dans cette région, mais aussi la caducité des situations qui ont donné lieu à ce type de discours, le risque est grand de tomber dans un discours transhistorique. Comme je le répète souvent à mes étudiants, « le Coran ne s’est pas d’abord adressé à des gens comme vous ! »

    Mais pour l’immense majorité des musulmans, « le Coran est applicable en tous lieux et à toutes les époques ». Comment en sortir ?

    R. B. : Il est applicable à toutes les époques mais pas avec la même lecture ! Quinze siècles se sont écoulés entre sa mise par écrit et la période à laquelle nous vivons. Le propre des grands textes est de s’enrichir sans cesse de nouvelles lectures, selon les lieux et les époques auxquels on les lit. Chaque époque construit sa manière de croire : nous devons être conscients que les Arabes du VIIe siècle ne croyaient pas comme nous, sinon, nous risquons de substituer nos problématiques actuelles aux leurs. Le féminisme pas plus que la liberté religieuse ne sont des problématiques du VIIe siècle…

    Il ne faut pas jamais oublier qu’un discours est toujours situé. Croire que le sens est immédiat crée une idolâtrie vis-à-vis du texte, et donc des projections idéologiques. Un texte ne parle jamais de lui-même : lui donner du sens relève de la responsabilité du sujet-lecteur. Aujourd’hui, on en voit convoquer le Coran soit pour lui faire dire que « l’islam, c’est la paix », d’autres pour affirmer que « l’islam c’est la violence ». Chaque camp sort ses versets pour soutenir ses dires… Ces deux lectures ne disent rien du texte lui-même mais tout de leurs auteurs.

    Nous sommes tous responsables de nos lectures ! La responsabilité du sujet-lecteur implique d’apprendre à lire un texte, et notamment de le situer dans son contexte. Face aux dérives religieuses nées de la lecture littérale du Coran, proposer une lecture spirituelle est inutile et ne convainc personne. La seule manière de désactiver son potentiel est d’en proposer une lecture critique historique et ensuite une lecture éthique.

    Que penser de la proposition des signataires de la tribune de « frapper d’obsolescence » certains versets appelant à la violence ?

    R. B. : Elle est typique de cette propension actuelle à épurer tous nos chefs-d’œuvre, y compris littéraires ou musicaux, à débaptiser les noms des rues, etc., au fond à vouloir faire table rase de ce qui, dans notre passé, ne correspond pas à nos valeurs modernes. Ce n’est pas une attitude responsable ! La question est plutôt de savoir que faire de cet héritage, comment lui être fidèle tout en lui étant infidèle, et donc au fond comment en faire une lecture critique.

    Il n’est donc pas question de demander aux chrétiens d’épurer la Bible pas plus qu’aux musulmans d’épurer le Coran : il faut vraiment être dénué de toute culture religieuse pour imaginer une chose pareille ! Du côté catholique, c’est l’enseignement de l’Église à l’égard des juifs qui a changé : l’Évangile de Jean n’a jamais été expurgé, c’est sa lecture qui a été renouvelée.

    L’urgence, c’est d’apprendre à nos concitoyens à faire une lecture critique de n’importe quel texte, y compris religieux. Pour cela, le recours à l’histoire est indispensable, mais aussi à la théologie. La communauté musulmane dans sa diversité doit enseigner une lecture critique de ses textes : c’est ainsi qu’elle sera fidèle à sa tradition. Ses responsables ne doivent pas enfermer leurs fidèles dans un processus de victimisation mais les rendre responsables de la lecture qu’ils font du Coran.

    Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner

    https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

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