L’épopée des zouaves pontificaux

Dieu et le pape !

par Guillaume Zeller

vendredi 1er juillet 2022

La bataille de Mentana, par Lionel Royer (1852-1926).
© Musée de la guerre de 1870

La papauté, célébrée particulièrement ce 29 juin par la fête de saint Pierre (et de saint Paul), s’est trouvée en grand péril dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Le pape Pie IX, menacé par les armées de Garibaldi, trouva un secours inattendu à travers la mobilisation de zouaves pontificaux. Un épisode méconnu de l’histoire de l’Église... qui s’est achevé en France.

La température est glaciale en ce 2 décembre. Charette ne dispose plus que de huit cents hommes. Face à lui, l’ennemi aligne l’équivalent d’une division de plusieurs milliers d’hommes, appuyée par de puissantes pièces d’artillerie.

Le jeune chef s’apprête à s’élancer sur près de 1 500 mètres à découvert, sur une plaine enneigée où nulle aspérité ne permet de s’abriter face à la mitraille. Il sait qu’en dépit des risques, ses soldats sont prêts à le suivre n’importe où. Il fait un signe bref à l’un d’entre eux, Henri de Verthamon. Celui-ci déploie son étendard, frappé de la devise «  Cœur de Jésus, sauvez la France  ». La troupe s’élance.

Au terme d’une course épuisante, au cours de laquelle beaucoup s’effondrent, elle parvient aux abords du village où chaque fenêtre dissimule un fusil adverse. Les balles sifflent en tous sens et convergent vers le drapeau. Verthamon s’effondre, mortellement touché. Le comte Fernand de Bouillé s’en empare, mais il est fauché à son tour. C’est alors son fils Jacques qui prend le relais, avant de tomber lui aussi. Charette se tient debout au milieu du tumulte. Une véritable cible. Un projectile le frappe et le blesse grièvement à quelques mètres de la hampe. La bataille est perdue. Il ne reste qu’une centaine de combattants valides qui retournent vers leurs lignes en rapportant avec eux le précieux étendard, éclaboussé de sang.

Glorieuse lignée

Nous ne sommes pas dans le bocage du pays de Retz en décembre 1793, en pleine déroute de l’Armée catholique et royale, mais à Loigny (Eure-et-Loir) en 1870. Ces soldats ne sont pas des Vendéens, mais les combattants de la Légion des volontaires de l’Ouest, plus connus sous le nom de zouaves pontificaux. Face à eux, non pas des Bleus, mais des Prussiens, qu’ils chargent à la baïonnette aux cris de «  Vive la France ! Vive Pie IX !  »

Et pourtant, que de similitudes entre cet épisode de la guerre franco-prussienne et les guerres de Vendée, à commencer par cet emblème du Sacré-Cœur et le nom de ce chef courageux, Charette ! Le premier a été brodé par les Sœurs visitandines de Paray-le-Monial. Tandis que le second, Athanase de Charette, est de fait le petit-neveu de François-Athanase Charette de La Contrie, le «  roi de la Vendée  » dont il aurait pu faire sienne la devise : «  Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais.  »

Dans le froid hivernal, sous les ordres du général de Sonis, dans la tradition bien française des défaites héroïques, il vient de signer l’une des pages les plus glorieuses de l’épopée des zouaves pontificaux, entamée dix années auparavant.

Retrouvez l’intégralité du Grand Angle dans le magazine.

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