Traduit par Isabelle

Deux textes sur la crise

par David Warren et Christopher Altieri

lundi 11 mars 2019

I. Le chemin de l’ouragan
David “Warren

Personne ne pouvait savoir ce qui allait frapper les Carolines, ou d’autres rivages, la nuit dernière et les quelques jours qui suivraient. Les météorologues pouvaient voir ce qui approchait, grâce au satellite et à d’autres technologies, et deviner la vitesse et la direction du point d’impact avec terre. Ils le voyaient comme s’ils étaient dans l’espace. Il est maintenant possible d’espionner des tourbillons bien plus grands dans l’atmosphère de Jupiter ; ou des orages planétaires de poussière sur Mars.

Mais « Florence » va frapper les gens, y compris tous ceux qui ont été évacués, de façon impossible à prédire ; à chacun sa propre histoire. Certaines maisons se maintiendront fièrement, d’autres s’éparpilleront comme des allumettes, peut-être, et les ingénieurs en structure eux-mêmes ne peuvent pas nous dire comment cela se passera. Il n’y a pas de « conditions de laboratoire » pour un ouragan.

La tempête dans l’Eglise américaine est comme celle qui nous arrive de l’Atlantique. Idem, pour les vents et les pluies contre l’Eglise catholique dans tellement d’autres pays. Dans les grandes lignes, je pense qu’il est maintenant possible d’en mesurer la force alors qu’elle arrive à terre. Mais elle ne fait que commencer d’atterrir actuellement.

De plus, on ne peut pas voir grand-chose, et encore moins prédire les évènements qui arrivent dans le royaume spirituel. Tout le journalisme, y compris tous les rapports de l’intérieur et de l’entourage de l’Eglise elle-même ne peuvent traiter que la surface de la surface des choses.

Nous apercevons des hommes (pour le moment ce sont des évêques) en pleine dégringolade, ou, curieusement, toujours debout. Même à ce niveau, nous ne pouvons pas évaluer le dommage dans les vies qui étaient sous leur protection spirituelle, ou dans tout leur entourage ; pas non plus le dommage à la réputation d’hommes retraités ou morts, y compris les papes précédents, et tout ce qui suit l’ouragan des actes de destruction.

Il y a un vieux chant folklorique chinois (en vérité, ancien) que je garde dans ma mémoire anglaise ;

J’étais appuyé à un gros chêne.

Je croyais que c’était un arbre fiable ;

Mais il a commencé par se courber, puis il s’est cassé.

Mon amour véritable m’a déserté.

Le fidèle catholique qui fréquente l’église, qui croit, qui pratique, qui découvre qu’il a été dédaigné, doit ressentir quelque chose comme cela. C’est vrai que nous avons vu de telles choses auparavant, mais le mot « déçu » ne décrit pas de façon adéquate notre réaction. Serons-nous fidèle à ceux qui ne l’ont pas été envers nous ? (je veux garder ceci pour moi)
Ceux qui sont fortement ancrés dans l’enseignement de l’Eglise – qui est l’enseignement du Christ, purement et simplement, quel que puisse être l’effort de l’homme pour le « mettre au goût du jour » - ne perdront pas pied. Nous savons que nous n’avons jamais rendu un culte aux papes, évêques, ou auxiliaires ; ni aux moines aux religieuses ou aux prêtres de paroisse. Nous savons qu’ils pourraient tous nous faire faux bond, mais que le Christ serait toujours là. Il était toujours présent quand tous ses propres apôtres (tous sauf un) l’avaient déserté.

Nous savons également qu’il a confié le soin de Son Eglise à des hommes faillibles, y compris et de façon centrale, à celui qui a entendu le coq chanter, après avoir par trois fois continué à se préoccuper de sa propre sécurité. Sur cette « pierre » a été élevé le trône de Pierre.

Ceux qui sont un peu instruits sauront que l’Eglise a affronté de nombreux orages auparavant, comme, si j’ose dire, c’est aussi le cas de la côte des Carolines. Même là, le battage médiatique des météorologues doit être pris avec des pincettes. Si notre gentil lecteur avait été dans le coin autour du troisième siècle, et beaucoup d’autres en fait, il aurait facilement pu voir pire !

Notre catastrophe peut avoir un parfum spécial, d’autant plus spécial que nous y sommes moins préparés, mais l’idée d’une catastrophe qui semble engloutir l’Eglise entière n’est pas nouvelle. Les hommes sont faillibles, et quand cela a des conséquences sur d’autres hommes, qui eux n’ont pas failli, comme les nombreux prêtres (et c’est de loin la majorité) qui ont essayé en toute bonne foi, d’être fidèles à leur appel, et dont les péchés, en comparaison, ne sont que les fautes vénielles qui émergent à l’arrière-plan de la condition humaine faible et stupide ; pas de terribles agressions criminelles.

Je compte dans cette catégorie tout ce qui est actuellement violemment condamné comme « couverture ». Nous savons tous qu’il y a des hommes méchants qui font de méchantes choses tout autour de nous. Parfois nous avons des informations précises. Nous n’intervenons pas, parce que le monde est plein de mal, et si nous nous mettions à y faire quelque chose, par quoi commencerions nous ? Les hommes bons pourraient se dire « je vais commencer par moi ! »

Mais alors, si nous négligeons les cas les pires, l’orage arrive. Les petits marmonnages que nous nous adressons à nous-mêmes sur le besoin de « miséricorde » sont pâles face à la justice. Qu’allons-nous dire au Christ à ce sujet quand notre heure viendra ?

Est-ce que nous dirons ce que tant d’allemands sont censés avoir dit à propos de leur silence face à l’holocauste ? « Je ne savais pas ».
Et qu’en sera-t-il si le Christ nous répond « Je ne te connais pas ».
Il y a des conséquences à l’inaction, comme il y a des conséquences à l’action. Finalement, il y a des conséquences pour l’Eglise entière. Maintenant nous moissonnons ce que les hommes d’Eglise ont semé.

Dans les siècles passés, des hommes comme Thomas Becket et Thomas More, sont allés à une mort horrible pour défendre l’autonomie de l’Eglise contre l’interférence de l’Etat. On peut lire leurs histoires pour voir ce qu’ils ont fait ; le premier, par exemple, en refusant de remettre à la justice des prêtres qui avaient été jugés et convaincus de meurtre par la cour même de l’Eglise. Le second en refusant de reconnaître le fameux divorce du roi quand tous les évêques de l’épiscopat d’Angleterre (sauf un) affirmaient que cela ne les regardait pas.

C’étaient des « hommes de principes » ces deux saints. Des vaillants, que le nombre n’émouvait pas. Et l’ouragan les a chassés par son souffle.

Le vent souffle où il veut ; Dans un ouragan il souffle très fort. C’est cela que j’ai été amené à craindre le plus du savoir-faire du diable. Ceux de l’Eglise se sont si mal comportés que l’Etat a toutes les excuses nécessaires pour envahir sa juridiction. Et les conséquences en seront finalement pires que ce qu’aucun des petits pécheurs n’aurait pu l’anticiper.

David Warren


II. Rudes leçons d’une semaine lugubre.

Christophe Altieri

Il y a trois « plats à emporter » à tirer de l’annonce qui est venue du Vatican mercredi, qu’aurait lieu une réunion des présidents des conférences des évêques du monde (en février 2019) pour discuter de la « protection des mineurs » : 1) Le pape ferme la porte de la grange une fois que le cheval est sorti ; 2) Les cardinaux du C9 ont dû tordre le bras du pape pour fermer la porte ; 3) Quand il s’agit de pourriture morale dans le clergé, haut et bas, le pape fait toujours partie du problème.

Le communiqué relate avec pertinence : « Après avoir entendu le concile des cardinaux, (le pape François) a décidé de convoquer une réunion des présidents des conférences épiscopales de l’Eglise catholique, sur le thème de la protection des mineurs. »

La protection des mineurs est le sine qua non de toute réponse crédible à cette crise. C’est aussi seulement un élément particulièrement affreux du désastre moral général dans les rangs du clergé catholique. Le résumé de l’office de presse concernant les trois jours de la rencontre du C9 (qui incluait le communiqué du C9 annonçant la rencontre de février) mentionne « des adultes vulnérables », mais ce n’est guère plus qu’un pansement de couleurs vives – et cela n’apporte pas de réconfort.

En tous cas, un tête à tête avec les présidents des clubs des évêques sur la « garde des mineurs et des adultes vulnérables » à l’abri des atteintes des clercs n’aboutit à aucune solution. Au mieux, cela suggère un état persistant de déni face à la nature et à la gravité de la situation. Les gens réclament de l’action : La réduction rapide à l’état laïc du cardinal McCarrick serait un bon et facile point de départ.

Le langage de la curie est spécial, mais on n’a pas besoin de l’avoir beaucoup pratiqué pour voir que les membres du C9 nous disent qu’ils ont passé la plus grande partie des trois jours ensemble à convaincre le pape de faire un semblant de réponse à la crise actuelle.

Ces deux conjectures tendent à corroborer la troisième – que François est encore une partie du problème – ce dont il a montré l’évidence mardi dernier.
« Mardi matin, après les lectures du jour à la messe à la maison Sainte Marthe ? il a dit « En ces

Mardi matin, après les lectures du jour à la messe à la Maison Sainte Marthe, il a dit : « En ces temps, il semble que le Grand Accusateur ait été désenchaîné et soit en train d’attaquer les évêques. »

Le pape François a continué en disant : « Il est vrai que nous sommes tous pécheurs, nous les évêques. Il essaye de faire apparaître nos péchés, pour qu’ils soient visibles dans le but de scandaliser les gens. Le Grand Accusateur, comme il se nomme lui-même en s’adressant à Dieu dans le chapitre premier du Livre de Job, erre sur la terre cherchant quelqu’un à accuser. »

Pour dire les choses brutalement, l’idée que la découverte des péchés des évêques serait un scandale pour « les gens » est précisément l’excuse en faillite qu’ont utilisée les évêques pendant des générations pour cacher leurs propres méfaits et pour justifier leur couverture de l’inconduite des prêtres dont ils avaient la charge.

Que le pape attribue les tentatives de découvrir la vilénie épiscopale au démon – et ainsi dépeigne les fidèles qui réclament la vérité sur toute la terre comme des larbins diaboliques – est totalement stupéfiant.

Le pape François a continué : « l’évêque ne peut pas demeurer à l’écart des gens ; il ne peut pas avoir une attitude qui l’écarte d’eux. » Ceci, de la part de l’homme qui, en 2015, a dit à propos du fidèle Osorno, abusé et amèrement éprouvé au Chili, « (Ils) souffrent parce qu’ils sont muets ».

Et le pape a continué : « Les élites critiquent les évêques, tandis que les gens ont une attitude d’amour envers eux. » Cette notion est, au mieux, le type même de la pulvérisation et du rejet de responsabilité : cela ne sied pas bien au vicaire du Christ sur la terre.

Un officiel du Vatican, qui a parlé sous condition d’anonymat car il n’était pas autorisé à parler de ce sujet, a dit récemment, « Ce ne sont pas les élites qui mènent la charge en demandant des comptes à leurs évêques. Ce sont les gens, les gens ordinaires dans les bancs de l’église, qui sont horrifiés avec raison, devant la peste des abus sexuels par des prêtres, et la manière dont les évêques couvrent leurs crimes. »

Il est possible que François ait fait allusion à Carlo Maria Vigano, auteur du « témoignage » de 11 pages qui a paru à la fin du mois dernier, auquel le C9 de lundi a dit que le Saint Siège préparait une réponse.

En ce qui concerne les lanceurs d’alerte, il est bon de penser que Vigano ressemble davantage à Joe Valachi, le gangster devenu témoin fédéral, qu’il ne ressemble au détective héroïque NYPD, Frank Serpico. Une estimation franche doit conclure que nombre des allégations spécifiques de Vigano sont soit tangentielles, soit ancillaires, soit simplement entachées d’un certain désir de vengeance personnelle.

Quoiqu’il en soit, en ce qui concerne le témoignage de l’archevêque Vigano, il y a une question centrale à propos du pape François : Le compte rendu de Vigano de sa conversation du 23 juin avec le Saint Père est-il exact ?

Si les souvenirs de Vigano ne sont pas exacts, alors il pourrait être un saint vivant, et cela ne ferait aucune différence : il aurait toujours fait une immense injustice à la personne du Saint Père et un grand dommage à l’office de Pierre, et je ne mentionne pas le mal incalculable causé à la foi du saint peuple de Dieu.

Si les souvenirs de Vigano sont exacts, alors il pourrait être le diable en personne, et cela ne ferait pas de différence : le pape François aurait eu un rapport sur le caractère dépravé de McCarrick, qu’il aurait dû prendre au sérieux, et pourtant, il n’a rien fait.

En tous les cas, même si le Vicaire du Christ trouve bien de diaboliser littéralement son adversaire d’autrefois, on peut espérer qu’il l’appellera par son nom et laissera les fidèles en dehors de cela.

Pendant ce temps, nous allons attendre de voir ce que les présidents des quelques 130 conférences des évêques peuvent faire ensemble pour nettoyer le bazar qu’eux et leurs prédécesseurs ont laissé, et réformer une culture dominante corrompue et défaillante dont ils sont les principaux bénéficiaires.

A propos des conférences des évêques en général, j’ai entendu dire qu’ils sont un mal nécessaire. J’ai toujours considéré cette expression comme inappropriée : fausse à deux points de vue : leurs organes ne sont pas mauvais. Elles ne sont pas non plus nécessaires. En février, nous allons sans doute découvrir si j’ai raison.

Christopher R. Altieri

14 septembre 2018

https://www.thecatholicthing.org/2018/09/14/two-on-the-crisis/

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