Des vœux pour l’Algérie

par Gérard Leclerc

jeudi 4 avril 2019

Bien des sujets sollicitent l’éditorialiste. Mais il ne se sent pas toujours la compétence nécessaire pour les traiter. Et puis il y a l’attente des auditeurs et des lecteurs. Ne sont-ils pas saturés, par exemple, de commentaires politiques ? Depuis la naissance des chaînes d’information continue, il y en a des heures et des heures, avec des journalistes d’ailleurs souvent compétents et même brillants. Raison de plus pour l’éditorialiste d’une radio chrétienne de ne pas rivaliser avec eux. Il est vrai qu’il n’est pas possible d’échapper à certains événements qui bousculent la vie du pays. C’est pourquoi j’ai abondamment commenté la crise des Gilets jaunes et il y a fort à parier que celle-ci nous rattrapera sous peu de temps, sans qu’on lui trouve de solution définitive. Le journaliste n’est pas plus malin que le politique.

Il y a certains sujets que l’on craint d’aborder et pourtant ils font la une des quotidiens. Je pense à ce qui se déroule en ce moment en Algérie, avec ces gigantesques manifestations qui ont abouti à la démission du président Bouteflika. Mais l’Algérie, pour nous autres Français, ce n’est pas un pays comme les autres. Nous avons avec lui une histoire commune sur laquelle on peut exercer bien des jugements, mais qui a créé des liens particuliers. Des liens qui font que rien de ce qui s’y passe ne peut nous être indifférent, mais qui exigent en même temps distance et pudeur. La rupture violente qui s’est accomplie en 1962 nous interdit de nous mêler de ses affaires intérieures. On ne l’admettrait pas.

Pourtant le français est couramment parlé sur l’autre rive de la Méditerranée et nous avons sur notre sol plusieurs millions de ressortissants algériens, certains ayant la double nationalité. Cela n’empêche pas un phénomène de schizophrénie. Il ne nous reste qu’à faire des vœux. Vœux pour que le caractère pacifique de l’évolution de l’Algérie se poursuive et que soit définitivement écarté le spectre de la terrible guerre civile qui ravagea le pays. Vœux pour qu’une solution soit trouvée qui ne déçoive pas trop un peuple encore désorganisé et qui trouvera difficilement la possibilité de contredire le système oligarchique qui subsiste au lendemain de la démission du président. Vœux peut-être pour qu’entre Français et Algériens naissent d’autres relations au-delà des blessures de l’histoire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 avril 2019.

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