Des victimes déçues ?

par Gérard Leclerc

mardi 26 février 2019

« Les victimes déçues par le Pape ». Ce titre résume les doléances rapportées par les médias à la suite du discours conclusif de François, dimanche à Rome, au terme du sommet exceptionnel sur les crimes sexuels contre les enfants dans l’Église. Sont-elles justifiées ? Il est pour le moins prématuré de prétendre qu’aucune mesure ne sera prise en ce qui concerne « la tolérance zéro, l’exclusion définitive des violeurs d’enfants et des agresseurs sexuels employés par l’Église » pour reprendre la protestation d’un porte-parole. Les conséquences pratiques de la réflexion menée en commun, et suite d’ailleurs aux témoignages poignants de plusieurs victimes, vont être formalisées de façon précise par l’administration du Saint-Siège. C’est à partir de leur étude, que l’on pourra exercer un jugement fondé sur leur crédibilité et leur efficacité.

Certes, on comprend la colère et l’impatience de ceux et celles qui ont été blessés à vie par des ministres consacrés. La monstruosité de telles atteintes constitue une profanation. Le Pape a trouvé les mots les plus durs pour les caractériser. Que l’on ait trop tardé est aussi une certitude. Que l’autorité ait été défaillante et coupable, cela est désormais reconnu dans l’Église. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut négliger tout jugement prudentiel et historique pour comprendre ce qui s’est passé. Nous avons affaire à un phénomène universel qui n’a été révélé par les diverses institutions que dans les années 90.

Que le pape se réfère aux enquêtes des grandes formations internationales pour marquer ce caractère universel, ce n’est nullement pour noyer le poisson, comme le prétendent certains. Qu’il mentionne les fléaux que constituent l’inflation pornographique contemporaine, le tourisme sexuel à grande échelle, le fait que les abus contre les enfants se pratiquent en premier lieu dans le cercle familial, avec les proches, les entraîneurs et les éducateurs, ce n’est nullement pour se décharger de la responsabilité ecclésiale. C’est pour rappeler des réalités contemporaines massives dont l’ignorance produit un aveuglement généralisé. N’est-ce pas aussi pour les médias le moment d’un examen de conscience et d’une très impérative mise au point ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 février 2019.

Messages

  • Il était prévisible que le discours de clôture du pape François de la Rencontre dite "La protection des mineurs dans l’Eglise", serait reçu et perçu différemment par les uns et les autres : respectant la liberté de chacun d’exprimer son sentiment sur le sujet, on est en droit d’avancer que les appréciations n’échappent pas toujours aux critères et paramètres sous-tendant les idées et motivations propres à chaque individu ou groupe. Mais, une audition ou une lecture attentives - mues par la volonté sincère d’oublier pour un temps d’éventuels a priori, pourraient aider à mieux saisir la portée des paroles du pape.

    Il est normal et judicieux que le préambule de cette allocution se réfère à des données fournies par des Institutions mondiales : Onu, Unicef etc..., le problème des abus sexuels sur mineurs étant "universel et transversal". Et le pape, loin de se réfugier derrière un quelconque rideau de fumée, avance que "ce fléau n’atténue pas sa monstruosité à l’intérieur de l’Eglise..." et, allant encore plus loin, il assène : "l’inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleux dans l’Eglise...".

    La Rencontre sur "La Protection des mineurs dans l’Eglise" prend fin avec l’excellente prestation de Valentina Alazraki. Cette journaliste mexicaine et mère de famille, s’exprime avec respect mais avec une fermeté parfois déconcertante face à ces dizaines de dizaines de monsignore (qui l’ont par ailleurs vivement applaudie). Terminant par un "autre scandale" en vue et dont il faudra tenir compte, elle exprime son souhait que ce soit l’opportunité pour l’Eglise pour, enfin, "jouer en attaque plutôt qu’en défense". Cela veut tout dire et on ne pourrait qu’approuver une Eglise capable de faire face aux problèmes en amont.

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