Un leadership « courageux et théologiquement solide »

Des théologiens apportent leur soutien au pape François

par Natalia Bottineau

vendredi 20 octobre 2017

On peut s’étonner de la véhémence des attaques contre le successeur de Pierre. Mais aussi les relativiser si l’on se rappelle les levées de bouclier contre le bienheureux Paul VI ou que l’on a accusé saint Jean-Paul II de plus de cent hérésies. Et en même temps, on constate chaque jour, place Saint-Pierre, sur les sites en ligne et les réseaux sociaux, le long des rues pendant ses voyages, ou aux grandes célébrations, l’existence d’une majorité bruyante dont l’enthousiasme ne se dément pas au fil des années. Et jusqu’ici, le magistère du Pape étant perçu comme tellement limpide et évangélique, beaucoup ne se sont pas sentis appelés à se mobiliser pour faire taire les accusateurs : l’Évangile se défend lui-même. Cependant des théologiens viennent de prendre une initiative nouvelle, et c’est très intéressant.

Il y a eu naguère la lettre ouverte des « sages » musulmans, pour soutenir Benoît XVI au lendemain du discours de Ratisbonne, en 2006. Cette fois ce sont des théologiens et des personnalités internationales qui manifestent publiquement leur adhésion au magistère de Pierre – cum Petro et sub Petro –, à l’initiative de deux théologiens catholiques : Tomas Halik, 69 ans, un prêtre tchèque, grande figure de la résistance à l’occupant soviétique et Paul Zulehner, 77 ans, prêtre autrichien.

« Nous partageons votre rêve », affirment les signataires sur le site www.pro-pope-francis.com, en anglais et en allemand, qui a recueilli près de 10 000 signatures en quelques jours.

Ils veulent exprimer au pape François leur « gratitude » pour un « leadership papal courageux et théologiquement solide ».

Les esprits prévenus, qui ne se sont pas interrogés quand le pape a déclaré que Amoris Laetitia c’était pétri de saint Thomas, d’Aquin, et qui savent ce que pense le pape avant qu’il ne parle et là où il conduit l’Église, mieux que l’Esprit Saint, ne seront pas convaincus. Mais déjà lors du premier synode sur la famille, avant même que le pape se soit exprimé, on avait prédit qu’il dirait des choses contraires à la saine doctrine catholique… Cela se voit : on n’a pas pris le temps de lire ce que Bergoglio avait écrit avant son élection.

Ce n’est d’ailleurs pas à eux que la lettre ouverte s’adresse. Et au moment où Mgr Pascal Ide publie Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie (Éditions de l’Emmanuel), on comprend bien que ce ne sont pas les accusateurs qui rayonneront le plus de joie… mais bien ceux qui font preuve de gratitude, d’accueil, de disponibilité : une attitude « mariale ».

Mais il faut aussi immédiatement nuancer : son ami argentin, Luis Liberman, qu’il a encore reçu le 19 octobre, dit que le pape n’a aucune crainte des critiques, au contraire, il en fait du fruit, il les apprécie.

Le pape a voulu s’entourer par deux fois des évêques du monde entier, en octobre 2014 et en octobre 2015 avant de nouer la gerbe de leur réflexion dans son « exhortation apostolique post-synodale », en 2016. On oublie trop souvent cela : le document Amoris laetitia est le fruit aussi de la communion et de la confrontation ecclésiale vécue en synode avec Pierre. Le Pape a tout fait pour que chacun, de tous les continents et réalités culturelles, ecclésiales et sociales, dise comment il lit la réalité, en vérité et liberté : n’est-ce pas le chemin nécessaire pour un vrai discernement voire une vraie conversion, que cette liberté devant Dieu et son Évangile, en Église ?

« Vous avez réussi, disent les soutiens du Pape, à remodeler la culture pastorale de l’Église catholique romaine en accord avec son origine en Jésus. » Ils citent une expression du pape : « Vous voyez l’Église comme un hôpital de campagne. »

En harmonie avec ce que le Pape dit dans une homélie à Sainte-Marthe, le 19 octobre, ils ajoutent : « Dans la rencontre avec les autres, c’est la compassion et non la loi qui aura le dernier mot. Dieu et la miséricorde de Dieu caractérisent la culture pastorale que vous attendez de l’Église. »

Ils promettent leur prière, si souvent demandée par le Pape à tous les baptisés sous toutes les latitudes : « Nous vous demandons de ne pas vous écarter du chemin que vous avez emprunté et nous vous assurons de notre plein soutien et de notre constante prière. »

L’initiateur de cette lettre ouverte, c’est le théologien tchèque Tomas Halik, 69 ans, qui a reçu le Prix Templeton en 2014. Il a risqué l’emprisonnement, après l’invasion soviétique de son pays, pour avoir revendiqué la liberté religieuse. Il est resté, au niveau international, un avocat du dialogue entre les différentes religions et entre croyants et non-croyants.

Condamné, en 1972, comme « ennemi du régime », il a organisé pendant 20 ans des réseaux secrets dans les milieux intellectuels et religieux, luttant aussi pour la libération de personnalités comme Václav Havel ou le cardinal František Tomášek. Il a participé à la transition démocratique après la « révolution de velours » de 1989. Un courageux qui ne s’en laisse pas compter.

Avec lui, Paul Zulehner, 77 ans, qui est aussi un prêtre catholique, théologien, né à Vienne (Autriche), professeur émérite en sociologie des religions et en théologie pastorale. Il a été doyen de la faculté de théologie catholique de l’université de Vienne, excusez du peu. Il est membre d’un groupe de réflexion sur l’avenir l’« Academia Superior ».

On constate que le soutien au Pape surgit non pas de sa chère Amérique latine, mais de cette Europe qui a souffert des oppressions et des tragédies du XXe siècle et que l’on dit vieillie et que le pape a appelée à redevenir « mère » de nombreux enfants. Et leur nombre ne cesse d’augmenter d’heure en heure : théologiens, moines, personnalités de la culture ou de la politique, dans une diversité qui fait percevoir que la parole du pape et ses gestes suscitent une adhésion très « transversale » et rassemblent, en confiance.

Tandis que les accusateurs divisent. Comme si Dieu n’était pas le Maître de l’histoire et des élections papales et comme si la première vertu d’un croyant pour réfuter le doute originel sur Dieu n’était pas exprimé dans la simple prière de Faustine Kowalska – justement, à la veille des tragédies qui allaient se déchaîner - : « Jésus j’ai confiance en toi ! Jezu Ufam Tobie. » Lorsqu’on laisse s’insinuer en nous un doute sur notre Pape, ne serait-ce pas une petite faille dans notre confiance dans Celui qui l’a envoyé ? Et une victoire concédée un peu facilement au grand Accusateur-Diviseur ? Enfin ! Des théologiens élèvent leur voix pour dénoncer cette manipulation du Peuple de Dieu et lui redonner sérénité. Car c’est d’abord au Peuple de Dieu que cette prise de position fera du bien.

Messages

  • Voulez-vous dire, dans votre article, que les positions du pape sur la question de l’ISLAM ("qui exclut toute violence") et celle des MIGRANTS (à accueillir à bras ouverts, en leur accordant tous les droits) ne posent aucun problème ?

  • ... Et pensez-vous que le pape est vraiment en DIALOGUE (= écoute de l’autre et réponse à ses objections) sur les questions qui fâchent (Amoris Laetitia, ISLAM, MIGRANTS) ?

  • Cet article est mensongé sur les mauvaises intentions que son auteur prète aux auteurs des Dubia et de la "correction fraternelle " faite par des laïcs. L’Eglise n’est pas une caserne et François n’est pas Jupiter. Contrairement à ce qui est dit les questions ont été posées avec beaucoup de délicatesse, de courtoisie et d’esprit filial. Je constate que jamais ce type d’article un rien racoleur n’aborde le fond et les réponses aux problèmes posés. Navrant ...

  • Merci à N. Bottineau des informations sur ce qui se passe sous le ciel romain. Cet article décrit le soutien apporté au pape par des théologiens et des personnalités internationales. Les CVs de deux théologiens sont déployés pour tranquilliser le lecteur sur leurs compétences à affronter les "accusateurs" - pour reprendre les termes de Natalia - de François. N’ayant pas autorité à discuter théologie et autres relevant de spécialistes, il n’est cependant pas interdit d’émettre quelques réflexions sur cette lettre-pétition qui a recueilli "près de 10.000 signatures".

    "Vos initiatives pastorales et leur justification théologique subissent actuellement les attaques véhémentes d’un groupe dans l’Eglise". Ce début de la lettre ouverte revêt la forme d’une roquette envoyée contre "un groupe dans l’Eglise". Voilà donc les "défenseurs" du pape eux-mêmes transformés en accusateurs. D’autre part, la formule d’un "groupe" sans le citer - par charité chrétienne peut-être - pourrait être dangereuse parce qu’elle ouvre une brèche où le lecteur peu informé pourrait y engouffrer bien du monde de la sphère des prélats.

    La suite : gratitude exprimée pour le magistère "courageux et théologiquement compétent" du pape qui aura, "en peu de temps, réussi à remodeler la pastorale de l’Eglise catholique romaine en accord son origine en Jésus" ; "compassion, Dieu et Sa miséricorde qui caractérisent la culture pastorale du pape François" ; son rêve d’une "Eglise comme mère et pasteur"" est partagé avec encouragement à ne pas dévier du sentier qu’il a choisi de suivre"...

    Cette lettre ouverte se réduisant à des généralités semble tenir lieu de rempart (j’allais dire : mur) protégeant le pape de dangereux ennemis dans l’Eglise catholique elle-même. Et ce procédé de lettre ouverte-pétition est-il vraiment de nature à calmer les esprits ? Est-ce l’esquisse d’un pas fraternel en vue de réduire les tensions au sujet, peut-être et entre autres, de "Amoris Laetitia" ?

    En toute franchise, cette manière d’apporter soutien au pape - Mgr Pascal et Luis Liberman sont eux aussi comme appelés à la rescousse - souligne comme une éventuelle fragilité du successeur de Pierre sur des points qu’il serait pourtant possible, avec de la bonne volonté de part et d’autre, d’éclaircir afin d’éviter incompréhensions et malentendus. Bien des choses donnent à penser que tout dialogue est impossible entre "groupes dans l’Eglise". Refusant cette éventualité, on ne peut qu’exprimer déception et tristesse.

    Ceci étant et ignorant ce qui se passe en réalité dans les couloirs du Vatican et sous la calotte des prélats de l’Eglise catholique romaine ces lignes reflètent une réflexion personnelle. Et le rejet de toute éventuelle guerre larvée ou déclarée.

  • Revenir sur la lettre ouverte-pétition mentionnée au para. 3 de l’article de N. Bottineau parce qu’il y a du nouveau : constaté que, d’abord publiée en allemand et en anglais, cette pétition l’est maintenant en 4 autres langues (en attendant probablement le français) avec formulaire à remplir par - je cite - les "pro-pape François" pour la signer. Des photos en gros plan du visage de personnalités "pro-pape François" agrémentent l’appel à signatures...

    Au delà du bon droit, usant du devoir - et avec le respect dû aux prélats auteurs de cette initiative - on peut redire sa tristesse, et à présent exprimer son indignation de voir nommer "pro-pape François" des enfants de l’Eglise catholique romaine, stigmatisant donc ceux qui refuseraient de signer ce papier comme "anti-pape François". Refusant ce qui - il est à espérer - dépasserait l’intention des initiateurs de cette lettre, ressemble à de la "ségrégation", il est tout aussi permis de dire "non" à cette pétition sans se mettre, Dieu merci, en état de péché.

    Il est à espérer que cette cabale - s’il faut appeler les choses par leur nom - entre "pro-pape François" et, par opposition, "anti-pape François" n’ira pas jusqu’à provoquer dissensions, rancunes et haines entre laïcs et frères en Christ.

    En regrettant vivement ce procédé de recours à lettre ouverte et pétition, prier pour le Saint Père est, pour certains, une autre façon de le défendre. On peut tout jeter dans le coeur de Marie. Souscription est ouverte à cette invitation fraternelle...

    Viviane Gemayel

  • Les chrétiens seraient-ils saisis par le démon médiatique et celui de la furia pétitionnaire ?

    Une pétition dégage toujours un petit parfum manipulateur peu avenant. Et, quoi qu’il en soit, dans l’immense majorité des cas, les pétitions n’ont strictement aucun effet quant à l’intention officiellement annoncée. D’où l’inintérêt de souscrire à de telles actions qui, de surcroît, dans certaines situations créent des clivages fratricides durables.

    Il y a deux, trois ans quelques groupes d’orthodoxes francophones - plus épris de liberté d’agir comme bon leur semblait que d’esprit évangélique - ont entrepris de se débarrasser de leur évêque. Celui-ci avait certes un caractère parfois des plus rugueux et la décision ferme et sans réplique.

    Il n’empêche, ces gens se sont répandus en pétitions et libelles, par voie de presse et, bien sûr, sur Internet. Très vite, les invectives, les propos insultants et les calomnies grossières sont venus s’ajouter aux dénonciations initiales (pour un bon nombre mensongères).

    En fin de compte, le lobby à obtenu l’éviction de son évêque (sans toutefois que celui-ci ne soit désavoué par le patriarche qui l’a nommé à un poste stratégique !) : une victoire à la Pyrrhus, après un massacre à la tronçonneuse...

    Je n’ai que peu d’opinion quant au fond (il aurait fallu avoir accès à la totalité des pièces du dossier).
    Quant à la forme, le procédé était ignoble, vomitif et totalement indigne de la part de gens qui se disent chrétiens.

    Les dérapages arrivent vite. Même si les intentions des organisateurs des pétitions "propape" sont pures, les résultats pourraient s’avérer contre-productifs à plus ou moins brève échéance.

    Le soutien au pape François ferait mieux de s’exprimer par des actions autres que par des listes de signataires. Laissons cela à ceux dont c’est le fond de commerce...

  • Ceci n’est pas une pétition, et la lettre ne demande rien à personne.

    C’est une lettre ouverte qui dit au Pape : nous sommes avec Pierre.

    Elle dit sa gratitude.

    On a beaucoup oublié dans ce pauvre monde de brutes que la porte de la gratitude nous guérit justement des divisions et des invectives.

    Et il est bon et contagieux qu’elle s’exprime.

    Vive la gratitude et toutes ses expressions !

    Natalia

  • @ Natalia

    En toute bonne foi et en écartant toute idée de polémique : on voudra bien excuser mais ce qui est qualifié de "lettre ouverte" est bel et bien une pétition puisqu’elle en comporte toutes les caractéristiques :

    1. Ce document est adressé au Saint Père qui est une Autorité : "Dear highly esteemed Pope Francis" ;
    2. C’est une requête puisqu’il lui est demandé de continuer à suivre son chemin....
    3 .Comment cela "cette lettre ne demande rien à personne" puisqu’on y lit : "Si vous souhaitez soutenir cette requête, veuillez vous enregistrer ici ! et plus bas, en caractères majuscules gras et dans un encadré : "SUPPORT NOW !"

    Pour le reste, il ne s’agit pas, ici, de se situer dans le domaine de l’émotion, mais d’être et de s’exprimer en vérité. Le site est bien "ww-pro-pope-francis.com" et l’en-tête de la requête est "Pro-pope FRANCIS". Par extension les non-signataires sont donc des "anti-pape François". Eh bien non, parce que ne pas être d’accord avec ce procédé n’est pas faire acte de rébellion tout comme ne pas signer cette lettre ouverte-pétition ne fait pas de la ou du non-signataire une ou un anti-pape François.

    Et prier pour le Saint Père en invitant ses soeurs et ses frères en Christ à faire de même est une autre expression de filiale gratitude.

    "Amour et vérité se rencontrent. Justice et paix s’embrassent" (Ps. 82).

    Viviane Gemayel

  • Bonjour.
    Une telle démarche de soutien n’a pas lieu d’être. En prétendant combattre une injustice, elle fait tout autant le jeu du "grand Accusateur-Diviseur" que ne le font les "petits" accusateurs-diviseurs ainsi visés qui critiquent François. Elle relève donc de l’esprit de ce monde.
    Plus urgent que de sermonner les réels ou supposés mauvais catholiques (qui sont-ils exactement ?), est de prendre conscience du refroidissement de l’amour, qui ouvre à toutes les divisions et à la guerre de tous contre tous. Nous devenons, tous, de plus en plus égoïstes, mais aussi égotistes. Craintifs, nous ne supportons plus personne, hormis des affinités passagères, voilà la réalité.
    Il y a un moyen de rendre ce monde et nos familles (de chair ou religieuses) plus habitables et réconciliés, de faire connaître le Christ aux multitudes égarées, c’est d’opérer les signes que Jésus a opérés. Rien de moins, car c’est ce qu’il a lui-même déclaré.
    Ou bien, voyant notre inconversion, de crier vers Dieu, lucides et désireux de son amour qui sauve et fortifie les âmes : "au-secours Seigneur, nous périssons !"

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