Des précurseurs ?

par Gérard Leclerc

mercredi 7 décembre 2016

C’est le quotidien Libération qui a jeté le pavé dans la mare, avec d’abord un éditorial ahurissant, qui nous expliquait que François Fillon était l’équivalent catholique de Tariq Ramadan, l’idéologue islamiste. Ce fut ensuite la une, non moins ahurissante, « Au secours, Jésus revient ! », sur fond d’hexagone entouré d’un chapelet. L’outrance caricaturale n’en était pas moins significative d’une véritable interrogation sur le retour des catholiques sur la scène politique, notamment à la suite de La Manif pour tous. Jacques Julliard, qui se réclame toujours de l’inspiration d’une gauche chrétienne qui correspond à une solide tradition française, s’est à son tour exprimé sur le sujet, lundi, dans une grande page du Figaro.

L’analyse qu’il fait de la situation actuelle des chrétiens en politique se réfère justement à l’histoire du catholicisme français depuis la Révolution. Et il voit dans l’émergence actuelle d’une nouvelle militance le retour d’un courant dix-neuvièmiste, illustré aussi bien par Louis Veuillot que par Léon Bloy, ou encore Frédéric Le Play qu’il définit comme « l’apôtre d’une sorte de réformisme traditionaliste ». Ces trois noms à eux seuls réclameraient une sérieuse étude historique et thématique. Je ne suis d’ailleurs pas persuadé qu’ils puissent relever d’une mouvance intellectuelle homogène. Raymond Aron accordait à Le Play une place de choix parmi les fondateurs de la sociologie moderne. Il n’a jamais été un chef de file politique. Louis Veuillot, c’est encore autre chose : figure marquante de l’intransigeance catholique, il n’a pas formulé à mon sens une philosophie politique, exploitable aujourd’hui. Quant au formidable imprécateur qu’était Léon Bloy, il était bien trop singulier et volcanique pour qu’il soit circonscrit par une quelconque définition idéologique.

Tous trois sont cependant des témoins intéressants d’une effervescence que l’on doit souhaiter aux jeunes générations qui accèdent à la vie civique. Elles sont certes tributaires de ce passé et de ses traditions. Mais à elles d’être vraiment créatrices pour participer à l’invention d’une civilisation où Dieu ne sera pas oublié.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 7 décembre 2016.

Messages

  • Le billet que je découvre ce soir sous le titre "Des précurseurs ?" est, lui aussi, après celui du 5 décembre, de nature à interpeller tout catholique, autrement dit tout chrétien qui se réclame de Rome, du pape, et ce à plus d’un titre.

    Le premier paragraphe reflète, au-delà d’une "véritable interrogation" enveloppée d’une "outrance caricaturale" dans le papier de Libération, une bien profonde inquiétude de voir le catholicisme réinvestir l’espace politique. Oui, une profonde inquiétude d’où l’exagération des termes et le dessin les accompagnant. Pour appeler "Au secours !" c’est qu’une catastrophe n’est pas loin... On voudra bien m’en excuser, mais je ne peux m’empêcher d’esquisser un sourire amusé face à cette publicité inattendue faite de Jésus. Lequel Jésus, comme on Le connait, pourrait,
    on ne sait jamais, s’en saisir pour la "parfaire", elle aussi, pour la bonne cause. Rien ne peut interdire de penser qu’ici et là, des catholiques quelque peu attiédis par ces vents différents qui n’arrêtent pas de souffler, pourraient se mettre à réfléchir à ce qui se passe. Parce que, oui, quelque chose est en train de se passer. Sans que François Fillon ni quiconque y soient pour quelque chose.

    Le deuxième paragraphe, où sont nommés Louis Veuillot, Léon Bloy et Frédéric Le Play dont "les noms à eux seuls réclameraient une sérieuse étude historique et thématique", entraîne le lecteur vers la seule conclusion qui pouvait s’imposer :

    Ces "trois sont cependant des témoins intéressants d’une effervescence
    que l’on doit souhaiter aux jeunes générations qui accèdent à la vie civique... A elles d’être vraiment créatrices pour participer à l’invention
    d’une civilisation où Dieu ne sera pas oublié".

    Ici et là la politique - on dirait une nouveauté ou alors je me trompe - s’emploie - j’allais dire s’escrime - à s’attirer la jeunesse : "les jeunes avec untel", "les jeunes untels" "les jeunes..."... Autant de "collectifs" comme on dit à présent qui poussent ici et là, dans les partis politiques, et c’est souvent que sur les plateaux des chaines de télévision on voit et on entend des jeunes participer à des débats. Malgré quelque gaucherie due probablement à l’inexpérience, cela met toutefois comme un peu de fraîcheur entre des murs décrépis et sur des couleurs déteintes.

    Mais, mais... ici et là existent aussi des jeunes sur la planète Terre, en France et aussi ailleurs, qu’on ne pourra plus continuer à ignorer, ou plus parfois, détourner et encore moins attaquer.

    Alors, si vous me le permettiez, cher Gérard Leclerc, je dirais que votre billet d’aujourd’hui arrive comme une brise de la vraie Liberté, et lucide et serein il fleure bon l’espérance. Il me semble que tout devient possible...Sans jusqu’à me laisser aller à crier :

    "Chouette alors, Jésus va revenir !".

    (Encore que ce ne serait pas faux puisque c’est bientôt Noël....).

  • C’était à prévoir... Ce qui reste à gauche d’intelligentsia post-marxiste avait vu la France à l’image de la gauche et pris pour réalité la disparition du catholicisme comme force vive et source d’inspiration civique.

    La gauche, sans doute induite en erreur par les médias complices qui n’ont rien vu venir et un épiscopat trop docile, s’imaginait que la révolution culturelle libertaire était faite et gagnée et que la catholicisme était balayé de la sphère publique ou du moins réduit à l’état de témoin fossile.

    Comme M. Valls, alors ministre de la police, elle a censuré son regard et n’a pas voulu comprendre que les Manifs pour tous révélait une vague de fond en train de subvertir la démocratie populaire hollandiste.

    Elle avait cru voir son triomphe dans l’abdication des opportunistes de la république, Juppé en tête.

    On comprend qu’elle s’agite à présent comme le diable dans le bénitier lorsqu’elle se rend compte que son "Kulturkampf" non seulement n’est pas fini mais pourrait bien être perdu...

    Cela ne veut pas dire pour autant que le combat politique est gagné. La gauche détient encore de puissants leviers d’influence et notamment les médias de service public.

    Si M. Fillon était vraiment aussi libéral qu’on le dit, il devrait d’ailleurs préconiser leur suppression...Que la gauche fasse sa propagande par ses propres moyens et pas avec l’argent du contribuable...

    • Si la permission m’en était donnée, je reviendrais volontiers sur l’esprit et la lettre de l’article de G. Leclerc qui inspirent comme le passage d’’une brise de la vraie Liberté, et lucide et serein il fleure bon l’espérance...".

      Au lieu de rester recroquevillés sur les erreurs du passé et du moment, et sur nos plates et infructueuses certitudes, regarder plus loin et, sans illusions, faire confiance aux jeunes générations. En leur souhaitant, avec les mots de Gérard Leclerc "l’effervescence" qui leur donnera le souffle les rendant "créatrices pour participer à l’invention d’une civilisation où Dieu ne sera pas oublié".

    • Vous parlez de lucidité...

      Force est de constater que nombre de jeunes y compris catholiques veulent traduire leur "effervescence" par un vote FN au motif qu’on ne peut plus faire confiance aux partis de l’établissement politique pour changer le pays.

      Ce sera certainement un défi pour François Fillon d’arriver à convaincre cet électorat impatient que ce qui s’est vérifié sous la présidence de Sarkozy et sous son propre gouvernement de 2007 à 2012 ne va pas se reproduire s’il arrive à l’Elysée...

    • cf. : 9 décembre 07:57

      Voilà l’illustration objective dans le temps, et très près de la réalité. Tellement près, qu’elle est, dans sa forme en tous cas, - le fond appartenant à Dieu seul d’en juger - la négation, il est à espérer involontaire et passagère - de l’action de l’Esprit-Saint dans notre vie de tous les jours.

      En espérant des lunettes roses dans la hotte du Père Noel pour ceux qui ne voient toujours de la vie QUE ce qu’elle a de plus sombre.

    • Vous êtes trop pessimiste...

      L’Esprit Saint souffle où il veut, y compris sur les campagnes électorales...et avant ça sur les primaires...

      Par exemple, parmi les candidats de la primaire à gauche, on ne voit ni pervers sexuel, ni pervers fiscal : Deo gratias !

    • cf. : 9 décembre 16:38

      Traduction : Je ne suis pas comme ceux-là qui croulent sous leurs péchés. JE suis propre, JE suis intègre, JE paye mes impôts, JE fais mes prières, JE donne une pièce aux pauvres,
      JE..et JE... et JE...

      C’est aussi simple que cela.

      Deo gratias !

  • Libération... ou Aliénation ?

    “Ahurissants”, c’est le qualificatif que l’on aurait en permanence à la bouche si l’on voulait s’arrêter à chacun des propos du quotidien qui ose encore s’intituler Libération.

    Personnellement, je ne le lis plus, la purge est trop amère (laxative !) pour le seul petit profit de se tenir au courant de ce qui s’y écrit.

    Je n’ai pourtant pas pu éviter, dernièrement, une intervention télévisuelle de Joffrin sur un de ces innombrables “plateaux” dédiés à de non moins innombrables commentaires politiques (vaseux, à force d’être innombrables).

    Drapé dans une posture de juge indigné et fulminant, il fustigeait l’attitude diplomatique de Fillon concernant le rapprochement avec la Russie : comment peut-on envisager de s’allier à des gens qui, de concert avec Bachar el Assad, se livrent à d’effroyables « crimes de guerre » à Alep !

    Entre temps, ni lui ni ses collaborateurs n’ont daigné émettre le moindre son concernant le bombardement - manifestement délibéré - à Alep d’un hôpital de campagne russe en cours d’installation ni de ses trois soignants victimes de l’attaque (Dieu merci, l’arrivée des patients syriens avait été retardée, ce qui a évité une hécatombe).

    Vision hautement caricaturale d’un théâtre de guerre (*). Amnésie doublée d’un processus d’inversion accusatoire : vieil artifice de propagande otanesque dans le maniement duquel Libération est devenu virtuose...

    Ce n’est même pas la peine de se scandaliser, libération a perdu son audience et sa crédibilité - seule la (honteuse) perfusion des fonds publics lui permet d’assurer son tirage.

    La grande presse française ? Une armée de zombies qui avancent mécaniquement... (**)

    * Même le Washington Post revient doucement vers une vision plus honnête des forces en présence :
    http://www.les-crises.fr/obama-ordonne-au-pentagone-de-viser-laffiliation-dal-qaida-en-syrie-une-des-plus-puissantes-forces-qui-combattent-assad/

    ** Sur la prétendue indépendance du journalisme, il faut lire : http://www.les-crises.fr/defense-de-parler-des-oligarques-dans-la-presse-des-oligarques-par-laurent-mauduit/
    et, en particulier, l’article du Huffington intitulé « Main basse sur l’information » qui se livre à une énumération des plus édifiante concernant les (milliardaires) investisseurs qui ont pris le contrôle de la totalité des grands groupes de presse (n’est-ce pas piquant de savoir que Pierre Bergé est l’un des propriétaires récoltants de La Vie - anciennement, La Vie Catholique - ? Ce qui permet de mieux comprendre certaines étranges prises de position ou absences de prises de position de cette revue...).

    • Voilà des liens intéressant qui en disent plus long que discours
      et autres phraséologies.

      Sans en dire plus. Sauf que vérité face aux mensonges, on ne peut que s’en réjouir.

      PS

      Le Président Bachar El Assad aurait dit : "Nous aller rendre à Erdogan les terroristes qu’il nous a envoyés".

      Une phrase que d’aucuns auraient intérêt à méditer. Erdogan étant le "pont" entre un point et un autre...

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