Des migrants vraiment en transit ?

par Gérard Leclerc

mercredi 14 septembre 2016

Il y a quelques jours, j’avais abordé la question difficile de l’accueil des migrants dans notre pays, avec le climat actuel de malaise où se trouve l’opinion. Le débat est relancé quasiment tous les jours, en raison de la situation particulière de la ville de Calais, avec sa concentration impressionnante de réfugiés, qui a encore gonflé ces derniers mois. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a promis d’en finir le plus rapidement possible avec ce véritable abcès de fixation, source de violences continuelles, difficile à supporter par les habitants de la ville et péniblement maitrisé par les forces de l’ordre. La solution envisagée consiste à disperser les réfugiés à travers tout le territoire national. Le Figaro s’est procuré les documents destinés aux préfets, requis pour trouver 12000 places d’hébergement sur les départements qu’ils administrent.

Techniquement, on parle de centres d’accueil et d’orientation, dont la capacité devrait varier de 100 à 300 personnes. Évidemment, l’accord des élus locaux est souhaitable, même s’il n’est pas forcément acquis. On sait les populations locales souvent réticentes, lorsqu’elles ne sont pas carrément hostiles. Pourtant, il y a des réussites, même si les débuts ont été laborieux. Lorsqu’une commune autour de 2000 habitants accueille 80 migrants, on perçoit que l’effort demandé n’est pas démesuré.

Paris s’inscrit aussi dans ce plan d’ensemble. Il est vrai qu’il s’agit pour la capitale, et pour Anne Hidalgo, de faire face à ses propres difficultés. Il n’est pas possible de laisser durablement dans la rue des familles entières. L’ouverture d’un camp de réfugiés, porte de la Chapelle au nord de Paris, géré par Emmaüs Solidarité permettra – du moins espérons-le – de remédier à un état de fait pénible. Mais tout cela est-il, oui ou non, de l’ordre du provisoire ? C’est ce qui est affirmé. Les réfugiés ne seraient qu’en transit, mais ce transit peut se prolonger si l’Angleterre n’est pas décidée à ouvrir ses portes plus largement. Un plan d’urgence n’a rien à voir avec la perspective d’installation durable de toute une population. Nous verrons assez vite ce qui adviendra. On peut parier qu’il faudra trouver, d’ici un an ou deux, d’autres solutions, parce qu’il n’y a aucune raison que s’arrête un processus dont les causes ne disparaîtront pas spontanément.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 14 septembre 2016.

Messages

  • C’est en ces termes et sous cet angle, en dehors de tous états d’âme, de frustration et de rejet que le problème de l’accueil des migrants et de leur installation, provisoire ou durable, doit être abordé. Inutile de revenir sur ce qui a déjà fait l’objet de bien des discussions, mais il faut reconnaitre quand même que ni les migrants ni le peuple français n’ont demandé à être mis devant ce qui s’appelle un fait accompli. C’est facile de créer des événements tragiques, on l’a vu, mais ce qu’on appelle "effets collatéraux" serait-il possible qu’"on" ne les ait pas, au plus prévus, et au moins pressentis ? Ce qui est encore plus terrible qu’une guerre c’est l’après-guerre, tout le monde le sait. Qu’en est-il donc de ces tragédies humaines dont l’issue est, non seulement incertaine, mais calculée sur le très long terme ? Sans revenir sur le sujet on est en droit de continuer à dénoncer des politiques dangereuses et néfastes. "On" se paye les moyens d’assurer son avenir en terme de pétrole, gaz, bases militaires, de domination et autres, et il faut que le citoyen en subisse les conséquences. "C’est ainsi, maintenant débrouille-toi".

    Les habitants de Calais, d’autres ailleurs qui voient d’un mauvais oeil des réfugiés malgré eux installés dans leur ville ou leur village, comment ne pas les comprendre : des "migrants" arrivés par centaines et par milliers, dans les conditions déplorables, plus, honteuses et inhumaines que l’on connait... Des migrants et des réfugiés, mais il y en a eu depuis toujours, on l’a déjà dit et répété ici-même. Les uns ont fait de la France une escale, d’autres s’y sont installés et y ont pris racine. Mais des flux migratoires à ce rythme et dans ces proportions ?! ... Voilà de quoi faire naitre chez le plus modérés des citoyens un sentiment de rejet qui risque de se transformer en détestation, plus en haine, et chez d’autres remontées de xénophobie. A ce stade, le racisme abject ne serait pas loin...

    LA solution, car il y en a une et c’est la seule : que les migrants puissent retourner chez eux, s’atteler à la reconstruction de leurs pays respectifs dévastés. Et, si possible, avant que leurs terres ne soient complètement rayées de la carte, n’est-ce pas. Encore faudrait-il que les augustes représentants des démocraties tellement vantées le veuillent et finissent par le permettre. Quand il y a tragédie humaine il y a aussi des responsabilités et également des responsables.

    En attendant, il faut se mettre au travail pour imaginer les solutions et les moyens de les appliquer. Et la conclusion de l’article de G. Leclerc n’a besoin d’aucune traduction pour être comprise.

    • Oui, « des migrants et des réfugiés, il y en a eu depuis toujours ». Italiens, Polonais, Espagnols, Juifs de l’Est, Portugais, on se souvient de quelques vagues importantes qui n’ont pas toujours été bien acceptées localement par nos compatriotes mais qui ont fini par se fondre dans le paysage et s’assimiler plus ou moins pleinement à la culture française.

      Certains ont acquis la célébrité.
      Parmi ceux-là, Louis de Funès, Georges Charpak, Jeanne Moreau, Pierre Mendès-France, Françoise Giroud, Guillaume Apollinaire, Josiane Balasko, Jean-Paul Belmondo, André Citroën, Sylvie Vartan, Jean Bruller (“Vercors”), Paul-Émile Victor, Jacques Tati, Pierre Cardin, Jules Mazarin, Manuel Valls.... Qui se souvient que ces gens étaient d’origine étrangère ?

      Il semble cependant que la machine à assimiler ait fini par se gripper.

      Paradoxalement, ce que le racisme n’avait pas obtenu, l’anti-racisme et l’idéologie de la "diversité" ont réussi à le faire. En refusant l’assimilation, jugée prétendument offensante à l’égard des migrants, et en prônant les communautarismes, divers mouvements éclos à partir des années soixante-dix (*) ont favorisé (par démagogie autant que par idéologie tiers-mondiste) un clivage entre les populations, beaucoup plus qu’ils n’ont prétendu les réunir. La crise économique a fait le restant.

      Auparavant, c’étaient des Français qui manifestaient leurs réticences à l’égard des étrangers venus s’installer chez eux. Désormais, ce sont ceux-ci qui marquent un net mépris pour la société d’accueil, rejettent plus ou moins violemment ses coutumes et prétendent les remplacer par les leurs propres. Un certain nombre des attentats récemment commis sur le territoire national procèdent de cet état d’esprit.

      A force de matraquages (**), les Français ont assimilé (enfin une assimilation qui a fonctionné !) ce dénigrement de soi, de sa patrie, de son drapeau.

      Une partie du problème actuel de l’immigration sauvage et incontrôlée tient au fait que la notion de frontière (inhérente à tout pays souverain) ait volé en éclats et que toute tentative de réhabilitation de celle-ci soit "criminalisée" par une société politique gangrenée par la pensée unique.

      L’espace Schengen (que 90% des Français seraient bien en peine de définir) - cette passoire à très gros trous - s’est substitué à nos frontières multiséculaires (certes, des plus fluctuantes).
      Force est de constater qu’en matière de contrôle les tout récents pays-frontières sont incompétents, impuissants, dépassés ou non concernés.

      Ainsi, une fois franchies ces frontières en caramel mou, plus rien n’arrête les visiteurs indésirables qui ont toute latitude de passer d’un pays à l’autre, puisque nul - en vertu des textes européens - n’est en mesure d’expulser manu militari quiconque a mis le pied sur le sol de l’UE.
      Cela explique que les grands banditismes nationaux se soient si facilement internationalisés (***). Ceci explique également qu’une armée hétéroclite (des Syriens, Africains, Afghans, etc) soit venue établir si facilement ses campements à Calais dans l’indifférence la plus complète de gouvernements successifs qui ont également fait la preuve de leur dramatique impuissance à résoudre cette effarante situation (****).

      « L’ouverture d’un camp de réfugiés, porte de la Chapelle », tout comme tous ces camps prévus ici ou là, n’est que la manifestation de cette impuissance incapable d’endiguer les flux et à la remorque de ceux-ci.
      Pour faire autrement, encore faudrait-il avoir un projet politique déterminé et cohérent sur le sujet. Mais il est difficile de restreindre et réguler les migrations lorsqu’on prétend, sans discernement, que « l’immigration est une chance pour la France », que l’on érige en religion l’ouverture des frontières et que l’on est pieds et poings liés par les oukases furieuses de l’Union européenne.

      Il faudrait, en effet, « que les migrants puissent retourner chez eux, s’atteler à la reconstruction de leurs pays respectifs dévastés ». Mais pour la grande majorité d’entre eux c’est déjà trop tard et impossible. Beaucoup ont brûlé leurs vaisseaux et le retour en arrière leur est devenu inenvisageable psychologiquement et matériellement.
      La seule solution viable, à ce stade, et en est la fermeture (rigoureuse et médiatisée) des frontières (techniquement possible, puisque c’est cela même que fait la Grande Bretagne en refusant l’entrée des migrants bloqués à calais et ailleurs)..

      Parallèlement, peuvent et doivent être entreprises des mesures aidant à la fixation des migrants dans leurs pays d’origine (ce qu’il aurait fallu faire depuis des décennies !). Ce qui n’interdit pas un accueil de réfugiés, maîtrisé, volontariste et clairement défini dans ses modalités (1).

      A défaut de mesures régaliennes fortes, « il n’y a aucune raison que s’arrête un processus dont les causes ne disparaîtront pas spontanément » ! Pire, le processus ne peut que prendre de l’ampleur et s’emballer plus encore (comme il le fait depuis quarante ans)...

      * Ainsi "Touche pas à mon pote", mais également de nombreux organismes associatifs intervenant dans le domaine social auprès des populations migrantes.
      Souvent issues de ou associées à des mouvements politiques (de gauche et d’extrême-gauche), ces associations, tout en remplissant un nécessaire rôle social laissé vacant par les pouvoirs publics, ont imprimé, assez subrepticement mais durablement, une certaine vision de la société.

      Un militantisme rodé et des liens politiques nombreux ont permis une solide implantation (largement facilité par les multiples subventions parfois versées à profusion). Courroies de transmission, chambres de réflexion et d’écho, tout à la fois, cette constellation nébuleuse d’organismes a joué de son influence et de ses réseaux. Bon nombre de mesures en sont directement issues (par exemple le “regroupement familial”, sous Giscard, a favorisé la sédentarisation d’une migration jusque là "célibataire" et transitoire).
      L’arrivée de la gauche au pouvoir a vu s’emballer le mécanisme (multiplication des mesures de légalisation des clandestins, par exemple).

      ** Un BHL n’est pas le dernier à participer à cette entreprise de démolition puisqu’il martèle en permanence que les Français étaient tous d’affreux pétainistes durant l’occupation et qu’aujourd’hui ce sont tous d’affreux franchouillards gangrénés par l’extrémisme de droite (eh oui, il suffit pour cela d’être euro-sceptique, d’avoir le sentiment de la souveraineté nationale ou encore de simplement détester ses lamentables pièces de théâtre...).
      A ce compte, il est étonnant qu’il se trouve encore des étrangers amoureux de la France, de son Histoire et de ses valeurs !

      *** Nombre de braquages ultra-violents, commis à l’arme de guerre, sont commis par des gangs venus d’autres pays (un peu toujours les mêmes !)

      **** Lequel désintérêt expliquant sûrement ladite impuissance...

      1) Les conditions dans lesquelles on a laissé à Calais croupir des être humains et se développer une situation de grave insécurité, sont indignes.
      Comment oser se pavaner devant les caméras à grand renfort de protestations de “valeurs républicaines” quand existent depuis des années ces « jungles » ? Nos gouvernants (actuels et précédents) sont de sinistres guignols !

  • Ces migrants veulent aller en Angleterre mais le traité du Touquet signé en 2003 bien imprudemment par Nicolas Sarkozy qui fait de Calais la frontière de l’Angleterre, ce qui est inacceptable. Le dénoncer rendrait service aux migrants et obligerait ce dernier pays à être plus conciliant. Ce pourrait être un début de solution à ce camp de la honte.

    • C’est exact ! Et des sénateurs montent au créneau pour dire qu’il faut dénoncer ce traité. Et le signataire côté français aurait déclaré, sauf erreur, qu’il se rendrait à Londres juste après la présidentielle pour demander aux Anglais de prendre leurs responsabilités dans ce dossier etc...

      Peut-on dénoncer un traité qu’on a signé ?

      Il y a du pain sur la planche. En attendant...

      Voilà où, comme je l’écrivais, la conclusion du billet de Gérard Leclerc n’avait besoin d’aucun décryptage pour être compris.

      ..

    • Est-ce que, pour eux-mêmes, « prendre ses responsabilités » signifie refiler la patate chaude à son voisin ?

      Ces sénateurs sont des clowns empêtrés dans leurs minables stratégies d’appareils et dans des postures censées satisfaire leurs clientèles !

      Cela fait trop longtemps que le peuple Français ne peut plus compter sur les parlementaires (censés être ses représentants !) (*) pour trouver des solutions sérieuses aux problèmes graves qui assaillent le pays.

      * Que l’on garde bien en mémoire ce Parlement réuni en Congrès pour piétiner le résultat du référendum de 2005 !...

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