Pâques

Des forces nouvelles

par Gérard Leclerc

mardi 3 avril 2018

À l’occasion de Pâques, Le Parisien a eu l’excellente idée d’interroger quatre jeunes catholiques âgés de 15 à 30 ans pour qu’ils expriment leur foi et leur engagement alors qu’ils célèbrent le Christ ressuscité. Ces quatre témoignages seraient à citer intégralement. J’ai retenu celui d’une religieuse de trente ans, Anne-Flore, très significatif de sa génération, car elle ressemble par son parcours et ses expériences aux filles du même âge. Elle s’est décidée à entrer dans la congrégation des sœurs salésiennes à la suite d’un appel supérieur. Elle n’est nullement découragée par l’état de la société à l’égard du christianisme. Au contraire, elle considère qu’« il n’y a jamais eu autant besoin de spiritualité, de soif de transcendance chez l’homme. »

Un tel optimisme paraît paradoxal eu égard aux statistiques qui s’étalent dans les mêmes pages du Parisien. Statistiques au demeurant incontestables et qui doivent être mises en lien avec l’histoire. Il y a eu, en effet, un effondrement de la pratique religieuse au milieu des années soixante, sur lequel s’interrogent les historiens aujourd’hui et qui, en ce cinquantième anniversaire de Mai 68, renvoie à une crise de civilisation généralisée. André Malraux, Raymond Aron aussi bien que Georges Pompidou, sur le moment, n’ont pas sous-estimé les aspects métaphysiques de cette crise. Et Maurice Clavel, de son côté, interprétait l’insurrection comme une sorte d’appel profond au cœur d’une société incapable de répondre aux requêtes d’une jeunesse insatisfaite.

Cinquante ans après, nous ne sommes pas sortis d’une telle interrogation. Et à certains égards, on pourrait penser que nous avons encore régressé spirituellement et même intellectuellement. Mais ce n’est sûrement pas le moment de sombrer dans la dépression. Ce que j’observe autour de moi plaide au contraire en faveur de l’espérance. C’est vrai que les ouvriers sont encore moins nombreux pour la moisson. Mais quand ils sont bien là sur le terrain, ils sont capables d’opérer des mobilisations qui remplissent nos églises. C’est ce que j’ai observé en tout cas à l’occasion de ces fêtes pascales, aussi bien pour la veillée de la Résurrection que pour les offices du jour. Et puis il apparaît aussi des forces nouvelles, inattendues, qui peuvent métamorphoser nos assemblées. C’est peut-être un nouvel âge pour notre Église, celui qu’annonçait Vatican II.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 avril 2018.

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