Des catholiques indésirables ?

par Gérard Leclerc

mardi 18 avril 2017

À lire et à écouter certains commentaires, on aurait le sentiment que les catholiques, pour peu qu’ils s’affirment avec leurs convictions sur le terrain politique, seraient indésirables. Cela peut se décliner sous divers modes, avec un Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il se laisse aller à ses humeurs anticléricales, avec tel élu de droite récusant par principe Sens Commun trop proche de La Manif pour tous, avec tel journaliste révoquant comme archaïque toute référence au patrimoine chrétien. Il est vrai, par ailleurs, que les réactions atrabilaires peuvent être renforcées par la réaffirmation de l’attachement à l’identité chrétienne de la France. Lorsque des candidats à l’élection présidentielle suivent l’exemple pionnier de Nicolas Sarkozy, en se rendant au Mont-Saint-Michel ou au Puy-en-Velay, c’est à un vrai débat de civilisation que nous sommes confrontés. Mais ce débat n’aurait pas lieu si la question de l’identité n’était pas posée, parce que l’opinion s’estime agressée et fragilisée à travers ses références culturelles spontanées.

Erwan le Morhedec a voulu dénoncer le danger de cette affirmation identitaire, en insistant sur les glissements idéologiques auxquels elle donne prétexte. Il est vrai qu’il y a une réelle possibilité de mutation de l’esprit évangélique en une sorte de « Kulturkampf  » à mille lieues des béatitudes. Toutefois, rejeter systématiquement les protestations liées à ce que Laurent Bouvet appelle « l’insécurité culturelle » ne serait pas plus judicieux que de cautionner tous les replis identitaires. Il y a une tâche de discernement à accomplir qui s’impose d’urgence, et elle peut se décliner de différentes façons. En quoi le christianisme a-t-il inspiré notre civilisation, en quoi continue-t-il à nourrir intérieurement nos jugements et nos comportements ?

Comment son influence transformatrice peut-elle se prolonger ? Pareil discernement ne peut faire abstraction de ce qui précède le christianisme dans l’histoire, et même de ce qui s’est affirmé parfois contre lui depuis les Lumières, car il a toujours reconnu les legs de la civilisation et la légitimité d’une certaine autonomie du temporel.

Mais indépendamment de cette réflexion nécessaire, c’est l’engagement concret des chrétiens dans la cité qui doit mobiliser nos énergies. Le théologien américain William Cavanaugh [1] insiste sur l’imagination qui surgit de l’écoute de la Parole et de la célébration eucharistique, pour mettre en pratique des initiatives d’un genre nouveau, non seulement sur le terrain caritatif, mais encore sur celui de l’entreprise, de l’école, des divers lieux de sociabilité. La nouveauté de l’Évangile se manifeste en actes, elle peut anticiper sur un autre monde qui défie les impossibilités et les traumatismes d’aujourd’hui. 

— -

Photo : Madeleine de Jessey, porte-parole de Sens Commun.


[1William Cavanaugh, Comme un hôpital de campagne, DDB, 426 p., 22,90 €.

Messages

  • Remarquable. Je diffuse avec sa signature bien sûr.
    DVG

  • Cher Gérard Leclerc,

    Si vous ne l’avez pas fait, lisez donc le livre de Roberto de Mattei sur la question de Léon XIII et
    du ralliement à la République. Celle ci étant née dans la haine de la Foi catholique, elle continue
    d’être animée, via la maçonnerie, à droite et à gauche, par une hostilité au catholicisme qui lui est consubstantielle.
    Dès lors, les étonnements me semblent pleins d’innocence ou d’ignorance........
    Léon XIII avait cru que "les gens de bien" pouvaient, en s’unissant, peser sur la législation en vue du Bien Commun....
    Voyons depuis 50 ans ce qu’il en est des lois touchant à la vie...............

  • J’ai déjà mentionné à plusieurs reprises dans les discussions des forums de FC mon désaccord avec Sens commun. Je suis en effet très dubitatif sur l’issue de telles initiatives qui par le passé ont montré qu’elles se terminent rarement au mieux des intentions initiales. Récupération par les appareils, impuissance à faire prévaloir ses idées ou dérive militante dans un activisme éloigné des objectifs premiers, voire tentation carriériste sont quelques-unes des destinées malheureuses de ces mouvements minoritaires (et de leurs militants) qui se frottent à l’entrisme auprès des poids lourds de la politique politicienne. J’ai eu un certain nombre d’exemples affligeants autour de moi.

    Pour autant les attaques fielleuses à l’encontre de Sens commun de nombre de médias et de politiques démontrent une fois encore le totalitarisme de la pensée unique. Procéder à des assimilations avec l’extrême-droite est tout simplement grotesque. C’est un alliage de mauvaise foi et d’ignorance (la paresse des professionnels de l’info est en passe de devenir proverbiale).

    Le système des confiscateurs de la démocratie n’a toujours pas digéré la baffe infligée par les grands défilés citoyens de La Manif. Ce qui explique ces rots rances et nauséabonds à répétition...

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