Déchristianisation

par Gérard Leclerc

jeudi 5 octobre 2017

Dans quelques semaines, le cardinal André Vingt-Trois quittera ses fonctions d’archevêque de Paris. Il a accordé un entretien à La Croix d’hier, en répondant aux questions de Bruno Bouvet et d’Isabelle de Gaulmyn. La situation du christianisme dans la société d’aujourd’hui ne pouvait qu’être abordée, avec les défis qu’elle comporte. Nous sommes passés, selon le cardinal, d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix : « Il y avait autrefois une certaine transmission culturelle de convictions chrétiennes, dont on ne percevait pas toujours la racine, mais qui faisaient partie du socle commun de la culture occidentale. Désormais, on n’est plus simplement chrétien par ce que l’on naît dans une culture chrétienne, mais parce que l’on choisit de l’être. »

Le phénomène n’est pas récent, mais il s’est amplifié. J’avais posé une question analogue au cardinal Lustiger, tout au début de son épiscopat à Paris, et il m’avait répondu que le fait de ne plus être un héritage patrimonial pouvait constituer pour le christianisme contemporain la chance d’être reconnu dans sa radicale nouveauté. Et de fait, on peut se rendre compte de la force d’illumination que constitue, pour le non initié, la découverte d’un univers inconnu, qui lui donne les clés du sens de sa propre vie, en référence au mystère de l’amour divin. Mais en même temps, quel défi missionnaire pour atteindre la masse de ceux qui sont démunis de toute culture chrétienne, à l’heure où les forces de l’Église sont amenuisées !

Ce qui est vrai pour l’Europe l’est aussi pour les États-Unis, que nous avons pourtant l’habitude de considérer comme un pays foncièrement religieux. Tocqueville ne disait-il pas que la religion y était la première institution ? Mais un écrivain américain, Rod Dreher, que j’écoutais mardi soir chez mes amis de la revue écolo-chrétienne Limite, décrit un phénomène vertigineux de laïcisation au sens péjoratif du terme, qui réclame en réponse une ferme offensive spirituelle. Lui l’imagine à l’instar de ce que fut l’invention du monachisme par saint Benoît, à l’heure où la civilisation antique s’effondrait. Pourquoi pas ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 5 octobre 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • C’est ce que j’avais supputé dans mon petit domaine en constatant l’amenuisement de l’assistance à la messe : il n’y a plus de christianisme sociologique , très perceptible par ex. chez les travailleurs Portugais. Mais qui pratique le fait par choix, et dans la vie actuelle il lui faut un peu de courage - alors qu’avant c’était l’inverse : se faire enterrer civilement était braver l’opinion.J’ai tendance à adopter la distinction de Jacques Lacan entre croyance et foi : les catholiques actuels ont la foi. Mais en effet on se sent par moments en terre de mission ! L’entreprise commencée au temps du petit père Combes porte ses fruits. C’est d’ailleurs moins de l’hostilité qu’une tranquille indifférence. Ou, pour ceux que la recherche du sens travaille, une spiritualité fumeuse, vaguement syncrétique, bouddhiste, ésotérique etc...Quand au "vivre ensemble", c’est une insidieuse supercherie

  • Juste pour dire que le "vivre ensemble" balancé à tous vents comme un cerf-volant ressemble de plus en plus à à ces indigestes slogans publicitaires, comme le "manger bouger" accompagnant des marchandises atteignables d’un seul click sur le smartphone affalé que l’on est dans son divan de chez "Cuir Center". Des compatriotes, seraient-ils des mêmes sensibilités politique, religieuse et autre, ne vivent pas ensemble. Ce qui n’exclut pas le fait qu’ils vivent, tout de même ou au moins côte à côte. Exercice lui aussi d’envergure, le - pardon - vivre ensemble entre époux ou dans une famille biologique étant déjà une gageure...

    D’autre part, serait-ce un péché de reconnaitre qu’on est effectivement en terre de mission non seulement parce que "l’entreprise commencée au temps du petit père Combes (qui) porte ses fruits", mais en plus et aussi parce que "nos valeurs" comme claironné ici et là ne sont plus explicitées (comme dans cette pub’ où des lèvres pulpeuses sont prêtes à happer un bout de fromage sur fond de voix "off" : "Nous n’avons pas les mêmes valeurs").

    Et à propos de la distinction entre "croyance et foi", rappel d’un billet de Guillaume de Menthière où on lit (de mémoire) : "C’est fou ce qu’on devient crédule quand on cesse d’être croyant".

    Mais allons ! Tout n’est pas perdu pour autant, puisque la vigne du Seigneur ne demande qu’à être fréquentée par les ouvriers, y compris ceux de la dernière heure.

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