Déchristianisation

par Gérard Leclerc

mercredi 26 décembre 2018

En ce temps de Noël, où nos yeux de chrétiens sont fixés sur la figure de l’Emmanuel qui vient illuminer notre monde, il nous est difficile d’éluder la question de la déchristianisation qui s’est produite, notamment en France, dans la période des années soixante. Les historiens s’accordent même sur la date de 1965, comme repère d’un phénomène de brusque rupture de la pratique religieuse. Guillaume Cuchet a publié à ce sujet un maître ouvrage, l’année dernière : Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil). Il a été rejoint depuis pas Pierre-Yves Le Priol dont le beau témoignage intitulé La foi de mes pères (Salvator) concerne l’héritage du catholicisme breton. Il rejoint le même souci.

Oui, comment notre monde a-t-il cessé d’être chrétien ? J’ai le sentiment d’une rupture de civilisation, c’est-à-dire d’une rupture des liens profonds qui tissent un type de société. Une société qui se reconnaît aussi dans un imaginaire au sens fort du terme. Non pas une sorte de projection arbitraire mais une communion de sens qui donne à la vie sa saveur et sa direction. Et ce n’est pas un exercice simple que celui qui consiste à analyser le processus qui amène à la dissociation de cette communion et de ses liens. J’ai tendance à prêter quelque attention sur ce point à un philosophe non chrétien comme Jean-Claude Michéa, attentif à ce qu’il appelle le dynamitage continuel des cultures anciennes qui finit par abolir tous les montages normatifs légués par l’histoire, y compris, par conséquent, ceux du sens commun et de la décence commune. Seul le marquis de Sade avait eu l’intuition de cette destruction capitale au XVIIIe siècle.

Ce n’est qu’un des aspect de la rupture. Il en est d’autres, propres à la transmission de la foi. Un demi-siècle après 1965, nous pouvons estimer les dégâts, en dépit des très belles assemblées de Noël auxquelles nous venons de participer. J’y songeais, en écoutant avec beaucoup d’admiration un groupe de jeunes évangéliques chanter et affirmer leur foi, oui, à Noël dans le métro. Il y a du travail pour entreprendre une nouvelle évangélisation. Mais comment rechigner, alors qu’il est si évident que notre monde a faim de ce sens que lui apporte la lumière de Noël.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 décembre 2018.

Messages

  • Sens commun ne veut rien dire en Français cet anglicisme se traduit par bon sens.
    Quant décence commune il s’agit de ce qui se fait et ce qui ne se fait pas. Quel enfumage votre expression !

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