Propos recueillis par Brigitte Pondaven

De la pédophilie au lynchage

Entretien avec Frédéric Aimard

vendredi 24 août 2018

Les affaires de pédophilie portent une ombre terrible sur le voyage du Pape en Irlande et, en France, le cardinal Barbarin est appelé à la démission par une pétition lancée par un prêtre et qui est en passe de recueillir 70000 signatures. Qu’en dites-vous ?

Si on ne dit rien, on est accusé de participer à une « politique du silence ». Si on dit quelque chose qui ne va pas dans le sens du lynchage des autorités de l’Église on est mal vu par les confrères journalistes, surtout on risque de blesser les victimes qui font connaître leur douleur, ce qu’on voudrait se garder de faire parce qu’elles méritent notre respect total, d’abord parce qu’elles sont victimes et qu’il faut toujours être du côté des victimes, ensuite par qu’elles ont fait preuve, notamment les fondateurs de l’association La Parole libérée, d’un courage et d’une efficacité admirables.

Vous parlez de lynchage, ce n’est pas trop fort ?

Le lynchage c’est quand on « rend la justice » en dehors du droit, par l’appel au peuple, par la violence (pour l’instant verbale) au prétexte que le droit a failli ou est impuissant, et c’est quand on fait payer un coupable sans proportion avec la faute éventuellement commise, voire un innocent...

Est-ce le cas avec le cardinal Barbarin ?

Honnêtement, je n’aimerais pas être à sa place. Il paye cher cette horrible affaire de l’abbé Preynat dont on voit bien qu’il aurait dû la gérer autrement et en parler autrement. Mais quand il est arrivé dans le diocèse de Lyon, il s’agissait d’un « cold case » , parmi tant d’autres qui réclamaient malheureusement son attention et son action urgente, et il n’a pas su voir que cela lui exploserait au visage. Cela a été, rétrospectivement, une erreur, de même que de lâcher un « Dieu merci » (tic de langage d’une personne habituée à rendre grâce à Dieu) — pour commenter le fait qu’il bénéficiait, en droit français, de la prescription sur ce qui lui était reproché par les victimes de l’abbé Preynat — a été médiatiquement suicidaire...

Alors doit-il démissionner ?

À mon avis personnel, on ne doit jamais céder au lynchage. Ni à celui des autres, ni au sien propre surtout quand on est en situation d’autorité. Les crises de l’autorité sont toujours porteuses d’immenses périls pour tout le monde. Surtout quand l’institution est déjà affaiblie, comme c’est le cas de l’Église de France, pauvre et en perte de vitesse. Ici l’institution est confrontée à ceux qui ont de véritables raisons d’être scandalisés et qu’on doit entendre, mais aussi à ceux qui en profitent pour faire leur beurre (certains médias parfois catholiques mais dont le fonds de commerce est la contestation permanente de tout ce qui est établi), à ceux qui crient bien tard pour se consoler de leur propre incapacité à voir et éviter les problèmes quand c’était le moment d’être efficace, et à ceux qui ne cherchent qu’à faire avancer leur idéologie révolutionnaire de toujours, pétrie de haine de Dieu et grosse de totalitarisme.

Dans ce genre de situation où le peuple devient instrument de « justice » et où la soif de justice symbolique prime sur le besoin de justice tout court, on arrive vite à des situations où paradoxalement, ce sont les meilleurs, ceux qui ont voulu faire mieux que leurs prédécesseurs et qui sont les plus proches des humbles, qui payent. Pour faire référence à l’Histoire de France, c’est Louis XVI qui est guillotiné, parce qu’il a cédé au "peuple", alors que c’est probablement le plus consciencieux chef d’État que nous avions eu depuis saint Louis. Et pour quel résultat final pour le rang de notre pays et le bonheur du peuple ?

Personnellement, je ne voudrais pas d’une démission du cardinal Barbarin, je ne veux pas qu’il « craque » parce que je pense qu’il est meilleur que la plupart de ses prédécesseurs à son siège et meilleur que beaucoup de ses confrères évêques qui pourraient éventuellement le remplacer... Après, si c’est le Pape qui lui demande de démissionner, ou bien si la justice française le condamnait lourdement — ce que je ne pense pas — la situation serait différente...

Nul n’est irremplaçable.

Certes, mais il ne sert à rien de remplacer des « fusibles » qui ne calmeront pas les accusateurs à tort ou raison. Si Barbarin doit démissionner, pourquoi le Pape François devrait-il rester en place ? (1) Et qui, mieux que le pape François est en possibilité de faire avancer les choses ? Je pense qu’il faut à la fois avancer, faire en sorte que la justice soit rendue dans le respect des normes juridiques et dans l’esprit du droit et parler beaucoup, mais pas dans tous les sens, agir, mais pas n’importe comment. Vouloir faire juger le n°2 (et pourquoi seulement le n°2 ?) du Vatican par la justice française, c’est médiatiquement colossal, mais ce n’est pas une bonne piste juridique.

Vous négligez les victimes...

Vous rappelez-vous de maître Thierry Lévy ? Il est mort en 2017. Durant de longues années on a pu le voir souvent à la télévision. Son discours ne passait pas bien. Il indisposait les juges et l’opinion publique, car il trouvait que, dans les procès criminels où il intervenait, la place des victimes devenait de plus en plus grande, la victimisation de la société de plus en plus importante, au point qu’on ne pouvait plus rendre équitablement la justice... C’était pourtant un homme de gauche et un chrétien... Il était partisan de la réintégration des coupables dans la société comme le lui avait appris ses professeurs de droit. Un discours qui ne passait déjà pas alors, et qui passe de moins en moins. On peut comprendre pourquoi. Quand on est victime ou proche d’une victime, il y a des choses qu’on ne veut pas entendre et c’est normal. Le simple mot de « prescription » est insoutenable. Pourtant on ne peut pas se débarrasser sans périls des principes antiques du droit.

Vous vous éloignez du sujet.

Sans doute. Il est vrai en l’occurence que l’Église a failli. Mais ce sont toutes nos institutions qui pourraient être interrogées, toute notre société qui a failli. Pour ma part, si j’ai croisé des pédophiles prédateurs au cours de ma jeunesse lyonnaise — dans les années 60 —, ce fut dans l’Éducation nationale. Je ne vois pas que des victimes se signalent à la hauteur de ce qu’on subodore, qu’elles soient entendues, qu’on incrimine les ministres passés et actuels ? Expliquez-moi pourquoi ? Ce n’est pas faire injure aux victimes des prêtres pédophiles que de constater cela.

En revanche je veux bien admettre que ce qui s’est passé dans l’Eglise est pire. Non pas dans les faits, mais à cause de la contradictions absolue avec le message transmis. Cependant cela devrait aussi alerter les moralisateurs autoproclamés d’aujourd’hui qui réclament des têtes pour l’exemple.

https://www.nouvelobs.com/societe/20180822.OBS1170/le-pretre-qui-reclame-la-demission-de-barbarin-beaucoup-de-mes-confreres-sont-des-planques.html

(1) C’est ce que demande d’ailleurs un ancien nonce dans La Croix du 27 août. Voir ci-dessous.

Dans La Croix : « Affaire Barbarin, nous sommes témoins »

http://lyon.catholique.fr/actualites/regard-sur/2018/08/29/dans-la-croix-affaire-barbarin-nous-sommes-temoins/

Pour aller plus loin :

Messages

  • Un prêtre (*) fait circuler une pétition publique (abondamment relayée par les médias) appelant à la démission du cardinal Barbarin.
    Quelle que soit la matérialité des faits allégués, je trouve le procédé détestable de la part d’un chrétien, incompréhensible et inadmissible de la part d’un prêtre !
    Ce n’est qu’une question de degré mais cela fait immanquablement penser à ce qui s’est passé dernièrement dans l’Eglise copte ; ce moine qui a assassiné son Père abbé...
    Quant à la "culpabilité" de Barbarin, elle est seulement d’avoir hérité d’une affaire qui n’avait pas été convenablement traitée en son temps par ses prédécesseurs. En rappelant que les faits étaient en outre prescrits. La justice a d’ailleurs tranché en classant l’affaire sans suite.
    https://mobile.lemonde.fr/police-justice/article/2016/08/01/pedophilie-l-enquete-pour-non-denonciation-visant-le-cardinal-barbarin-a-ete-classee-sans-suite_4977090_1653578.html?xtref=https://www.qwant.com/

    * ce prêtre, qui est membre d’un tribunal ecclésiastique, regrette-t-il le temps de la Sainte-Inquisition ou bien se prend-il pour Zorro ?

  • Les pétitions ou appels à la populace pour "neutraliser" quelqu’un sonnent comme des aveux de faiblesse. Ce "procédé détestable" (merci Réginald) est utilisé par un prêtre expert, apprend-on, en quelque chose comme le droit canon mais acculé à une existence sans affectation suite à un grave accident de voiture. Par ce vilain biais, Pierre Vignon, en accord, dit-il, avec les personnes de "La parole libérée" qu’il qualifie d’"amis", ne s’en prendrait-il pas, par hasard, au pape en personne ? Car, si ce dernier a répondu "non" à la question de Mgr Barbarin sur une éventuelle démission, la pétition co-concoctée résonne comme une gifle à l’adresse de François. Tombée, en plus, au moment même, coquin de hasard, où arrive l’information des "300 hommes de l’Eglise catholique des USA coupables d’abus sexuels ayant fait un millier de victimes entre 1950 et 2016", quel effet boeuf ! Et assaisonnée avec la phrase qui colle à la soutane de l’archevêque de Lyon : "Dieu merci, les faits sont prescrits", que rêver de mieux ! Bien apprécié, par ailleurs, cette mise en demeure de démissionner et "dans les plus brefs délais " svp. Excuser du peu.

    Laisser la Justice accomplir son travail au lieu de vouloir la doubler serait plus intelligent. Parce que, vous savez quoi, le populo en a franchement assez de ces saintes-cuisines-fait-maison-et-exotiques indigestes et pestilentielles.

    Bonne journée !

  • C’est vrai que le justice populaire - ce que vous appelez "lynchage" - est expéditive et sans nuances. Mais quand les décisions tardent trop, qu’il s’agisse de celles du cardinal ou de la justice civile, il devient difficile de l’empêcher de se mettre en route.

  • Au cours de l’Histoire et jusqu’à nos jours, bien des sentences ont envoyé à la mort où à la réclusion perpétuelle des innocents ! Grande prudence et beaucoup de temps s’imposent quand le sort de quelqu’un est en jeu. F. Aimard évoque un lynchage médiatique, et il a bien raison.

    Le message du 25 août 11:21 indique qu’il serait plus "intelligent" de laisser la Justice agir plutôt que de vouloir la doubler. Comment cela ? "il faut toujours être du côté des victimes" dit F. Aimard, et on pourrait, sans le contredire, aller plus loin en avançant qu’"on est toujours du côté des victimes". Voilà pourquoi, en continuant à s’acharner, physiquement ou autrement, sur quelqu’un on court le risque de "renverser les rôles", autrement dit d’être perçu en tant que bourreau se défoulant sur sa victime. Et cela n’est pas "intelligent"...

    Dans la douloureuse et grave situation de l’Eglise catholique trahie et salie, peut-être être conviendrai-il de ne pas confondre le Christ et cette Eglise avec ceux qui, en son sein, la défigurent. Loin de "jeter de l’huile sur le feu" les catholiques ne devraient-ils pas, au contraire, se considérer concernés par les souffrances endurées et accompagner de leurs prières les personnes éprouvées et les actions constructives et désintéressées pour que vérité et justice s’imposent...

    Et appeler Marie. Elle entendra, Elle était présente à son Fils sur le bois de la Croix.

  • Dans ma longue vie je peux attester que je n’ai rencontré que de bons prêtres. Pieux et mésirécordieux devant nos faiblesses, vivant si pauvrement. Je me doute bien qu’ils en est d’autres. Mais je ne les jamais rencontrés. Sans doute n’étions nous du même monde.
    Protégeons nos prêtres qui souffrent et continueent à nos soutenir au milieu des ignobles campagnes médiatiques.

  • Oui à la condamnation des pédophiles, mais arrêtons de condamner l’Église.
    Par ailleurs l’utilisation de "pédophilie" pour tout et n’importe quoi finit par provoquer la nausée.
    Certains vrais pédophiles sont protégés et s’affichent allègrement dans les cérémonies de notre République !
    Et là, silence dans les rangs !

  • @ B. Anel.
    La "justice populaire" se met rarement en branle toute seule. Il y a presque toujours quelqu’un pour l’instrumenter. Parfois même, il faut se demander à qui le "crime" profite.
    Sous quelques indignations de surface, un certain nombre d’organisations hostiles à l’Église font leurs choux gras des scandales de pédophilie qui s’y sont produits.
    Qu’un homme d’église se fasse le relais de ces procès expéditifs par voie de pétition ne peut que consterner les chrétiens. Ça ne sert en rien la justice (la vraie) et ça crée une ambiance de division.
    Ce qui n’empêche pas que par ailleurs il faille condamner très fermement les clercs convaincus de crimes et de méfaits et lorsqu’ils sont la pierre de scandale sur laquelle achoppe le peuple.
    J’avoue avoir été personnellement ébahi et troublé par les faits graves qui se sont produits dans certaines communautés nouvelles. Pourtant, je ne suis pas né de la dernière pluie...

  • Merci Frédéric pour votre article qui remet bien les choses à leur place. Je trouve la démarche du père vignon, sous prétexte qu’il est spécialiste en droit canon, bien peu chrétienne. " Qui suis-je pour juger ?" nous rappelle souvent le Pape François, mais n’est il pas aussi dans le collimateur de l’initiateur de la pétition ?
    L’Eglise, plus que n’importe quelle autre institution, est en pointe dans le combat contre la pédophilie.
    Plutôt que chercher la paille dans l’œil du voisin les médias feraient mieux de voir la poutre qui est dans le leur. On ne peut s’attaquer efficacement au problème de la pédophilie qu’en faisant de même avec la pornographie dont tant de médias sont si friands.
    Prions avec ferveur, aussi bien pour notre courageuse Eglise et son chef, aussi bien que pour les victimes. Peut-être que du bon naîtra de cette situation douloureuse. J’ai pu constater cet été que les églises sur mon lieu de vacances étaient pleines. J’ai entendu dire aussi que les pèlerinages ont été très suivis ?Vivons dans l’Espérance

  • J’ai reçu 2 fois cette pétition et je ne l’ai pas signée. La raison première c’est que je ne connais pas le dossier. Une émission TV avait raconté l’histoire du prêtre, mais ce qu’a dit et fait Mgr Barbarin , je n’ai pas le dossier entre les mains ce qu’on en dit est trop succinct et je ne suis pas de la région. Avant de détruire la vie d’un ecclésiastique, il faut pouvoir juger de ses fautes. La pétition étant là, je pense qu’il appartiendra à la Conférence des Évêques de s’exprimer à ce propos.
    quant à Mgr Vigano, il s’est trop avancé pour enterrer son message, et l’université Georgetown a acquis depuis quelque temps une réputation telle que tout ceci aura des suites

  • Je ne suis, cela va de soi, pas compétant pour mesurer la responsabilité d’un archevêque. Etant donné le nombre d’affaires qui sortent dans le monde à ce sujet, il va de soi que l’Esprit Saint va un jour venir au secours de l’Eglise mais il prend son temps. Maître du temps et ce dernier ou plutôt ce Premier, les hommes de pouvoir, dans leur inconscient supportent mal de savoir qu’il ne le dirigeront jamais ! Notre société a transformé l’amour, le visage des femmes perd progressivement son importance au profit du corps, les hommes ont de plus en plus des têtes inexpressives et stadardisées, quelle que soit la couleur de leur peau, mais ils développent leurs muscles. Tout cela tend à rendre l’amour bestial. C’est ce que nous voyons sur les écrans, mais il y a en France les jeunes de la générations Jean-Paul II, croyez-moi, cela, ceux qui veulent les oublier seront bientôt les premiers à se rattraper aux branches pour continuer d’exister dans leur profession de journalistes. Lorsque j’étais pensionnaire au Prieuré Saint Bernard dans le Jura vers 1960, les choses étaient ainsi organisées que nous n’étions jamais seuls avec un prêtre sauf à travers la grille du confessionnal. Le démon redouble de haine pour ces hommes qui ont décidé d’oublier leur sensualité par Amour pour Jésus et il ne cesse de leur tendre des pièges. Il faut reconnaître qu’un garçon blond, encore doux préadolescent peut représenter une tentation pour un homme qui a été, même par son propre choix, privé de femme !
    Je pense que piégés par l’influence soixantehuitarde, à la Rousseau, les précautions nécessaires n’ont plus été prises. Le respect, le vouvoiement sont indispensables entre deux êtres aussi différents qu’un garçon de dix ans et un prêtre ou un professeur— ceux là, on les passe sous silence —
    Jusqu’à l’année dernière j’étais contre le mariage des prêtres, aujourd’hui je m’interroge, il me semble que dans l’atmosphère où nous vivons, je parle de la publicité obligatoire pendant des émissions parfois intéressante etc.., comparée même à celle de mon enfance, il est devenu difficile pour un prêtre d’oublier l’homme qui est en lui ! Bien sûr, certains sauront toujours s’armer contre la tentation, alors tant mieux, que ces vocations perdurent ! mais n’y a t-il pas parmi les jeunes qui s’interrogent sincèrement, qui découvrent qu’ils veulent se consacrer au Seigneur et aux autres hommes qu’à eux, surgissant tout à coup !, cette réponse : "Ce serait impossible pour moi dans ce monde’’, si j’avais une épouse, alors peut-être serait-ce envisageable ! Il me semble que les circonstances actuelles prônent cette possibilité du mariage des prêtres. Après tout les premiers évêques l’étaient de père en fils, — Grégoire de Nazianze, Père de l’Eglise était fils d’évêque — et ce fût à cause des ambitions de leurs femmes que fût décidé lors d’un des premiers conciles que les prêtres ne se marieraient plus !

  • @D Durand-Mille
    Vous prenez les femmes pour quoi, vous ne voyez en elles qu’un sexe pour satisfaire les besoins des hommes. Personnellement, je n’aurais pas voulu être l’épouse de Dutroux ou Fourniret, ni aucun pervers pour satisfaire leurs vices. Pour vivre avec son temps, les mariages durent en moyenne 5 ans, et après le divorce : comment gérer le problème des prêtres divorcées abandonnés par leur épouse, légalement ils peuvent se remarier civilement, c’est indispensable pour calmer leurs besoins sexuels, les enfants auront un droit de visite
    Tout cela est trop moderne pour moi

  • "...il y a des eunuques qui sont venus tels du ventre de leur mère ; il y a aussi des
    eunuques qui le sont devenus par le fait des hommes ; et il y a des eunuques qui se sont faits eunuques eux-mêmes à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne" (Mt 19, 10-12).

    Même si on pense être capable de deviner le sens de ces paroles de Jésus il est fort possible que l’aide d’une ou d’un spécialiste des Ecritures soit nécessaire pour une explication solide de ce passage rapporté par l’évangéliste. Car, il est peu probable qu’un prêtre père de famille n’ayant, de ce fait, pas eu la possibilité d’entreprendre des études approfondies des textes sacrés soit en mesure d’apporter la réponse adéquate à bien des questions.

    N.B.
    Le qualificatif "prêtre père de famille" est utilisé ici pour s’extirper du carcan très "in" du vocable "prêtre marié" et ne pas cantonner le curé dans la posture d’un pauvre type en quête uniquement de satisfaction des sens. Le sexe, pour ne pas le nommer, étant asséné maintenant comme la panacée universelle pour calmer toutes les démangeaisons un peu de hauteur de vue et de hauteur tout court ne seraient pas à dédaigner à ce sujet.

  • @ Dominique Durand-Mille
    Il est vrai que notre société est devenue hyper-érotisée. Jusqu’à la nausée. Ce qui explique - excitations et frustrations - sûrement nombre d’agressions et de violences commises.
    Cependant, la pulsion de la libido n’est pas une chose nouvelle qui aurait attendu la seconde moitié du vingtième siècle pour se manifester.
    Il faut donc examiner l’ensemble des facteurs qui concourent au respect du célibat des prêtres ou tendent à son irrespect.
    Croire que le mariage serait la solution, le cataplasme, qui guérirait les religieux des tentations pédophiliques, est une illusion. D’autant que nombre de pédophiles sont mariés et souvent pères de famille...
    Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une fraction importante du clergé oriental est composée de prêtres mariés.
    Mais c’est dans un contexte social et des rapports sociaux bien différents de notre société. Les femmes de prêtres y ont, de manière assez naturelle, une mentalité que la gent féminine occidentale (en particulier jeune) aurait bien du mal à comprendre ou à accepter.

  • Comme suite à la conclusion du message de R. de Coucy du 30 août 01:07, il serait peut-être utile de rappeler, en un très bref résumé, la très longue histoire de la question des prêtres mariés de rite catholique en Occident.

    Comme on le sait, le pape Pie XI a signé en 1929 deux décrets interdisant aux prêtres mariés catholiques de rite oriental d’exercer leur ministère en Occident. En 1990, le pape Pie XII voulant résoudre cette question, fit rédiger un Code canonique pour les Eglises catholiques orientales mais les décrets de 1929 ont continué de prévaloir. La première ordination dans l’Eglise latine d’un homme marié a eu lieu, sauf erreur, en 1950 sous le pontificat de Pie XII et concernait un pasteur luthérien marié converti au catholicisme. Plus tard, Vatican II rappelant que le célibat n’était pas une condition pour le sacerdoce et pour preuve la Ière Eglise et les suivantes et qu’il n’était pas question d’abolir cette tradition, le Concile recommandait cependant le célibat. Puis, sous le pontificat de JPII des dizaines, sinon des centaines d’hommes mariés seront admis à la prêtrise, ceux-ci ayant quitté l’anglicanisme et le protestantisme pour le catholicisme. On peut aussi mentionner le fait que des centaines d’hommes mariés sont ordonnés prêtres durant le communisme en Tchécoslovaquie, alors que les prêtres mariés orientaux issus des Eglises catholiques orientales depuis des générations ne sont pas autorisés à célébrer en Occident, même dans les églises de leur rite.Bref, c’est avec le patriarche melkite Maximos V - ou VI - que la situation évoluera et que les prêtres mariés catholiques orientaux pourront exercer leur ministère en Occident. De mémoire : il y a un ou deux ans, un jeune père de famille de rite oriental a été ordonné prêtre en France et dépend, semble-t-il, de l’Eparchie concernée au lieu de l’évêque latin sur place.

    Il convient aussi de souligner, pour en terminer, que bien des prêtres mariés orientaux avouent leur situation difficile, et que dans ces églises de plus en plus d’ordinations se font sous le voeu de célibat. Enfin, les sociétés modernes telles qu’elles évoluent faciliteraient-elles vraiment la condition de prêtres mariés ?...

  • Trois prêtres du diocèse de Lyon dont Mgr Barbarin souffraient d’un cancer de l’estomac quand ces révélations ont éclaté. La santé était sa priorité et affaibli par les traitements, le cardinal n’a pas considdrer

  • Il y a des prêtres orientaux mariés orthodoxes, mais ils devront garder pendant toute la prêtrise, l’état marital ou le célibat qu’ils avaient à leur entrée au séminaire ce qui demande une certaine maturité à leur vocation, maturité aussi à l’épouse
    Aux premiers siècles l’ Eglise catholique en France du bas Moyen-âge avait des prêtres mariés, mais dans les campagnes ils ont laissé le souvenir de pères de familles nombreuses d’une douzaine d’enfants pauvres et beaucoup d’illettrisme. Une réforme a eu lieu j’ai oublié le nom du pape réformateur, et le célibat fut la règle

  • Serait-ce autour des XIe - XIIe siècles que le célibat des prêtres en Occident aura été rendu obligatoire ? Aux raisons de l’imposition du célibat en France évoquées par Gilberte s’ajoutaient peut-être celles liées à la forte pression qu’exerçaient sur l’Eglise princes et notables, allant jusqu’à la nomination des prêtres et évêques.

    Quoiqu’il en soit, le passage de Mt 19, 10-12, la vie même de Jésus et le célibat des prêtres au tout début de l’Eglise ne seraient-ils pas des références valables pour comprendre le bien-fondé du célibat dans le cas précis de la recherche du royaume ? Et ne serait-ce pas justement cette aspiration vers le royaume que certains esprits s’acharnent à démolir sous divers prétextes ? Parce la mémoire humaine défaillante oublie que des attaques, des fautes internes graves et de dépravations, l’Eglise "en a connu des tonnes au cours de sa longue Histoire et jusqu’à nos jours .

    Aussi, sous les éclaboussures meurtrières qui se projettent aujourd’hui sur l’Eglise ses enfants n’ont apparemment rien à quoi s’accrocher sinon que la prière et la certitude que "les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle".
    Et que du plus mauvais peut surgir le meilleur...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication