De Mgr Pontier à René Girard

par Gérard Leclerc

lundi 9 novembre 2015

En écoutant Mgr Pontier hier à Lourdes, j’avais le sentiment d’une lecture de l’actualité, à laquelle nous sommes forcément habitués, mais avec une différence essentielle, qui est simplement la différence chrétienne. Car on peut lire l’actualité avec des regards très différents. Il y a, par exemple, le regard blasé de celui qui a déjà tout vu, tout connu, et qui ne s’étonnant plus de rien, s’efforce au détachement. Pas le détachement du spirituel qui est le contraire, puisqu’il s’agit de se détacher de son égoïsme, pour communier avec l’autre qui souffre. Non, mais une attitude psychologique qui s’apparente au cynisme. Rien de nouveau sous le soleil ! Autant prendre son parti de la misère du monde et durcir son visage face à la détresse. Le regard que portait l’archevêque de Marseille, dans son discours de conclusion de l’assemblée des évêques de France, n’était pas du tout celui-là. Bien au contraire, il était celui de la compassion et de la miséricorde.

Et ce regard là rencontre nécessairement la violence qui blesse les relations humaines, les envenime jusqu’à déclencher des guerres. « Fuyez la violence, disait Mgr Pontier, sous toutes ses formes, la violence verbale n’étant pas la moindre. Pensez encore à la paix chez nous, en Europe (…) Développez un langage d’ouverture et d’engagement. » À ce moment, je n’ai pu m’empêcher de penser au cher René Girard, qui vient de nous quitter. Au centre de sa pensée, il y a justement l’analyse de la violence, qui, en notre temps et pour parler comme Clausewitz, risque de se porter aux extrêmes. Et pour l’auteur de La violence et le sacré, c’est le christianisme qui vient désarmer la charge de violence extrême qui nous menace, par la révélation de l’amour qui sauve et qui, à cause de cela, nous écarte de tout processus d’emballement meurtrier.

C’est au cœur de la Passion et du drame de la Croix que se révèle, dans sa bouleversante nouveauté, la démarche du Christ qui échappe aux mensonges des hommes pervers et franchit victorieusement les portes de la mort, parce qu’en se remettant librement à son Père, il nous libère des chaînes de la violence. Il s’agit bien de la seule révolution véritable, avec une dimension eschatologique à la mesure de l’humanité rachetée et sauvée.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 9 novembre 2015.

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