De Jean Vanier à Vincent Lambert

Par Aymeric Pourbaix

mercredi 15 mai 2019

La vie de Jean Vanier, à bien des égards atypique, constitue une illustration éloquente du message évangélique concernant les faibles et les malades, et à ce titre exclus. En fidèle disciple de sainte Thérèse de Lisieux et de sa petite voie d’enfance spirituelle, lui le brillant officier de marine, philosophe de surcroît, avait su se laisser toucher par deux personnes atteintes de handicap mental. Et les rejoindre afin de vivre avec elles, d’en faire le point de départ d’un nouveau mode de vie, d’une communauté humaine et spirituelle dans laquelle ces personnes considérées comme le rebut de la société avaient toute leur place. «  Une révolution copernicienne  », a ainsi affirmé à France Catholique Philippe de La Chapelle, directeur de l’OCH.

Acharnement à faire mourir
Le paradoxe est que Jean Vanier aura beau avoir été universellement célébré lors de son décès, après une vie donnée, il n’est pas sûr que son message, quant à lui, ait été encore bien entendu par notre société. Car les malades ou petits d’aujourd’hui – personnes en fin de vie, handicapées, enfants à naître – ont de moins en moins droit de cité. On peut s’étonner ainsi de l’acharnement à faire mourir Vincent Lambert, comme vient de l’annoncer pour le 20 mai prochain le médecin du CHU de Reims. S’étonner aussi que cette décision soit qualifiée de «  courageuse  » par les partisans de cette euthanasie qui ne dit pas son nom.

Car Vincent Lambert n’est ni en fin de vie, ni malade. Simplement lourdement handicapé depuis dix ans, à la suite d’un grave accident de moto. Et donc peu en état de communiquer avec son entourage, selon les critères habituels. Cela lui ôte-t-il le droit à la vie, de bénéficier de l’eau et des aliments nécessaires ?

«  C’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif  », écrit le 13 mai l’archevêque de Reims et nouveau président de la Conférence des évêques, Mgr Éric de Moulins-Beaufort. La question posée est donc selon lui plutôt un enjeu de civilisation : il n’est pas possible de renoncer à une prise en charge adaptée, sous prétexte que celle-ci aurait un coût et «  qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée  ».

Structures accueillantes
Dès lors, on se prend à rêver que l’exemple de Jean Vanier conduise à créer d’autres structures aussi accueillantes pour les personnes qui se trouvent hors de nos critères d’efficacité. Comme le petit Alfie Evans, «  débranché  » en 2018  en Grande-Bretagne, et dont le Vatican avait affiché son intention de l’accueillir à l’hôpital bien nommé du Bambino Gesù, à Rome. Cela a toujours été la gloire de l’Église de se charger des plus faibles dans la société. C’est à cette aune également que se reconnaît une civilisation digne de ce nom.

Messages

  • Comparer Jean Vanier avec le cas de Vincent Lambert me semble dénué de sens. Vincent n’a pas de communication avec autrui depuis huit ans, il serait mort depuis longtemps sans l’acharnement thérapeutique, dont l’usage n’est pas vraiment inscrit dans l’Evangile. Et parler d’euthanasie, c’est-à-dire criminaliser les médecins et l’épouse du malheureux est indigne.
    Croire qu’on obéit à l’évangile mieux que tous les autres parce qu’on veut prolonger une vie végétative n’est pas une pensée juste.

  • En effet, nulle part dans l’Evangile ne se trouve "vraiment inscrit l’usage de l’acharnement thérapeutique" ; en fait, cet "usage" ne se trouve PAS DU TOUT inscrit dans l’Evangile. Que "Vincent serait mort depuis longtemps " sans cet "acharnement" est une autre question. On pourrait cependant, et sans peut-être beaucoup se tromper rappeler que :

    1 - aux époques où les évangiles ont été écrits, la recherche médicale n’était pas encore ce qu’elle est aujourd’hui ; mais Matthieu relate qu’au moment où la soldatesque vient arrêter Jésus, un des disciples (était-ce Pierre ?) tire son épée et fait sauter l’oreille d’un soldat. Alors Jésus lui dit de rentrer l’épée car "celui qui fait usage de l’épée périra par l’épée" (Mt 26,52).

    2 - que "Vincent serait mort depuis longtemps sans cet "acharnement" confirme donc que Vincent est vivant, donc le fait d’arracher les tuyaux c’est donc le tuer. Et ôter la vie serait-il quelque conseillé ou imposé dans les évangiles ? où même ailleurs (sauf en cas, probablement, de légitime défense) ? Par contre, le "Tu ne tueras point" se trouve bien dans la Bible.

    En relisant l’article ci-dessus, où donc se trouve les mots "crime" ou "criminel(s)" ?
    Qui donc criminalise qui ? Et où donc se trouve l’"indignité" d’un fait ?

    Concernant Jean Vanier, il a toute sa place dans le contexte des personnes handicapées, très lourdement handicapées de toutes sortes de handicaps, et son action est exactement à l’opposé d’arrêter artificiellement le souffle, autrement dit ôter la vie.

  • C’est un sujet qui illustre nos limites humaines. Avons-nous besoin des médecins et des juges pour donner un sens à la vie et à la mort dans ces cas extrêmes, et décider des fins ? Il faut être modeste, et laisser Dieu agir. Un moment arrivera où Il interviendra. Mais Dieu ne se presse pas, il a l’éternité, c’est l’homme qui veut se hâter. Pourquoi ? Pour légiférer encore et encore ? Est-ce si nécessaire ? Pourquoi ne pas laisser cet homme vivre à son rythme et dignement ? Euthanasier est indigne.

  • En dehors de Jean Vanier, de l’Evangile, de la volonté de "mourir dans la dignité", de celle d’"abréger" les souffrances inutiles d’un malade", bref, en dehors de questions religieuses et d’évocations compassionnelles la question euthanasie n’est pas neutre et pose problème. Comme on le sait, ce terme vient de deux mots grecs : "thanatos" = mort et "eu" = bien. Or, donner la mort, autrement dit "tuer" avec la meilleure raison humanitaire s’avère être un acte excessivement hasardeux pouvant déraper et être prétexte .

    Des voix se sont élevées, ici et ailleurs, pour déclarer que "les personnes de plus de 85 ans coûtent cher à la société et devraient donc être euthanasiées" ; dans la foulée, faudra-t-il bientôt euthanasier tous les malades incurables, les handicapés mentaux ? Et bientôt, pourquoi pas envoyer légalement ses propres parents ad patres afin de profiter au plus vite de l’héritage ? De là au suicide assisté, à la mort par procuration, à distance ou, à l’ère du net bientôt post-net l’euthanasie connectée...

    Le monde est déjà plein de cadavres d’innocents sous les décombres de pays complètement dévastés au prétexte, entre autres, d’y appliquer la démocratie, faudrait-il en rajouter au prétexte de compassion alors qu’il pourrait ne s’agir que d’égoïste recherche de confort ?

    Réfléchir plus et mieux à cette grave question ne serait peut-être pas inutile.

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