De Gaulle, la foi et l’Église

par Gérard Leclerc

mardi 10 novembre 2020

Mémorial Charles de Gaulle. Colombey-les-Deux-Églises.
© Juergen Kappenberg / CC by-sa

À l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort du général de Gaulle, parmi les sujets à évoquer, on peut parler de ses relations avec la foi et l’Église catholique. Très attaché à l’une et à l’autre, il en tirait une certaine idée de la civilisation accordée à la personnalité de la France.

En cette année marquée par le cinquantième anniversaire de la mort du général de Gaulle, mais aussi le cent-trentième anniversaire de sa naissance et le quatre-vingtième anniversaire de l’appel du 18 juin, les évocations ne manquent pas. Je me suis intéressé, pour ma part, aux relations du général avec la foi et avec l’Église catholique, car au-delà même de ses convictions profondes, il y avait une certaine vision des relations du spirituel et du temporel. Il était, en même temps, soucieux d’indépendance totale de l’État par rapport à l’autorité religieuse, mais très attentif à leurs bonnes relations. Le langage qu’il emploie à l’égard des souverains pontifes est d’une déférence extrême. En conclusion d’une lettre adressée à Pie XII, le 29 mai 1944 depuis Alger, il écrit : « Daigne Votre Sainteté bénir nos projets et la foi du peuple français, dont je dépose le témoignage à ses pieds. » [1] On imagine mal Emmanuel Macron et ses prédécesseurs utiliser un pareil langage. Sans doute appartient-il à une autre époque, mais il est surtout caractéristique d’une conception de la civilisation et de la civilisation française.

Dans cette même lettre, de Gaulle parle des « intérêts spirituels du peuple français » qui doivent retrouver leur primauté que met en péril l’oppression de l’ennemi. Il invoque Dieu sans crainte, dans l’espoir de la victoire. Il insiste sur « le respect que nous portons aux souvenirs les plus chers de notre foi chrétienne, ainsi qu’au patrimoine religieux, intellectuel et moral qu’il représente ». Bien sûr, il ne s’exprimerait pas en ces termes, s’ils ne correspondaient pas à sa foi personnelle liée à la pratique des sacrements. Sur celle-ci, son fils, l’amiral Philippe de Gaulle, a apporté de précieuses indications dans ses mémoires écrites en collaboration avec Michel Tauriac [2]. Chrétien assez traditionnel, il acceptait le concile tout en préférant la messe en latin. Homme de son temps sans doute, mais son exemple pourrait bien nous inspirer, notamment dans les questions cruciales de civilisation aujourd’hui.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 novembre 2020.


[1Général de Gaulle, Mémoires de guerre, Plon.

[2Philippe de Gaulle, De Gaulle mon père. Entretiens avec Michel Tauriac, Plon.

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