D’un Président à l’autre

par Gérard Leclerc

mardi 13 mars 2018

D’un Président de la République à l’autre, assiste-t-on à une modification sensible de la notion de laïcité, si française, et qui continue, pourtant, à opposer les familles politiques et intellectuelles ? Certains avaient reproché vivement à Nicolas Sarkozy ses deux discours prononcés à la basilique du Latran à Rome puis au Puy-en-Velay. Il s’agissait d’une mise en valeur sans complexe de l’héritage chrétien de la France. Avec François Hollande, le ton allait changer ainsi que la thématique, si l’on se rapportait à son discours du Bourget, inaugurant sa campagne électorale présidentielle. Il s’agissait de mettre l’accent sur la séparation radicale de l’État et des religions, qui aurait pu avoir des conséquences directes sur le statut particulier de l’Alsace-Lorraine. Le même François Hollande, choisissant comme premier ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, semblait aggraver la tendance vers une laïcité de combat, allant jusqu’à prétendre donner un contenu quasi religieux à un enseignement spécifiquement laïque.

Il me semble, toutefois, que la philosophie du président socialiste a quelque peu évolué. J’en veux pour preuve la reconnaissance publique faite à l’historien Émile Poulat, un des meilleurs analystes du sujet, distinguant nettement une laïcité idéologique et une laïcité prudentielle, soucieuse de paix sociale. Avec Emmanuel Macron, les choses semblent avoir encore sensiblement évolué, sous l’influence du philosophe Paul Ricœur, dont il fut un moment l’assistant. Le sociologue Philippe Portier a donné à ce propos un entretien fort intéressant à Bernadette Sauvaget de Libération. Avec Macron, nous rompons résolument avec un anti-cléricalisme IIIe République, pour reconnaître aux religions la possibilité d’intervenir dans l’espace public et de participer à la délibération collective.

Nous aurons tout prochainement l’occasion de vérifier, avec la révision des lois bioéthique, si cette conception entre réellement dans les faits. Aurons-nous une véritable confrontation, qui permettra aux familles spirituelles de s’exprimer en toute liberté, sans qu’elles soient accusées d’intervenir indûment dans la chose publique et sans qu’on leur oppose le mépris qui convient aux forces élégamment désignées comme du passé ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 13 mars 2018.

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