Cuba contée par la plume de Leonardo Padura

par Frédérique de Watrigant

vendredi 19 décembre 2014

Mercredi 16 décembre, Barack Obama a annoncé sa décision de rétablir les relations diplomatiques de son pays avec Cuba, promettant ainsi la fin d’un embargo vieux de 54 ans. Une issue de bon sens quand on sait que les Etats Unis avaient rétabli, selon l’aveu même du président américain ses relations diplomatiques avec des pays qui lui avaient causé bien plus d’ennuis, comme la Chine et le Vietnam. Le pape François a été un acteur essentiel de ce changement historique : c’est lui qui a appelé personnellement les deux chefs d’Etat, Raul Castro et Barack Obama ; une intervention qui peut s’expliquer en partie par l’attachement du saint Père pour son continent d’origine ; avant son élection au siège de Pierre, il aurait pu dire comme le chef d’état américain : « Somo todos americanos ». C’est aussi participer à faire la paix comme l’ont fait ses prédécesseurs de Benoît XV jusqu’à Jean-Paul II.

Faudrait-il encore que son travail ne soit pas travesti car il est de fait que la paix entre les deux pays sera plus à l’avantage des Américains que des Cubains. L’histoire, y compris très récente, a montré hélas que les Américains, sous prétexte de défense des droits de l’homme, ne s’occupent des autres que dans la mesure de leurs intérêts économiques. Et Cuba offre un beau marché, où les entreprises américaines pourront investir dans un pays exsangue et les hordes de touristes se déverser.

Pour découvrir les ravages de la dictature castriste et l’histoire de ce petit pays martyrisé par l’histoire, il faut lire les livres de Leonardo Padura, Le dernier paru en septembre 2014, les Hérétiques, brosse l’histoire de la Havane, où vit l’écrivain de 1939 à nos jours en partant d’une histoire vraie : le 13 mai 1939, le Saint-Louis, un paquebot transatlantique allemand quittait Hambourg pour Cuba avec une majorité de passagers juifs fuyant le régime nazi. A la Havanne, sur les 967 passagers, seuls 28 sont autorisés à débarquer. Les autres sont renvoyés en Europe. Ce sont les conflits d’un pouvoir corrompu préludant l’ère Batista qui explique le refus d’accueillir les réfugiés. Un épisode historique réel dont s’empare le romancier pour bâtir un roman foisonnant qui va emmener le lecteur jusque dans l’atelier de Rembrandt où un jeune juif sépharade s’initie à la peinture, au risque d’être rejeté de sa communauté.

Si les personnages sont multiples et que les histoires se croisent, la véritable héroïne du roman est la cité de la Havane, lumineuse, joyeuse et défigurée par plus de 50 ans de marxisme. Comme ses consoeurs des pays communistes, elle n’a pas échappé à la pauvreté, à la corruption, et à une bureaucratie tentaculaire. Comment être libre, quand on a cru autrefois à une religion, puis à une idéologie, qui avait la prétention de remplacer toute religion ? On en a vu le triste résultat ! Il faut espérer, que cet accord profitera aussi aux Cubains, qui pourront enfin être libres de rester dans cette île qu’ils aiment tant.

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