Coupe du monde

par Gérard Leclerc

jeudi 12 juillet 2018

Un aveu d’abord. Le signataire de cette chronique est bien le dernier à prétendre à une quelconque compétence pour parler football et Coupe du monde. Il ne les méprise nullement, mais il n’a aucun savoir technique propre à éclairer un jugement sur la valeur des joueurs et la nature d’un jeu collectif. Tout juste est-il sensible à la beauté, parfois féerique, du spectacle et participe-t-il à l’enthousiasme collectif qui accompagne les succès de l’équipe de France. Par chance, la présence de Rémy, mon petit-fils de onze ans, supplée à mes carences pour m’expliquer certaines subtilités, pourquoi il y a coup franc ou hors-jeu. Mon incompétence ne m’empêche pas de m’interroger sur le football comme passion collective presque planétaire. C’est une véritable religion séculière qui s’est emparée de l’Europe, de l’Amérique du Sud, de l’Amérique centrale, de l’Afrique, d’une grande partie de l’Asie. Et à l’occasion d’une Coupe du monde, c’est tout le village planétaire qui se trouve comme fasciné devant la scène centrale.

J’avais un ami sociologue, Paul Yonnet, trop tôt disparu, qui avait analysé cette passion dévorante où il voyait un phénomène capable de nous enseigner sur les formes nouvelles d’appartenances collectives. Il le comparait à l’olympisme grec qui était inséré dans un espace religieux, de telle façon qu’il fallait y reconnaître la production et le déplacement d’une nouvelle forme de sacralité. Yonnet s’interrogeait aussi sur la projection identitaire que constituait pour un peuple son identification à son équipe de football. Ce qui pouvait paraître paradoxal, alors qu’un grand nombre de ses joueurs provenait d’une immigration récente. Mais il définissait ces joueurs comme « des voyageurs d’identité », qui s’investissaient totalement dans leur rôle de représentants du pays qu’ils servaient, ce qui leur valait en réponse gratitude et attachement.

Paul Yonnet n’avait pas une représentation uniforme et idyllique de ce déplacement du sacré. Il observait aussi les dérives certaines. Le sport n’est pas forcément une école de justice. Il n’est pas exempt de violences plus ou moins sournoises. On souligne aussi la conquête du football par l’argent. Cela montre que la Coupe du monde est une représentation unique de notre condition imparfaite.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 12 juillet 2018.

Messages

  • Konrad Lorenz avait étudié la violence chez l’animal et chez l’homme. Il avait décelé chez l’homme un instinct de violence. Pour la canaliser et la dominer, il préconisait le sport, ainsi le football. J’ai expérimenté moi-même ce phénomène : les jeunes garçons agressifs mis au football pendant la récréation déversaient leur violence en tapant sur un ballon au lieu de taper sur leurs camarades, et le calme après la récréation. Le football plait, les Français suivront la finale de la coupe, et si l’équipe française est gagnante, il y aura un sentiment de puissance, de domination qui va chasser la mélancolie, faire oublier que la France était une des 3 grandes puissances mondiales et qu’elle n’en est plus que la 7e. Si l’équipe perd, ce sera la malchance, nous sommes civilisés, rien de comparable avec ces pays qui refusent l’échec (je me souviens d’une année qui a vu des morts sur un stade en Turquie, et une autre en Afrique du Nord j’ai oublié le nom du pays)

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