Corps glorieux

par Brad Miner, traduit par Bernadette Cosyn

mardi 11 février 2020

Le jugement dernier, Michel Ange

Quiconque a jamais été jeune, surtout s’il était un athlète, trouvera, en vieillissant, le déclin des facultés du corps pour le moins décevant, voire même réellement éprouvant.

Je suis récemment tombé sur un livre au titre démentiellement provoquant (du moins pour moi) : ’Lifespan : Why We Age and Why We Don’t Have To’ (Durée de vie : pourquoi vieillissons-nous et pourquoi cela ne devrait pas être le cas). Le rabat de la reliure portait cette fort modeste affirmation que « vieillir est une maladie, mais une maladie curable », ce qui me frappe comme pensée illogique (la croissance et le changement sont-ils des maladies ?) et encore ceci : « de récentes expériences de reprogrammation génétique suggèrent que dans un proche futur, non seulement nous serons capable de nous sentir plus jeunes mais également de devenir plus jeunes ».

La notion flippante de reprogrammation génétique mise à part, n’est-il pas logiquement débile de suggérer que quoi que ce soit puisse devenir plus jeune ? Bon, je n’ai pas vraiment lu le livre, donc je devrais passer à autre chose.

Si ce n’est que... j’ai jeté un coup d’œil au chapitre de conclusion, qui comporte une attaque du rapport 2003 (’Au delà de la thérapie’) du Président du Conseil de Bioéthique. Conseil composé entre autres d’éminents commentateurs tels Léon Kass, Robert George, Mary Ann Glendon, Charles Krauthammer et James Q. Wilson, que l’auteur de ’Lifespan’ qualifie tous de « fanatiques » engagés dans un « boniment mortifère » pour promouvoir l’acceptation de la vie humaine comme un continuum allant de la naissance à la mort en passant par la croissance et le vieillissement.

Ça vaut ce que ça vaut, mais nous savons par expérience empirique que nous tous, les humains, grandissons, vieillissons et mourons. J’ai observé des hommes et des femmes qui se sont battus contre ces inéluctabilités et, dans chaque cas – même si leurs interventions ont été couronnées de succès – cela n’a été que pour un temps. Dans de nombreux cas, leurs efforts ont été parfaitement vains et même parfois gênants.

Je ne suis pas en train de suggérer qu’il est anti-chrétien de rester autant que possible en forme et en bonne santé : uniquement que la poursuite de la jeunesse est mission perdue d’avance. On devrait vieillir avec grâce et dignité parce que de toute façon nous allons vieillir.

Derrière cette poursuite frénétique d’un allongement de la vie, il y a bien souvent la peur et même la haine de la mort. Et vous ne pourriez que la haïr si vous pensiez que cette vie et ce corps sont tout ce que vous aurez jamais. Mais inutile de dire qu’une telle croyance est anti-chrétienne.

Mon corps est maintenant clairement vieux et décrépi. (Notez bien que je suis bien bas, mais pas hors jeu.) Depuis 2012, j’ai eu six opérations chirurgicales sous différentes formes d’anesthésie, la pose d’un stent cardiaque, de la chimiothérapie, des rayons (pour différents cancers en 2018 et 2019). À travers tout cela, les docteurs ont fait ce commentaire que je supportais particulièrement bien les traitements.

Mais les soucis reviennent en 2020. Un ami a dit : « c’est comme si tu étais sans cesse caillassé ». C’est bien ainsi que je me sens. Je récupère, mais pas jusqu’au point où j’étais précédemment – même en changeant d’hygiène de vie et en faisant plus d’exercice.

J’envisage également la mort, que je considère depuis longtemps comme une amie, avec de plus en plus d’affection. On se reverra bientôt, les copains !

Et cela a tout à voir avec la foi. Il n’y a pas de meilleure explication qu’il doit en être ainsi que la première lettre de saint Paul aux chrétiens de Corinthe (chapitre 15). Non seulement Paul certifie avec assurance la résurrection du corps, mais il le fait avec une éloquence et une clarté de langage qui rivalise avec Dante, Thomas d’Aquin, Shakespeare et quantités d’autres écrivains et artistes (il les a sûrement influencés).

La plus spectaculaire de toutes les promesses du Christ est la résurrection du corps. Jésus, comme le dit saint Paul, est « les prémices de ceux qui sont tombés endormis » (15:20) et lorsqu’Il reviendra, tous ces dormeurs s’éveilleront, comme le Christ l’a fait le troisième jour, surgissant – comme Il l’a fait – avec un corps intact.

Je dis « intact », mais ce n’est pas tout-à-fait cela. Pour quiconque enseveli depuis un moment dans un cimetière, ne parlons même pas d’un colombarium, le corps ne sera pas tel qu’il était dans la vie. Savoir s’il y aura une scène digne d’un film d’horreur au moment de la réanimation des corps en décomposition, je l’ignore.

Peu importe, car il est clair que nous emporterons au Ciel un corps renouvelé. Ainsi que Paul l’a écrit :

Le soleil a sa splendeur propre, la lune en a une autre et les étoiles une autre encore ; et chaque étoile a sa splendeur propre qui n’est pas celle d’une autre étoile. Il en sera de même avec la résurrection des morts. Le corps qui a été semé périssable, renaîtra impérissable ; il a été semé dans le déshonneur, il renaîtra dans la gloire ; il a été semé faible, il renaîtra puissant...(15:41-43)

Dans la cité céleste, la splendeur de ces corps impérissables, glorieux, puissants, n’existera peut-être pas pour effectuer toutes les anciennes fonctions nécessaires à la vie terrestre, bien qu’il soit clair que nos corps seront humains, tout comme le Christ était humain et reste humain après sa Résurrection.

Le corps terrestre possède des pouvoirs irrésistibles. Je ne fais pas seulement référence à nos passions physiques – cette sorte de pouvoir qui peut nous induire en tentation. Celles-là, nous pouvons leur résister, moyennant une pieuse et priante discipline. Je parle du fatras des nécessités biologiques, sur lesquelles nous n’avons que peu ou pas de contrôle du tout : respirer, dormir, manger et boire. Jusqu’à ce que mort survienne, le corps ne cesse de courir après sa propre nature, c’est pourquoi, quel que soit son degré de souffrance et de désespoir, personne n’a jamais pu se suicider en retenant sa respiration.

Souvent, les gens s’entêtent, disant sur le ton de la plaisanterie : « j’ai des besoins ! » Mais – et voici du grain à moudre pour la pensée – que dirons-nous quand cela ne sera plus vrai ? Quand tout besoin imaginable sera comblé en tout moment de l’éternité ?


Illustration : « le Jugement Dernier » par Michel-Ange, peint de 1536 à 1541 [Chapelle Sixtine, palais du Vatican] Peinte un quart de siècle après l’achèvement du plafond de la Chapelle, la fresque au-dessus de l’autel montre les ressuscités montant ou descendant vers leur juste destin.


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