Contre toi, et toi seul, j’ai péché

mercredi 27 février 2019

Dans son homélie, prononcée dimanche soir à Notre-Dame de Paris, Mgr Michel Aupetit est intervenu directement sur les scandales qui atteignent l’Église. Il n’a pas hésité à reprendre l’expression «  tous pourris  » employée souvent d’ailleurs à tort contre la classe politique. L’archevêque de Paris a voulu simplement expliquer, à partir de la Sainte Écriture, que l’Église n’était pas étrangère à la réalité du péché, qui pouvait aussi l’atteindre, voire la corrompre. «  Contre toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait.  » Traditionnellement, le psaume 50 est mis dans la bouche du roi David, se repentant de son crime atroce. Sans cette dimension de la faute reconnue comme rupture avec l’amour de Dieu, l’Église n’a rien de fondamental à exprimer, sauf à se rallier aux canons de la justice ordinaire. C’est pourquoi le Pape a tenu à rappeler aux présidents des conférences épiscopales qui l’entouraient qu’il ne convenait pas de s’en tenir à une attitude «  justicialiste  » face aux scandales des abus sexuels, mais de les envisager avec le regard de pasteurs éclairés par la foi.

Les associations de victimes qui se sont dites déçues des résultats de cette rencontre n’ont sans doute pas été sensibles à cette dimension et on peut les comprendre. Sont-elles pour autant fondées à déclarer que l’occasion a été ratée, parce que les décisions fondamentales n’ont pas été prises «  en faveur de la tolérance zéro dans le contexte de prise de conscience de l’humanité  » (François Devaux, président de La Parole libérée) ? Mais le détail circonstancié des décisions nécessaires n’était pas contenu dans le discours conclusif du Pape. Il le sera dans les mesures concrètes qui seront annoncées dans plusieurs documents en cours d’élaboration. Il faudra un certain temps pour qu’elles entrent dans les faits, en fonction des contextes culturels divers des Églises particulières. Il est arbitraire de prétendre que rien n’aurait été décidé. L’Église catholique est la seule institution au monde qui ait pris conscience de la gravité du mal et mobilisé ses énergies pour en venir à bout.

Car le mal est universel. Le Pape a eu amplement raison de le rappeler, à l’encontre d’une information sélective qui donne le sentiment d’avoir fait de l’Église catholique le lieu privilégié de la perversion. Plût au Ciel que la détermination de François entraîne des initiatives analogues dans les autres secteurs de la société ! Par ailleurs, on n’oubliera pas non plus l’hommage rendu à l’ensemble des prêtres du monde, bons serviteurs de l’Évangile. Car il n’est pas vrai qu’ils soient tous pourris. En dépit de l’ignominie du scandale, continue de briller une aspiration à la sainteté, qui seule est en mesure de défier la puissance du mal.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Le texte du Pape référencé ici nécessite d’être expliqué :
    "le Pape a tenu à rappeler aux présidents des conférences épiscopales qui l’entouraient qu’il ne convenait pas de s’en tenir à une attitude «  justicialiste  » face aux scandales des abus sexuels, mais de les envisager avec le regard de pasteurs éclairés par la foi."
    Pourriez-vous le faire, s’il vous plaît ? Ou nous indiquer une référence où cela serait fait ?
    Merci par avance,
    Bien à vous,
    Christian BERENBACH

  • On saura gré à Gérard Leclerc d’avoir rapporté les mots de Mgr Aupetit, du rappel du psaume 50 et le passage du "crime atroce" perpétré par le roi David. En effet, "sans cette dimension de la faute reconnue comme une rupture avec l’amour de Dieu, l’Eglise n’a rien de fondamental à exprimer sauf à se rallier aux canons de la justice ordinaire". C’est sous cet éclairage que le discours du pape au sortir de la Rencontre de février a le plus de chances d’être perçu, spécialement ce passage : "L’heure est venue de trouver le juste équilibre de toutes les valeurs en jeu et de donner des directives uniformes pour l’Eglise en évitant les deux extrêmes d’un justicialisme provoqué par le sens de la faute en raison des erreurs du passé et de la pression du monde médiatique et d’une auto-défense qui n’affronte pas les causes et les conséquences de ces graves délits".

    Pour aller plus loin : l’allocution de Valentina Alazraki, la dernière de la Rencontre de février dernier, a été remarquable de clarté. En l’écoutant souligner la nécessité de coopération avec les journalistes et la presse dans la recherche de la vérité, on saisit sa compréhension du journalisme comme étant non seulement une profession ou un métier, mais une mission, sinon une vocation. Mais elle a aussi reconnu des erreurs parfois , des informations mal présentées ou erronées ou encore déformées et faussement divulguées. Il n’empêche que, pour cette journaliste qui couvre bien des événements du Saint-Siège depuis de très longues années, l’Eglise "doit jouer en attaque et pas en défense", autrement dit être fin capable d’affronter les problèmes en amont au lieu d’avoir à les subir.

    A méditer... Peut-être...

  • Si le mal de la pédophilie est universel et doit être combattu dans tous les secteurs, l’ Église et ses prêtres qui ont tant fait peur par le passé avec le péché l’ enfer,la condamnation et j’ en passe , au détriment de l’amour et du pardon, a tout de même une responsabilité bien plus grande face à ce fléau et notamment devant Dieu ! Comment demander à se confesser , alors que les prêtres se pardonnent eux mêmes ! Et quand on apprend aujourd’hui les viols de sœurs , les avortements , on est pas au bout de nos surprises ! quelle honte et scandale.
    Quand on regarde nos cardinaux je ne pense pas qu’ils jeûnes souvent !!! le confort et la richesse se déploie au monde entier.
    Oui l’ Église a besoin d’une véritable réforme et d’un retour à beaucoup plus d’humilité aux yeux du monde et du peuple chrétien.

  • "Oui, l’Eglise a besoin d’une véritable réforme et d’un retour à beaucoup plus d’humilité aux yeux du monde et du peuple chrétien", bien sûr, et en ajoutant que l’humilité doit se placer aussi devant Dieu, n’est-ce pas, rierke bertrand ?

    "L’Archevêque de Paris a simplement voulu expliquer à partir de la Sainte Ecriture que l’Eglise n’était pas étrangère à la réalité du péché qui pouvait aussi l’atteindre, voire la corrompre". Et lors de conférences épiscopales sur les atroces crimes sexuels sur des enfants "le pape a tenu à rappeler... qu’il ne convenait pas de s’en tenir à une attitude "justicialiste"... mais de les envisager avec le regard de pasteurs éclairés par la foi". N’est-ce pas ce qui s’appelle aller bien plus loin encore que la "justice ordinaire" ?...Dans cette vaste perspective, comment ne pas reconnaitre des paroles justes et responsables ?

    Merci au Seigneur de guider les serviteurs de l’Eglise sur les routes piégées.

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