Contre le déclinisme ecclésial

par Gérard Leclerc

mercredi 24 octobre 2018

Nous n’avons pas caché, dans ce journal, la crise que vit actuellement l’Église, à la suite des scandales d’abus sexuels qui ont été révélés ces derniers temps. La France, elle-même, est touchée, sans doute dans une moindre importance que les États-Unis, mais les dommages qui résultent des défaillances de l’autorité dans la gestion des affaires qui ont affecté les diocèses, ont produit des dégâts psychologiques aux effets durables. Que l’Église universelle et notre Église particulière soient déstabilisées par un pareil drame n’est pas douteux. La prise de conscience qu’entraîne un tel séisme moral affectera très longtemps les esprits et les cœurs, d’autant que les dommages causés sont inestimables.

Cependant, le découragement serait la pire des réponses, il aggraverait le mal plus qu’il ne le guérirait. Ce qui s’impose d’abord à notre Église, c’est une cure de lucidité. Nous avons souffert moins de ce qu’on appelle la culture du secret que du désarroi profond d’une hiérarchie confrontée dans les années 90 à une réalité qu’elle avait peine à identifier et qu’elle ne savait pas traiter. Effrayée par le scandale possible, elle croyait qu’il fallait faire silence. Non informée de la nature de la pathologie, elle ne savait que faire des coupables qu’il aurait fallu retirer du ministère. La plainte des victimes n’était pas alors perçue, d’autant que la plupart ne pouvait parler. Il nous est facile, aujourd’hui, avec la distance, de condamner les évêques dont nous déplorons l’incapacité et les fautes de gouvernement. Nous bénéficions d’une connaissance du dossier qu’ils n’avaient pas alors. Des mesures sérieuses peuvent être prises dorénavant, et il faut souhaiter que la rencontre à Rome de tous les présidents des Conférences épiscopales, décidée par le pape François, débouche sur des conclusions nettes et impératives.

Toute épreuve doit trouver en elle-même les ressources d’un sursaut. C’est spécialement vrai dans l’Église, où la conscience de la faute doit déboucher sur le pardon et la guérison. La méditation de l’Écriture indique que même la primitive Église n’a pas été indemne de chutes graves, suivies de rebondissements. De l’Église d’Éphèse, il est dit dans l’Apocalypse qu’elle a abandonné sa ferveur première et qu’elle doit se repentir et revenir à ses œuvres d’autrefois. C’est toujours à l’arbre de la vie que nous devons de guérir nos blessures. Cependant, il convient d’ajouter qu’il serait coupable d’associer à la faute d’une minorité l’ensemble du corps sacerdotal, qu’il convient au contraire d’accompagner dans la prière et l’affection. Il est exemplaire et demeure le gage de la continuité et de la fécondité accomplies dans la dynamique inextinguible de l’Esprit.

Messages

  • Avec du recul le moment serait-il venu pour enfin avoir sur les événements un regard mieux ajusté et partant plus réaliste ? L’article de Gérard Leclerc invite à la sérénité permettant une évaluation équilibrée des faits de l’Eglise catholique. Car c’est de son clergé qu’il s’agit puisque - c’est une évidence - les informations, pétitions et autres accusations en tous genres ont été jetées pêle-mêle sur la place publique de façon spectaculaire dès la sortie aux USA de "Spotlight". Ce film sur la découverte à Boston par des journalistes d’abus perpétrés par - et uniquement - des prêtres catholiques aura été comme le déclencheur d’attaques parties comme une traînée de poudre un peu partout contre des prêtres de cette seule Eglise, des prêtres devenus "les" prêtres de l’Eglise catholique.

    Gérard Leclerc souligne à raison que l’Eglise dès ses débuts a connu des périodes sombres ; ailleurs, dans un article de qualité, Carrie Gress rappelle que "les prêtres sont eux aussi les produits de notre société disloquée". Loin d’essayer de trouver des excuses à de graves abus commis par des prêtres, cette parenthèse est ouverte pour rappeler qu’ils sont, comme nous tous, membres du contexte où ils évoluent. A partir de là on peut avancer que de tels abus peuvent exister dans nombre d’Institutions et doivent donc être considérés, au-delà de la seule Eglise catholique, pour ce qu’ils sont aussi : un fait de société.

    A propos de "société", quelqu’un disait qu’on ferait mieux de s’interdire des discours-chloroforme sur, entre autres, l’âge de la majorité, et de plutôt regarder autour de soi : ne sont pas rares les jeunes - majeurs(es) où pas encore - à vivre en concubinage ou à "flirter" ici et là ; comme il existe aussi des filles de 13 - 14 ans qui ne sont plus des adolescentes, mais des femmes ayant acquis une expérience des choses du sexe et nul besoin de jumelles pour saisir chez elles des regards et des postures auxquels les plus "blindés" seraient incapables de résister.

    Qu’aura-t-il donc manqué à cette jeunesse pour garder sa fraîcheur et voir la vie, malgré les difficultés, comme une aventure ponctuée de vrais petits bonheurs...

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