Contre l’État impartial

par Gérard Leclerc

mercredi 24 octobre 2012

Madame Vallaud-Belkacem, entend que la puissance publique exerce désormais une direction sur le contenu de l’enseignement scolaire dans le but de banaliser l’homosexualité. C’est ainsi que les manuels scolaires devraient être passés en revue pour y vérifier la représentation de ladite homosexualité : « Aujourd’hui, explique la ministre qui est porte-parole du gouvernement, au magazine Têtu, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (Lesbienne, Gay, Bi et Trans) de certains personnages historiques et auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre, comme Rimbaud. » J’avoue que ces propos m’ont stupéfié, même si j’ai appris à encaisser des propos encore plus révoltants que ceux-là. Ce qui m’a stupéfié, c’est une prise de position qui se réclame de l’autorité de la puissance publique pour intervenir dans un domaine qui est celui des consciences.

Mais rapidement un mot sur l’exemple proposé. Pour autant que je me fie à mes propres souvenirs scolaires, rien ne nous était caché de la relation entre Rimbaud et Verlaine, à une époque où l’on était sans aucun doute plus pudique. Nous n’ignorions rien des orientations sexuelles d’un Proust ou d’un Gide. Madame Vallaud-Belkacem nous prend donc pour des esprits un peu demeurés. Mais de plus, si l’on s’intéresse au cas de ces deux poètes, même sur le terrain des orientations intimes, les choses sont infiniment plus complexes. Notre ministre ignore-t-elle que le second Rimbaud, l’aventurier qui avait quitté ses Ardennes pour les terres arides d’Abyssinie, s’était trouvé une compagne. Nos lycéens vont-ils être invités à réfléchir à ce changement d’orientation au risque d’un réel trouble dans l’idéologie LGBT ?

Mais j’en reviens au fond. Ce qui est gravissime, c’est ce que le philosophe américain Rawls aurait appelé le dévoiement de l’État impartial au profit d’une action idéologique particulière. Cela commence par une intervention violente en littérature et en histoire. Cela se prolongera-t-il dans l’obligation d’apprendre ce qu’Orwell appelait une novlangue, un nouveau langage obligatoire décrété par la police de la pensée ? Attention danger ! Le défi est grave, pour notre liberté et la défense de notre conscience.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 24 octobre 2012.

Messages

  • C’est vraiment à un déferlement de stupidité que l’on assiste. Voilà maintenant que l’État (cela ne date du reste pas d’aujourd’hui) va dicter quelle histoire il faut enseigner, comment il faut aborder les auteurs littéraires et, pourquoi pas, à quelle philosophie on doit faire référence !

    Madame Vallaud-Belkacem nous prendrait-elle pour des imbéciles ? En l’occurrence, comme Gérard Leclerc, je ne me souviens pas que le lien particulier entre Verlaine et Rimbaud nous ait jamais été caché (et je faisais mes études à peu près à la même époque que lui, c’est-à-dire, du moins au lycée, avant 1968...). De même, en philosophie, il était impossible d’évoquer Le Banquet de Platon sans faire allusion à certaines moeurs. Nous n’étions tout de même plus dans le contexte de l’Université de Cambridge de 1909 et de l’Angleterre edwardienne telle que nous la restitue avec tant de bonheur James Ivory dans son film magnifique, d’après le roman (tout aussi remarquable) d’E.M. Forster, Maurice.

    Il est clair que l’on veut banaliser l’homosexualité et, plus généralement, le primat des orientations sexuelles sur la différence des sexes, à la seule fin de satisfaire des minorités de pression dont l’idéologie est fort bien ajustée à l’évolution libérale-libertaire de la culture contemporaine.

  • Je ne peux que confirmer ce que disent Gérard Leclerc et Yves Floucat. Il y a des décennies nos professeurs ne nous cachaient nullement la nature des relations de Rimbaud avec Verlaine. Et alors ! Cela ne mettait pas en cause le génie de ce deux poètes, ni les justifiaient d’ailleurs
    Oui, cette dame nous prend pour des demeurés, mais à l’époque on avait l’élégance de ne pas nous l’assener au nom d’une idéologie aussi lourdement chargée et de ne pas faire à ce propos une basse propagande digne des prédictions orwelliennes.

    Demain, qui n’aimera pas un écrivain homosexuel - qu’il le soit qu’une partie de sa vie ou non- se verra montrer du doigt. Il ne faudra plus aimer pour le talent mais aimer pour faire plaisir aux lobbies. Mais quelle pitié, quel écœurement !

    .Il serait temps de résister vraiment et sans finasseries si nous ne voulons pas perdre toute liberté d’esprit et vivre à l’état de mollusques dignes du Grand Inquisiteur de Dostoïevski. Recevoir notre pâtée comme des chiens et nous endormir paisiblement pour le néant.

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