Consensus sur le Panthéon ?

par Gérard Leclerc

jeudi 28 mai 2015

Un étrange consensus semble régner à propos du Panthéon. Ne m’y suis-je pas moi-même rallié dans mon intervention d’hier en reconnaissant le bien-fondé d’un moment d’unanimité nationale ? Ce n’est pas être en règle avec l’histoire de faire croire, pourtant, que ce grand bâtiment mémoriel signifie purement et simplement l’unité substantielle de la nation. Dès l’origine, la sécularisation de l’église Sainte Geneviève marque une sérieuse césure historique. C’est la Révolution française qui veut inventer une nouvelle sacralité qui corresponde à son identité, et il n’est pas anodin que cela se fasse au moyen de la désacralisation d’une église catholique. Les différents régimes qui se succèderont au XIXe siècle marqueront leur différence par leur volonté de revenir à l’église Sainte Geneviève ou de confirmer la rupture révolutionnaire.

On pressent déjà toute l’ambiguïté du concept de laïcisation, puisqu’il y a une dimension métaphysique dans le statut que l’on donne ou on refuse de donner au Panthéon. Cette dimension, Philippe Muray l’a mise en évidence avec force, et presque cruauté, dans son essai mémorable intitulé Le dix-neuvième siècle à travers les âges. Il ne manque pas de rappeler que la croix qui dominait le dôme fut enlevée la veille de la panthéonisation solennelle de Victor Hugo. Le mage de Guernesey avait abondamment, lui aussi, joué avec les symboles et il se retrouvait à l’unisson de tout un courant qui se distingue dans une sourde opposition à l’eschatologie chrétienne. Muray parle de « théophobie dix-neuvièmiste ».

On n’en est plus là ? Je le souhaite sans en être tout à fait sûr. Il y a tout de même un problème pour les familles chrétiennes qui voient les leurs quitter leurs tombes pourvues d’une croix pour une nécropole dépourvue de signes religieux. C’est peut-être pourquoi deux au moins des cercueils d’hier étaient vides, les dépouilles mortelles des deux résistantes honorées demeurant, si j’ose dire, en terre chrétienne. Elles n’en sont pas moins républicainement présentes au Panthéon.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 28 mai 2015.

Messages

  • qui donc est entré au Panthéon si les cercueils étaient vides ?

    • cf. : 28 mai 19:16

      Si ma recherche s’avérait juste, et pour essayer de répondre à cette question, ce n’est pas "qui" est entré au Panthéon... c’est quoi. En effet, d’après les informations recueillies il semblerait que dans les cercueils de Germain Tillion et de Genviève Anthonios de Gaulle, il y avait une urne contenant de la terre prélevée sur leur tombe respective. La famille de Germaine Tillion ayant refusé que son corps soit exhumé, et une des dernières volontés de Geneviève de Gaulle Anthonioz ayant été de reposer en Haute-Savoie auprès de son mari.

      C’est pourquoi - je l’avoue avec un peu de retard -, étant au courant de la question - j’ai éprouvé comme une sorte de, comment dire, de gêne en entendant le président de la République inviter les quatre "panthéonisés" à entrer "chez eux"... Je sais que cela peut paraitre idiot, mais j’aurais vraiment préféré que la vérité soit dite au sujet des deux cercueils en question. Cela n’aurait en rien, du moins je le pense, enlevé au faste de la cérémonie républicaine, tout en respectant le droit à la vérité du peuple de France.

      Et puis, "quand presque tout le monde sera au courant de la vérité sur les deux cercueils, ce sera comme comme un pied-de-nez involontaire et post-mortem aux autorités".(voilà ce que m’a dit, hier soir, un des fils - 19 ans - de mes voisins. Qui a aussi ajouté :" et alors, comment savoir si les deux autres cercueils contenaient les restes des défunts ou de la terre ?"). Il m’a été difficile de répondre. Je n’ai pas répondu. Ce garçon m’a posé une colle...

  • Le monde est en perpétuel mouvement. Laissons a ce gouvernement le soin de finir son oeuvre de déchristianisation. Le retour de balancier viendra naturellement. Gardons la foi.

  • Je ne connais pas de monument plus sinistre que le Panthéon.

    On touche ici les limites de la "religion républicaine"...

    Quant à l’esthétique, je préfère celle du mausolée de Lénine qui rompt clairement avec toute transcendance. Sur la Place rouge, il y a l’église de Saint-Basile le Bienheureux pour faire monter les pensées vers le ciel, et le mausolée pour mettre en garde "l’humanité" contre les forces telluriques...On devrait seulement évacuer la momie de Lénine comme on l’a fait pour Staline. Ce serait encore plus évocateur : ne cherchez pas, il n’est plus ici, il est enterré juste derrière...

    Pourvu qu’on ne colle jamais De Gaulle au Panthéon...surtout qu’on finira bien par y mettre Mitterrand...

  • Déporter quelqu’un de chrétien au Panthéon , qui repose en terre consacrée, c’est outrager un mort. j’apprends avec retard , je le confesse les familles de Germaine Tillon et de Geneviève Anthonioz se sont opposées à ce transfert, c’est une bonne nouvelle. La piété a triomphé de l’impiété. Maintenant libre aux serviteurs de cette impiété de s’y livrer.

    • Sans intention de revenir sur l’historique du Panthéon(au départ église dédiée à Ste Geneniève) et aux modifications qui y ont été apportées au gré des sensibilités politiques ou autres, il est un détail qui m’intrigue. Tout d’abord, en avouant que mon passage devant ce monument date de quelques années, je ne me souviens plus si le dôme était surmonté d’un antenne,ou d’un paratonnerre, et si annexé d’un croix ou pas. Peu importe, c’est le fronton qui me pose question, car j’y avais lu : "Aux grands hommes la patrie reconnaissante". Vu que cet édifice dédié à tous les dieux contient les restes de femmes aussi, même en moins grand nombre que les hommes...Ne faisant pas partie du collectif de parité, je me pose simplement la question... Même si notre société est submergée par toutes sortes de théories, y compris avait-on lu, celle du gender...Mais il est tout aussi vrai que j’avais vu et entendu en son temps Mme la ministre de l’ Education assurer : "Il n’y a pas de théorie du genre, ç’est comme le Loch Ness, ça n’existe pas"...
      Que venait faire le Loch Ness là-dedans ? Il y a tant de choses qui ne devraient exister qui existent.

      Il est peut-être aussi une tradition qui interdit de toucher aux inscriptions historiques. En effet, quelle ne fut ma surprise, il y a là aussi quelques années, en passant devant une prison dans le XIIIe arrondissement de Paris, de lire au dessus de la grande porte d’entrée : "Liberté, égalité, fraternité".

      Et, de manière plus amusante cette fois, ces boitiers rouges vitrés contenant un petit marteau disséminés ça et là à quelques mètres de distance sur des murs de la capitale, avec ce judicieux conseil : "En cas d’incendie briser la glace"...

      Tout ceci dit, je ne peux, à mon tour, que me réjouir que ces deux grandes et inoubliables figures : Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-de Gaulle reposent en paix chez elles, auprès des leurs, dans cette terre de France à laquelle elles ont tout donné.

      Il me sera, quand à moi, plus facile de les rejoindre par la pensée, sans avoir à me déplacer dans la capitale et franchir le seuil du Panthéon muni de l’obligatoire ticket d’entrée...

      Chères vraies grandes dames, merci !

    • Gemayel,

      La réponse à la question que vous vous posez est dans le texte ci-après de l’académie française.

      "Comme bien d’autres langues, le français peut par ailleurs, quand le sexe de la personne n’est pas plus à prendre en considération que ses autres particularités individuelles, faire appel au masculin à valeur générique, ou « non marquée ».

      http://www.academie-francaise.fr/actualites/la-feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-ou-titres-mise-au-point-de-lacademie

    • Précision : étant parfaitement au courant du texte daté du 13 octobre 2014 de l’Académie française à propos de la "féminisation" de certains mots (sujet qui m’est parfaitement égal par ailleurs) la tournure que j’ai commise par le clin d’oeil un tantinet ironique au "collectif de la parité" est explicite. D’aucuns ont, en effet, compris que la question que je ME posais était juste une entrée en matière me permettant de rebondir de façon discrète sur la nouvelle et infaillible, parait-il, pédagogie initiée par le ministère concerné visant à faire avancer nos enfants sur la voie de l’éducation et de la culture... Néanmoins, et imaginant une volonté d’apporter un éclairage sur une question que je ME posais, je dois noter, une fois de plus, comment la précipitation peut obstruer la compréhension d’une idée suggérée et celle d’une expression écrite. N’était-ce pas plutôt l’évocation de la prison du XIIIe arrond’t de Paris qui aurait pu ou dû appeler, ici, à juste titre, une explication ? Pour dire la chose autrement : rappeler la raison première de l’utilisation de quelques-uns des édifices de notre pays (je citerais le couvent des Jacobins à Toulouse - des frères Dominicains - transformé en musée). Dans la même veine, si j’ose dire, l’illustre Panthéon parisien - auquel viennent magistralement d’échapper Germaine Tillion et Geneviève Anthonioz-de Gaulle -. Deo Gratias !

      Merci.

      N.B. Pour moi ce sujet est clos.

  • Pourquoi Jeanne d’Arc n’est-elle pas au Panthéon ? Il est vrai qu’elle était royaliste, chrétienne, mais femme, française et après tout elle a sauvé la France et fait naître le sentiment national... Evidemment, si le panthéon est une création républicaine, révolutionnaire...

    • cf. : 31 mai 09:47

      Les caractéristiques énumérées ci-dessus de Jeanne d’Arc,
      que nul ne saurait contester, et sans avoir à remonter à la date du premier locataire du Panthéon parisien, quelle réponse pourrait-on, en effet, donner à la question : "Pourquoi Jeanne d’Arc n’est-elle pas au Panthéon ?"...
      Tout en reconnaissant mon incapacité à répondre à cette question, je me contenterais de donner mon humble avis, un peu comme les gens du peuple sans bagage intellectuel ni politique ni spirituel : Jeanne d’Arc a été canonisée (après quoi !) et donc j’y reviens en disant : Sainte Jeanne d’Arc. Ceci dit, et bien que la Pucelle d’Orléans ait, à l’époque "bouté les Anglais hors de France", on pourrait admettre qu’elle avait aussi ses limites (avant d’être reconnue "sainte") Pour m’exprimer vulgairement : Jeanne d’Arc, toute sainte qu’elle soit, ne saurait être partout et en même temps : elle a déjà une belle place, une autre serait superflue, plus, inutile.

      "Messire Dieu premier servi", belle devise de Jeanne. Qui n’a rien à voir avec le Panthéon.

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