Comprendre le phénomène djihadiste

par Gérard Leclerc

jeudi 4 février 2016

Hier soir, sur France 2, un téléfilm intitulé Ne m’abandonne pas, du réalisateur Xavier Durringer traitait un sujet d’une terrible actualité. On en parle, à juste titre, tous les jours. Hier encore, Le Figaro titrait à la une sur les 8250 individus radicalisés, repérés par les services de l’État et qui constitueraient, selon l’éditorialiste Yves Thréard, autant de bombes humaines. Le téléfilm, loué par la critique, traite du côté intimiste de ce drame, puisqu’il est observé du point de vue familial, principalement sous le biais du combat d’une mère atterrée d’avoir découvert que sa fille, brillante lycéenne, avait décidé de rejoindre Daesh en Syrie. Comment rendre compte psychologiquement d’une telle dérive ? La jeune fille, radicalisée, n’est pas issue de ce qu’on appelle « les quartiers ». Ses parents appartiennent à la classe moyenne et ont intégré les critères d’un pays laïque.

S’agit-il à proprement parler d’une conversion religieuse ? Dans la mesure où la religion est étroitement associée à des objectifs politiques et s’incarne dans une cause extrémiste, il est difficile de parler d’un pur bouleversement de l’âme, d’une métanoïa mystique. Il y a d’ailleurs là-dessus des désaccords assez radicaux. Olivier Roy, on s’en souvient, parle d’une islamisation de la radicalité et non pas d’une radicalisation de l’islam. Mais on peut lui objecter que la conversion, dans 38 % des cas relevés, est à l’origine de l’engagement. La religion ne serait donc pas un simple habillage d’une volonté de puissance transgressive.

Mais comment entrer à l’intérieur des consciences ? Les parents sont souvent désorientés par leurs enfants radicalisés, ils ne comprennent pas comment cela a pu leur arriver. C’est comme s’ils leur étaient devenus complètement étrangers. Il faudrait peut-être prendre au sérieux ce qu’explique Jean Birnbaum dans son essai intitulé Un silence religieux. C’est la connaissance approfondie du phénomène djihadiste, principalement sous son aspect religieux, qui s’imposerait. Mais cet aspect-là relève aussi d’un registre particulier, qu’il faudrait étudier pour lui-même. On craint souvent de l’aborder, par scrupule à l’égard de la foi des musulmans. Mais ce sont aussi des musulmans qui nous conjurent de ne pas les abandonner dans un discernement critique, sans lequel la catastrophe s’amplifiera.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 février 2016.

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