Avec Jean Rivière

Comment vivre une vie plus simple ?

par Dominique Souchet, ancien député

jeudi 25 juillet 2019

© A. Pourbaix

Devant les impasses des idéologies de la déconstruction et de l’accélération, la recherche éperdue de sens qui hante notre époque trouve une réponse très actuelle dans un grand livre à succès : La Vie simple. Publié il y a tout juste cinquante ans par Jean Rivière, écrivain-paysan vendéen, il est aujourd’hui réédité. Pour notre bonheur.

Sur le socle d’une inspiration paysanne, Jean Rivière (1926-2002) a élaboré une pensée des limites qui peut toucher et nourrir tous nos contemporains. Il pressentait en effet qu’un temps viendrait où l’enchantement du progrès ne pourrait plus dissimuler son impuissance à répondre aux exigences de l’âme. Pourtant, au moment où fut publiée pour la première fois La Vie simple – son seul et unique livre ! – cette intuition était pourtant loin de faire l’unanimité. Nous étions alors un an après Mai 68 et son injonction du «  jouir sans entrave  ». Pourtant la prémonition de Jean Rivière était aussi juste que l’inquiétude exprimée par son éditeur, Robert Morel, dans l’achevé d’imprimer par lequel il clôt l’ouvrage : «  achevé d’imprimer par l’imprimerie de l’Indre à Argenton-sur-Creuse, quand les hommes commençaient à ne plus savoir comment on passe du printemps à l’été, en 1969  »... Ces lignes n’ont pas pris une ride !

Écouter les froments « pétiller au soleil »

C’est justement sur le rétablissement de ce lien vital, ontologique entre l’homme et le cosmos, que l’auteur voit progressivement se défaire, que va porter l’effort auquel il invite son lecteur. Pour le guérir de la tentation idéologique, Jean Rivière lui propose de (re)devenir attentif au réel, au donné : qu’il commence par regarder et écouter «  les froments pétiller au soleil  » de juillet !

Il va même jusqu’à envisager que le monde paysan puisse disparaître, si l’homme trouve une autre source de l’alimentation humaine que le produit de la terre. Mais même dans ce cas, il faudra absolument «  recueillir son savoir, ses manières de vivre conformes à la nature  », car «  le délire des hommes sur la liberté vient de leur délire sur la nature  ».

Plus loin, Jean Rivière précise ce qu’il entend par une «  pensée conforme à la nature  » : «  Ce n’est pas un raisonnement qui se supplée à un autre. C’est une conformité à ce qui est.  » Si «  toutes les terres sont Sœurs et toutes les villes – bien qu’elles se ressemblent – rivales  », c’est parce que «  ce n’est pas l’économie politique qui unit les hommes, mais le contact du fonds commun  ». À rebours d’une culture urbaine mondiale qui asservit en prétendant émanciper, cette redécouverte du «  fonds commun  », où les choses sont ce qu’elles sont indépendamment de nous, est réellement libératrice.

Éloge de la limite et de la joie

Le titre de cet ouvrage, La Vie simple, qui reçut le Grand prix catholique de littérature en 1970, dit tout. Par petites touches, Jean Rivière invite son lecteur à se donner un autre but que celui, accablant, de produire et de consommer à l’infini : «  Jusqu’à nos limites, nous avons une protection naturelle, au-delà il n’y a rien.  » À travers de multiples petites paraboles très concrètes, il nous parle d’un monde fini et qui pourtant n’est pas triste, parce que la conscience de sa finitude est au fondement de la liberté de l’homme.

À travers l’infime, il saisit le cosmique. Il fait l’éloge de la limite et de la joie que procure son intériorisation… C’est lorsque le travail intellectuel, explique-t-il, n’est pas personnel, lorsqu’il s’aligne sur un mouvement d’opinion, lorsqu’il «  reprend en seconde main des idées qu’il n’a pas gagnées, qu’il permet à notre sensibilité des désirs démesurés  ».

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine.

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