Comment parer au danger d’une guerre sociale aveugle

par Denis Lensel

mercredi 5 décembre 2018

Dans un premier temps, la vague des « Gilets jaunes » a été comme une réponse en forme d’effet-boomerang au leitmotiv électoral macronien du « en même temps » censé prendre en compte le destin de la France entière… : on a assisté à une sensibilisation commune de Français de tous bords, et à une mobilisation majoritairement pacifique mais très déterminée de citoyens très variés contre les mesures fiscales. Des mesures abusivement cumulées depuis de longues années par plusieurs gouvernements successifs, mais reprochées ici au gouvernement Macron, bouc émissaire désigné à une vindicte sans nuance.

Ces « Gilets jaunes » sont essentiellement venus de cette « France périphérique » de plus en plus négligée et reléguée dans son arrière-pays depuis la fin des « Trente Glorieuses » vers 1975 par une élite politique et sociale « européiste »… Cette France de seconde zone, appauvrie, longtemps restée muette, n’en pensait pas moins : elle était campée dans une méfiance extrême vis-à-vis du pouvoir central de la capitale parisienne, et vis-à-vis d’une classe politique perçue de façon sommaire comme technocratique, arrogante, hypocrite, malhonnête et déconnectée des réalités quotidiennes.

Mais dans un second temps, ce mouvement de novembre-décembre 2018 a présenté ces tout derniers jours un double phénomène de radicalisation de certains « Gilets jaunes » et de récupération politique du mouvement : on a vite senti l’influence virulente d’éléments « ultras » majoritairement marqués par une Gauche extrême. Ceci au nom de la lutte contre les effets d’un libéralisme économique international très mal vécu, auquel Macron est assimilé à son plus grand détriment. C’est alors que la violence a éclaté, jusqu’à un degré de type insurrectionnel, très dangereux pour la stabilité de l’Etat et pour la paix civile.

Non sans certaines incohérences, ce mouvement de protestation violente s’est amplifié tout en refusant globalement de désigner des représentants pour engager le dialogue avec le gouvernement Macron… Un gouvernement qui, lui-même à vrai dire, n’a cherché à discuter et à négocier que bien tardivement, après les émeutes de ce samedi dernier, ce 1er décembre à la fois brûlant et glaçant… C’est ainsi qu’on est arrivé à la redoutable situation de blocage de cette semaine, avec le danger d’un affrontement plus dur encore, et d’une nouvelle escalade funeste de la violence.

Il faut toutefois saluer l’initiative de quelques maires, surtout de petites communes, proches des citoyens, qui sont allés à la rencontre des « Gilets jaunes » : élus locaux disposant d’une assise populaire concrète, ils leur ont proposé de relayer leurs revendications auprès du gouvernement sur des « cahiers de doléances ». On peut y voir l’espoir de renouer un contact entre les protagonistes de ce conflit d’un type inédit, en le faisant sortir de l’absurde spirale où il a commencé à entrer.

Denis LENSEL

Messages

  • Cela faisait longtemps en effet que cela couvait.
    Le mépris et le contournement de votes démocratiques, le mensonge, l’hypocrisie... ingrédients dont on sait le succès éphémère.
    Mais faut-il amalgamer « gilets jaunes » même avec certains débordements de néophytes, et ceux qui ont profité de manifestations parisiennes , militants d’extrême gauche, banlieusards, pour y jouer le rôle qu’ils tiennent habituellement, de casseurs, pilleurs, habités par une volonté de puissance incendiaire ?
    Ces gens profitent de toute occasion pour cela... Le fait que les forces de sécurité aient été essentiellement regroupées, semble-t-il auprès des grands magasins et de l’Elysée, de certaines ambassades, laissant 20% des effectifs affronter tout cela a été bonne aubaine pour eux...
    De même, quand on lit les noms des personnes condamnées à des journées-amendes pour dégradations et vols à l’Arc de triomphe, on ne s’étonne plus que ce symbole ait pu même leur échapper : ce qu’ils ont pu entendre de l’histoire de France, que ce soit dans le cadre de l’école ou sur les tv étrangères ignore toute grandeur de ce pays, et le méprise...

    Concentrer images et reportages sur Paris relève a priori du même mépris, inconscient ?, et du même égocentrisme culturel de la part des journalistes que celui relevé des politiques...
    Là où il y a eu calme, entr’aide, courtoisie, avec la fermeté, n’a pas droit de cité télévisuelle...

    Jean Lassalle, au terme de son parcours pédestre avait relayé ce qu’il avait recueilli du « ras le bol », de l’annonce d’une catastrophe si les choses continuaient...
    Des politologues, sociologues, avaient eux aussi averti.
    On peut supposer que des préfets auraient pu informer le pouvoir...mais regrettaient ne pas être consultés eux non plus, être traités avec arrogance...eux aussi.

    N’est-ce pas là un fruit prévisible d’une culture du « bac +... » quitte à ce qu’il y ait peu de contenu dans les années suivant ce « plus »...la formation type publicitaire, consistant à enfumer et manipuler ayant pris le pas sur pas mal de choses, et conduisant inévitablement à ce mépris...
    Enfin, dans les ténèbres de l’intelligence de notre société, où même la raison se voit remplacée par le « slogan », publicitaire ou idéologique, matraqué par des media aux mêmes mains que la finance internationale et donc l’économie, peut-on raisonnablement attendre de ce cocktail une quelconque égalité ? Une réelle liberté ? Au service d’une vraie fraternité ?
    Ce que la foi chrétienne avait laborieusement construit, sans parvenir au bout du chemin, à été vite détricoté...

  • Oui, vos textes à propos des révoltes en France ont bien analysé la situation actuelle. Il y a dans notre France des gens, surtout des agriculteurs qui travaillent sans relâche et se désespèrent de ne jamais pouvoir remplir leurs dettes. Nombre, aussi, de personnes à mobilité réduite qui ne peuvent se rendre aux centres de soins (hôpitaux, cliniques, ...)
    S’il y a des solutions aux problèmes des seconds (organisations de transport individuel payé par la collectivité ou encore assuré par des bénévoles), il n’en est pas de même pour les agriculteurs. Ceux-ci disent ne pouvoir retirer de leurs bénéfices que quelques centaines d’Euros par mois pour vivre (environ 400 ou moins). L’Etat est bien le seul à pouvoir les aider.

    Mais, si l’on regarde la situation des salariés en France, on s’apercoit que les programmes sociaux y sont bien trop larges.
    Macron a bien réussi à réduire très...progressivement...les faveurs des cheminots, non sans réactions très vives de leur part. Où trouve-t-on encore des salariés avec six semaines de vacances ? Avec des “formations” payées par le gouvernement ? Avec deux ans d’assuranice chômage ? Avec un taux de journées d’absence au travail incroyablement haut ? Oui, le président a raison, il faut revenir à des critères plus raisonnables.

    La révolte des gilets jaunes a enflammé la population. Et oui, payer 50 Euro de taxes en plus n’est certainement pas agréable, mais qui est d’accord d’abandonner des privilèges pour être en mesure de payer moins de taxes ? Pourquoi les étudiants ne paient-ils pas leurs frais d’université ? C’est un investissement qui va leur rapporter. On a vu que même la proposition de Macron de faire payer les étudiants étrangers a suscité des révoltes. Les étudiants se sont indignés que dans ces conditions seulement les plus riches pourraient venir étudier en France, mais ne savent-ils pas justement que ce sont les plus riches qui viennent ? Macron est dans l’impossibilité de faire des réformes sans que tout le monde conteste.

    Bien sûr, il est outrageant de voir les milliards qu’empochent les PDG des multinationales, mais comment régulariser cela sans nuire à l’economie ?

    Nous espérons que les français vont réaliser qu’ils sont pour l’instant des privilégiés et que sans réforme au plus tôt, leur économie ne maintiendra pas son niveau actuel et pire, la pollution engendra encore des effets bien plus graves.

  • Certains commentaires sont navrants. Décidément, les catholiques ou ce qu’il en reste sont d’indécrottables centristes ou des sociaux démocrates complètement déphasés. On aimerait dans l’Eglise entendre un message fort, un cri à la Clavel, une révolte à la Bernanos ! nul doute, violence ou pas, qu’ils auraient été eux dans les manifestations à côté de la France "zombie" qui enfin gronde et se met en colère, crie qu’elle ne veut pas mourir.
    Derrière ce peuple tout cabossé, vide matériellement et spirituellement, n’est-ce pas le vieux pays dont la mort est programmée par ses élites qui se dresse rageur et dont la haine risque de tout emporter sur son passage ? mais qui a distillé la haine depuis quarante ans ? quelle que soit l’issue de cette rage, les élites auront tremblé pour la première fois, il n’est qu’à voir et entendre leur sidération, ce qui est moins compréhensible c’est la sidération des évêques et de beaucoup de catholiques.
    Enfin, l’Eglise n’a rien d’autre à dire à ces français qui sont pour la plupart issus de la vielle France rurale sacrifiée et qui ne se souviennent plus ou si peu qu’ils furent sans doute baptisés ? l’église d’ailleurs a-t-elle encore quelque chose à dire de la France ou à la France ?
    on apprend par quel miracle ? que l’on va prier pour la France, cela fait bien longtemps que de telles prières ont été abandonnées : sont-ce des prières pour la France ou des prières pour que le vieux pays redevienne "raisonnable" et que l’on puisse manger la dinde en toute sérénité loin des ploucs et des bouseux retournés à la niche et reprendre le cap si cher à la Macronie ?
    Les églises abandonnées de la vieille France "périphérique" crient aussi leur colère, si ce ne sont plus les vivants qui les visitent et bien j’aime à penser que les morts se dressent et accompagnent la rage et la colère des "gilets jaunes" qui se définissent souvent comme le peuple de France.
    Suis-je contente d’un visage insurrectionnel du mouvement quand on voit l’entrisme de certains se développer, bien sûr que non, je suis triste pour la France mais ceux qui l’aiment ne sont-ils pas dans la douleur de la voir depuis quarante ans s’enfoncer dans le déni de soi, dans la paupérisation et la laideur, la mort de l’intelligence, l’arrogance et le mépris de ses élites qui la détestent ?
    J’avoue avoir été fière de cette révolte, je n’y croyais plus, nous étions tellement apathiques et avions supporté tellement de choses sans broncher : les français m’ont épatée.
    L’appel des évêques pour moi a rejoint celui de toutes les institutions qui veulent "dialoguer" mais qui depuis si longtemps ont trahi, on attend des catholiques une réaffirmation de l’espoir dans le pays et non une demande de motion de synthèse hollandaise. C’est au Roi président de parler et de nous parler surtout de la France et de son avenir : malheureusement, je crois qu’il se rendra d’abord à Marrakech, puis peut-être à Bruxelles pour rassurer sur les 3%., courir derrière Mme Merkel qui se fout de lui et surtout de nous...La France est morcelée en trois ou quatre France : tout est prêt en effet pour une tragédie...on imagine si nous avions un soljetnitsyne français ce qu’il crierait : y a-t-il un évêque qui pourrait enfin parler du vieux pays qui fut chrétien et grand, l’épiscopat a-t-il honte de cela ? au lieu de nous rédiger des motions insipides ?

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