Apologétique

Comment Jésus peut-il donner sa chair à manger ?

par Charles Becquérieux

mercredi 19 juin 2019

Pour la Fête-Dieu, le 23 juin, ou fête du Saint-Sacrement, début d’une série de trois épisodes sur l’eucharistie à découvrir dans les prochains numéros de France Catholique.

Certains affirment qu’en disant «  Ceci est mon corps  », Jésus a simplement fait une métaphore : «  Mon corps est comme ce pain que je vous donne  ». À quoi l’on répondra que si Jésus avait fait une métaphore, il l’aurait sûrement expliquée aux disciples, comme il en avait l’habitude. «  Il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples  » nous dit saint Marc (Mc 4, 34). Dès lors, pourquoi n’aurait-il pas donné d’explication à ce moment-là ? Certains répondront : parce que le caractère métaphorique était trop évident ! C’est comme lorsque Jésus dit qu’il est «  le chemin  » ou «  la porte  » : tout le monde comprend que Jésus ne se prend pas pour une porte ! Nul besoin d’explication. De même, diront certains, il était évident qu’il n’affirmait pas la présence réelle de son Corps dans un bout de pain.

Les disciples ont retenu le sens littéral

Admettons. Mais alors, on se retrouve avec un autre problème : si le caractère métaphorique était si évident, pourquoi, dès les premières années après la mort du Christ, les disciples ont-ils retenu la signification littérale, et non le sens imagé (voir saint Paul, I Co. 11, 23-29) ? Pourquoi les disciples, à qui le Christ expliquait tout, ont-ils cru en la présence réelle du corps et du sang du Christ dans le pain et le vin consacrés ?

Eh bien, justement, et c’est notre hypothèse : parce que Jésus leur avait bien fait comprendre qu’il ne faisait pas une métaphore ! Rappelez-vous : les disciples avaient déjà entendu parler de ce mystère, à Capharnaüm (Jn 6, 48-60). Et, cette fois-là, les disciples – pas plus crédules que n’importe qui – avaient protesté. Ils avaient demandé des explications. Certains même, scandalisés, avaient décidé de quitter le groupe : «  Dès ce moment, plusieurs de ses disciples se retirèrent, et ils n’allaient plus avec lui.  » Jésus leur avait dit : «  Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel […] Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde.  » Les disciples, comme nous, ne comprennent pas, se récrient, croient avoir mal entendu : «  Comment peut-il nous donner sa chair à manger ?  » (Jn 6, 52)

Chacun doit choisir d’accepter ou non

Or, que fait le Christ ? Bien loin de les rassurer en donnant une interprétation plus acceptable, il insiste : «  En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’avez point la vie en vous-mêmes  » (Jn 6, 53-58). Et encore ceci : «  Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle.  »

Les manifestations d’incrédulité reprennent parmi les disciples : «  Cette parole est dure ; qui peut l’entendre ?  » (Jn 6, 60) Jésus, ironique, leur lance alors : «  Cela vous scandalise ? Qu’est-ce que ce sera quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !  » Par ces mots, Jésus met les points sur les «  i  » et met chacun en mesure de faire son choix. Si l’on est capable d’accepter l’idée que Jésus est Dieu, alors on ne trouvera rien d’impossible à ce qu’il donne sa chair à manger. Si on la refuse, alors inutile de rester.

Étrange et perturbant

Nous autres, lecteurs modernes, sommes tentés de nous dire : «  Mais pourquoi donc les disciples n’ont-ils pas pris ces paroles au sens figuré ?  » Tout simplement parce que c’était impossible ! Dans la langue araméenne, «  manger la chair de quelqu’un  », au sens figuré, ne signifie absolument pas s’unir à la personne en question, mais la haïr, la persécuter et même la tuer. L’interprétation imagée n’était donc pas possible. Si «  manger quelqu’un  » avait voulu dire «  aimer  », on peut supposer que les disciples n’auraient pas été autrement étonnés par les paroles de leur maître. Mais, cela veut dire haïr.

Or, le Christ ne peut pas dire à ses disciples : «  Qui ne me hait pas, n’aura pas la vie éternelle.  » Ce serait complètement absurde. À l’extrême limite, il aurait pu dire : «  Si les méchants ne me mangent pas (sous-entendu : ne me tuent pas), alors le salut ne sera pas accompli.  » Mais il dit : «  Si vous, qui m’aimez, ne me mangez pas, vous n’aurez pas la vie éternelle.  »

Aussi étrange et perturbant que cela puisse être, il faut donc reconnaître que la meilleure hypothèse est que Jésus parlait littéralement. De même qu’il fallait manger l’agneau sacrifié dans l’Ancienne Alliance, il faudra manger l’agneau de Dieu dans la Nouvelle. Ne doit-on pas voir là une application de l’affirmation de Jésus : «  Je ne suis pas venu abolir la loi, je suis venu l’accomplir.  »

Messages

  • Charles, lorsque le Christ tend le pain à ses apôtres, ceux-ci mangent le pain, pas les doigts. Ce n’est donc pas littéral. Mais ce n’est pas non plus une métaphore : la tradition catholique valide la présence réelle.
    Jésus disait à la samaritaine : Dieu est esprit.
    Aussi se nourrir de la présence réelle, c’est se nourrir d’Esprit. Et cela non plus n’est pas une métaphore. Amitiés fraternelles.

  • De "sens figuré", à "littéral" en passant par "métaphore" "il faut donc reconnaitre que la meilleure hypothèse est que Jésus...", il ne s’agirait, finalement, que d’une hypothèse...

    Concernant les faits durant la vie de Jésus il serait peut-être avisé de prendre en compte les us et coutumes de l’époque et non les occulter. Pour exemple : le "prenez et mangez-en tous ceci est mon corps", le "prenez" faisant penser que Jésus aurait donné à chacun de ses disciples, de la main à la main, une bouchée de pain. Or et comme on le sait, dans cette région et jusqu’à nos jours il est courant que le pain (azyme ou pas) soit trempé par chacun des convives dans le plat principal ou dans l’assiette individuelle, chacun d’eux se servant donc ainsi personnellement tout en partageant collectivement et en même temps le repas.

    Si tout, dans la religion catholique, pouvait être scientifiquement expliqué, compris et admis y aurait-il place à la foi, c’est-à-dire à la confiance ?

    P.S.
    Dans le contexte "laÏc" des explications : une toute nouvelle publicité sur les chaines télé semble étrangement expliquer la Résurrection. En effet, une scène vidéo, inutilement longue et détaillée sur le processus chirurgical du don d’organes se termine par cette affirmation inédite : "Nous sommes tous recyclables". Comme les bouteilles de coca-cola, le "sopalin" ou les pub’s papier. Il serait bienvenu de réfléchir à ces méthodes d’"intrusion" dans les esprits.

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