Commencer à lire Saint Thomas d’Aquin

Randall Smith, traduit par Isabelle

mardi 20 septembre 2016

Les temps présents éprouvent l’âme des hommes. Certains jours où on a l’impression que, s’il n’y avait pas de mauvaises nouvelles, il n’y aurait pas de nouvelles du tout. Des actions terroristes brutales, le politiquement correct qui se fraye un chemin, et une élection horrible entre les deux candidats peut-être les pires d’Amérique. C’est à des moments pareils qu’il nous faut revenir à l’essentiel – ce qui est durable et qui procure une solide fondation basée sur le roc, plutôt que sur le sable. C’est précisément pourquoi je saisis cette occasion pour ne pas faire de commentaire sur aucun de nos problèmes actuels et j’écris plutôt sur Thomas d’Aquin.

Parfois, on me demande « que dois-je lire dans Thomas d’Aquin ? » Cette question vient habituellement d’une personne qui ne connait pratiquement rien à sa pensée ni à ses écrits, sauf pour avoir eu peut-être il y a des années des notions superficielles sur ce qu’on appelle « les cinq voies », les cinq « preuves » de l’existence de Dieu. Ils savent que Thomas d’Aquin est important ; certains savent même qu’on l’a appelé « le docteur commun de l’Eglise ». Intéressés à nourrir leur foi, ils pensent : « Je devrais lire Saint Thomas d’Aquin, mais quoi ? »

Comme les gens qui ayant décidé qu’ils devraient « lire la Bible », prennent un raccourci pour l’Exode, ou les Nombres, et ne font que regretter cette décision – « Est-ce qu’il n’y a pas un moyen plus facile de la lire ? » (Il y en a un : la messe quotidienne) – De même, certains décident qu’ils devraient « lire du Thomas d’Aquin », saisissent sa grande Somme théologique, et abandonnent en désespoir de cause à peu près à la troisième question. « Wow, ce truc est trop dur ! »

Oui, on ne s’en douterait peut-être pas d’après la plupart des cours de religion au lycée, mais la théologie peut être dure. Cela peut donner mal à la tête, autant que les cours de chimie, ou de physique avancée les plus durs. La Somme de Thomas voulait être un « texte pour débutants ». Je ne saurai jamais pourquoi tant de professeurs trouvent nécessaire de « niveler par le bas » la théologie alors qu’ils n’auraient jamais l’idée de le faire en chimie, biologie ou physique. Mais c’est ce qu’ils font et c’est là que beaucoup de gens se retrouvent.

Alors, disons que vous voudriez avoir un peu de la sagesse de Saint Thomas, mais que vous êtes un peu intimidé par la Somme. Vous n’êtes pas le seul.

Alors, que faites-vous ?

Eh bien, vous pourriez commencer par une bonne introduction comme « Le chêne muet » de G.K. Chesterton, ou le délicieux « Premier coup d’œil à Saint Thomas d’Aquin. (Un livre de poche pour thomistes voyeurs) » de McInerny ou, si vous aimez écouter, vous pourriez aller sur le site de l’université internationale catholique et trouver la vivante « Introduction à Saint Thomas d’Aquin » de McInerny

Mais supposons que vous veuillez lire Thomas d’Aquin dans le texte. Cela montre de votre part un bon esprit. Où commencer ? J’ai une suggestion à faire : Un bon endroit pour commencer à lire Saint Thomas quand on n’est pas habitué à lire des questions débattues au moyen-âge, est de débuter par n’importe lequel de ses « sermons-conférences » sur le symbole des apôtres, le Je vous salue Marie, le Notre Père, ou les dix commandements. Tous ces textes ont été destinés à un audience éduquée mais pas à des spécialistes. Ce ne sont pas des textes simplistes. Thomas pousse ses auditeurs à réfléchir et à le faire profondément. Mais ils sont moins techniques que la Somme ou ses Commentaires sur Aristote.

La plupart de ces textes ont été publiés séparément à une époque ou à une autre. En fait, je vais vous révéler un petit « secret commercial ». Si vous voulez trouver quoi que ce soit de Thomas d’Aquin dans une traduction anglaise, allez sur le site magnifique de mon ancienne camarade de classe Le docteur Thérèse Bonin : Thomas d’Aquin en anglais : une bibliographie. C’est une ressource inestimable.

Mais vous pouvez aussi acheter tous ces petits traités réunis en un volume intitulé Le Catéchisme de Thomas d’Aquin ; une explication simple de la foi catholique par le plus grand théologien de l’Eglise. Thomas n’a pas entrepris d’écrire un simple « catéchisme », aussi le titre est-il un peu trompeur. Mais c’est quand même assez honnête parce que les éditeurs ont réuni dans ce seul volume les commentaires de Thomas sur le Credo des apôtres, les dix commandements, le Je vous salue Marie, et le Notre Père – auxquels ils ont ajouté à la fin un peu de matière sur les sacrements.

En ce qui concerne les sacrements, le lecteur devra prendre certaines précautions. Thomas n’a pas pu finir la Somme avant de mourir à l’âge relativement jeune de 49 ans. Ce qui a été laissé inachevé au moment de sa mort, cependant, était la dernière section de la Somme, sur les sacrements. Aussi ce qu’on fait ses élèves, - dans leur amour pour leur maître,- fut de la « terminer » avec des textes trouvés dans des écrits antérieurs de Thomas : son « commentaire sur les sentences de Pierre Lombard ». Ce fut un geste noble, mais ce serait comme de « fourrer » dans le dernier livre de votre professeur, dans son « magnum opus », dans le fruit de toute une vie d’études, le texte de sa dissertation de doctorat. Aussi, vaut-il mieux le prendre avec précaution.

Quand les nouvelles sont mauvaises, ou simplement inintéressantes comme c’est bien souvent le cas tous ces temps-ci, pourquoi ne pas s’en échapper ? Ecouter McInerny parler de Thomas d’Aquin au lieu d’écouter les informations du soir. Lire Sant Thomas sur le Credo des apôtres plutôt que de lire le New York Times. Moins de tracas sur les nouvelles, et plus de réflexion sur La Bonne Nouvelle.

C.S. Lewis avait l’habitude de dire qu’il lisait rarement les nouvelles. S’il y avait quelque chose d’important à laquelle il puisse faire quelque chose, il faisait confiance à ses amis pour lui en parler. Pour le reste, il pensait que la meilleure réponse à ces choses auxquelles il ne pouvait pratiquement rien – d’horribles guerres, des gens qui meurent, des scandales de gouvernements – était de jeûner et de prier. Si vous croyez vraiment que Dieu est le Seigneur de l’histoire, alors la chose la plus pratique que vous puissiez faire est de prier. Et maintenant, pendant que vous priez le Je vous salue Marie et le Notre père, vous pouvez vous dire : « N’ai-je pas lu quelque part que Thomas d’Aquin a écrit des commentaires sur ces prières ?

Oui, Vous avez lu cela quelque part.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/08/06/beginning-st-thomas-aquinas/

Tableau : L’Apothéose de Saint Thomas d’Aquin par Francisco de Zurbarán 1631 [Musée des Beaux-Arts, Séville]

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