Éditorial

L’avortement et la conscience

par Gérard Leclerc

mercredi 1er décembre 2021

« La volonté des promoteurs de la loi, affaiblir la notion d’objection de conscience »
© Gerd Eichmann / CC by-sa

La loi examinée cette semaine par les députés en deuxième lecture ne se contente pas d’allonger de 12 à 14 semaines le délai pour un avortement, elle visait à supprimer la clause de conscience qui permet aux médecins de ne pas procéder à un acte contraire à leur conviction [1]. Certes, la volonté des députés de supprimer cette clause n’effaçait pas ce qui est prévu au Code de la santé publique, et qui permet aux médecins de s’abstenir de certaines pratiques pour raisons personnelles ou professionnelles. Mais, dans la volonté des promoteurs de la nouvelle loi, il s’agissait d’affaiblir singulièrement la notion d’objection de conscience et du droit des médecins, en évitant de mentionner la gravité d’un acte qui supprime une vie. Il convient, selon le rapport parlementaire justifiant les nouvelles mesures, de « pallier la stigmatisation et les difficultés d’accès à l’IVG ».

En d’autres termes, c’est la légitimité de l’avortement qui se trouve ainsi réaffirmée, comme un droit absolu qu’aucune distinction morale ne saurait affaiblir. Certes, nous n’en sommes qu’au début de la procédure législative. Le Sénat doit encore intervenir et il est probable qu’il s’opposera à ces nouvelles dispositions, qui ne correspondent pas aux tendances de la majorité sénatoriale. Le gouvernement lui-même se trouve dans l’embarras : il a requis l’avis du Conseil national d’éthique, mais il demeure lié par le militantisme de sa propre majorité.

Pourtant, tout ce qui a été voté par le passé nous place déjà aux antipodes de la loi à laquelle Simone Veil avait attaché son nom. Sans doute, s’agissait-il alors d’une première transgression qui s’opposait à une interdiction fondatrice. Mais l’intention du législateur n’était pas d’ériger l’avortement – pudiquement appelé interruption de grossesse – en droit. Non, ce dernier était considéré comme une sorte d’exception compassionnelle justifiée par une situation de détresse extrême. Depuis lors, d’étape en étape, la philosophie de la loi a été complètement transformée. Plus question d’exception, ou encore de possibilité de réflexion et d’échange préalable à une décision qui blessera profondément la psychologie de la femme, marquée dans sa chair et sa mémoire.

Supprimer tout débat intérieur

Tout doit être fait pour supprimer tout débat intérieur et tout obstacle moral. Le soupçon de contestation est insupportable, mais, du coup, le débat s’élargit au-delà de cette seule application. Il renvoie au fondement philosophique essentiel de la conscience humaine. Ainsi que l’écrit Damien Le Guay dans une tribune très argumentée du Figaro : « Le principe même de résistance en son âme et conscience est contesté. Il faudra un alignement des consciences sur la loi et une condamnation de ceux qui pensent autrement et se donnent le droit d’avoir un droit de retrait reconnu par les principes démocratiques. »

Toute notre tradition se trouve ainsi bafouée, celle qui remonte à Antigone dans son combat contre Créon, celle qui peut se réclamer de l’exemple d’un saint Thomas More, lui aussi martyr d’une certaine raison d’État. Une logique totalitaire s’est mise en marche. Qui pourra l’arrêter ?


[1Depuis l’écriture de cet éditorial, les députés ont rejeté la clause de conscience lors de l’examen de la loi le 30 novembre.

Messages

  • le sujet que vous évoquez est douloureux et contrariant. Objet quasi de campagne élective
    l’avortement que jadis on voulut éviter en généralisant la contraception, pour mettre un terme aux pratiques barbares des praticiens sans référence, a développé un usage en soi autonome et sous le couvert d’un droit individuel de la femme.

    La jeune femme appelée à exercer cette mission sera de toutes les époques celle à qui on demande une fois encore d’assumer cette décision personnelle qui de surcroit engagera le médecin à le faire avec ou sans son consentement.

    Au nom même de la pratique médicale ?
    D’une déontologie dont on cherche à comprendre les arguments suffisants.

    Avouons qu’en ces heures sombres où l’hôpital accueille la personne atteinte de la covid comme il peut ainsi recevoir la demande d’un avortement d’urgence, le sujet est difficile à comprendre.

    La question démographique étant en France un thème compliqué et peu évoqué dans l’espace public.
    On quête des réponses.
    Faute de mieux on adhère à la maternité de populations venues de l’étranger, sans le désirer en soi mais comme solution par défaut.

    Il s’agirait de soutenir et d’encourager du mieux et du plus la jeune future mère dans ce parcours de vie auquel on répond par devoir ou par l’urgence en acquiesçant à sa demande.

    On ne saurait oublier que la première et unique personne concernée par l’avortement est bien la jeune femme livrée à cette décision personnelle douloureuse.

    Lui reconnaitre des droits est légitime, lui témoigner des devoirs en est un autre. pour tous ceux qui sont censés d’accompagner ce parcours sanitaire difficile.

    Des deux laquelle des deux options aura la réponse commune et du bien commun du pays ?
    n’ayant pas de réponse, il ne me reste que d’attendre les modalités législatives d’une réforme qui va au delà même de l’avortement concerné !

  • L’avortement à 12 semaines de grossesse est un meurtre prémédité, il ôte la vie, il tue l’enfant
    La mère qui accomplit cet acte est en état de péché mortel, elle offense gravement Dieu.
    Le médecin qui accomplit cet acte est son complice

  • Autre chose, on présente l’avortement comme un droit de la femme. Dans bien des cas, elle demandera l’avortement sous la pression de son compagnon (tu avortes ou je te quitte).
    Et on obscurcit l’esprit de la femme en lui bourrant le crâne comme quoi l’enfant à naître n’est pas encore une personne humaine. Il y a fort à parier que de nombreuses femmes ayant avorté finiront un jour par comprendre l’énormité de leur geste, la suppression d’une vie humaine.

  • L’avortement est un crime insupportable aux yeux de Dieu et de Marie à une époque où les moyens de contraception sont à la portée de toutes les femmes. Que l’on soit chrétienne ou non, la femme ayant recours à cette interruption peut connaitre des conséquences dramatiques directes ou non. Aucune femme ne peut envisager cet acte sans y avoir réfléchi longuement. Il importe d’aider la future mère à donner à son enfant de l’amour, des soins appropriés et une future éducation Lorsqu’il est question d’un viol, la question se pose autrement et dans ce cas, l’avortement pourrait être justifié. Mais à notre époque, l’accueil d’un nouveau-né est source d’espérance ! Dieu bénisse toutes les femmes qui auront le courage et la volonté de mener à bon terme l’arrivée d’un enfant. Il leur donnera plus qu’elles ne le pensent. Confiance et espérance ! Et pour cet enfant, une marraine pourra également alléger la tâche de la maman en difficulté. Dieu est grand et ne nous abandonne jamais.

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