Traduit par Isabelle

Circoncision pour les chrétiens

par Michael Pakaluk

mercredi 25 juillet 2018

Voici une ancienne idée de spiritualité catholique que nous ne contemplons jamais : « Dans le Christ, vous avez été circoncis avec la circoncision du Christ » écrit Saint Paul (Col. II, 11) Avec raison, on considère le baptême comme une circoncision spirituelle, pas dans la chair. Il en résulte que comme membres de l’Eglise du Christ, nous pouvons nous faire référence à nous-mêmes, comme l’a fait autrefois le peuple juif par métonymie, comme « La circoncision ». « Nous sommes la circoncision, - nous qui vénérons le Seigneur par l’Esprit de Dieu » (Phil. III, 3)

Contrairement aux premiers chrétiens, peu d’entre nous sommes des convertis du judaïsme, aussi avons-nous peu de raisons de comparer nos pratiques aux traditions juives.

Mais la raison principale pour laquelle nous ne contemplons pas cette idée, je crois, c’est un protestantisme culturel implicite, qui a tendance à dissoudre et à évacuer de nos pensées tout ce qui est mystérieux.

Je le sais par ce que j’étais protestant autrefois. La circoncision n’est-elle pas un « travail de la chair » vide et décevant ? Il est sûr que c’est « une pratique religieuse externe qui manque de contenu spirituel », comme le dit la Bible encyclopédique Zondervan : « L’histoire de la circoncision illustre un des paradoxes de base qui empoisonnent la religion. L’homme a besoin de symboles comme moyens d’exprimer sa foi religieuse. Toutefois, les symboles sont régulièrement devenus des buts en eux-mêmes…Il faut périodiquement renouveler les symboles, ou les supprimer. » Dans cette perspective, la circoncision est parmi beaucoup d’autres, au mieux, un symbole de valeur utilitaire.

C’est l’opinion qu’on en a de nos jours, mais cela n’a pas toujours été le cas. J’ai été stupéfait, en lisant le commentaire que fait Saint Thomas du grand psaume pénitentiel (51), de découvrir une vision différente.

David s’y lamente « Car vois, je fus conçu dans l’iniquité, pécheur ma mère m’a conçu », (v.7) Si des textes probatoires étaient possibles, ce simple verset établirait l’existence du péché originel. Le prophète Samuel accuse le roi, « tu as tué Urie le Hittite par l’épée ; tu as pris sa femme pour tienne ». (2 Samuel XII, 9) Toutefois, le chagrin de David est si complet qu’il fait remonter son adultère et son meurtre à sa nature pécheresse.

Comme l’explique Saint Thomas d’Aquin avec lucidité, « C’est là qu’il met en avant la racine de sa culpabilité. La racine de toute actuelle culpabilité est le péché originel, qui fut reçu de nos parents, entachés eux-mêmes de ce péché. Cette tache était dans la mère et dans le père eux-mêmes de David.
Ce qui vient ensuite dans le commentaire, est encore plus intéressant. Comme n’importe quel bon interprète, Saint Thomas pose une série de questions à propos de ce verset. Puisque le péché originel est un, pourquoi David utilise-t-il le pluriel, « iniquités et péchés ? » Parce que, répond Thomas, bien que le péché originel soit un dans son essence, il est multiple dans son pouvoir et mène à de nombreux péchés.

Mais est-ce que les parents de David n’avaient pas été purifiés du péché originel par la circoncision, ce qui aurait permis que David ne soit pas conçu dans (leur) péché originel ? Et là, j’ai été stupéfait de trouver que Saint Thomas ne nie pas le postulat sous-entendu ! « Il faut dire que la circoncision et le baptême purifient bien l’âme de la culpabilité originelle ». Toutefois, il continue en disant que tout nouveau-né doit être circoncis à nouveau, de même que des enfants de parents baptisés doivent être baptisés à leur tour, parce que le péché originel est transmis dans l’acte de procréation.

Saint Thomas discute de la circoncision longuement, efficacement, dans son traité sur le baptême. « Toutes les autorités sont d’accord pour dire que le péché originel était effacé par la circoncision. » (ST III. 70). De plus, déclare-t-il, la circoncision accordait suffisamment de grâce sanctifiante pour éviter le péché, et cela rendait celui qui la recevait prêt pour la vie éternelle au paradis.
Alors quelle en est la différence principale avec le baptême ? « Le baptême opère comme l’instrument de la puissance de la passion du Christ, alors que ce n’est pas le cas de la circoncision ; Aussi le baptême imprime-t-il un caractère qui incorpore l’homme dans le Christ ». C’est une vision intéressante : la circoncision n’est pas un simple symbole, mais ce n’est pas non plus un signe qui accomplit ce qu’il signifie.

Les gens disent que toute la vérité catholique est virtuellement contenue dans chaque enseignement. Comme exercice de la pensée, considérez certaines des vérités qui se reflètent dans cette idée que la circoncision efface le péché originel.

1) Si nous affirmons cet enseignement complet et franchement mystérieux à propos de cet ancien rite juif, alors, pour en distinguer le baptême, nous sommes obligés d’affirmer que le baptême, comme les autres sacrements, travaille objectivement, ex opere operato, « à partir du travail accompli, plutôt que simplement sur la base d’une croyance subjective – puisque la circoncision l’a déjà fait. CE qui veut dire que la portée de tout le système sacramentel devient évident. En revanche, si nous voulons nous accrocher à une vision subjective du baptême, nous devons dire que la circoncision n’est qu’un symbole vide.

2) Nous sommes conduits à affirmer avec plus de force notre continuité, en tant que chrétiens, avec la religion des Israélites, et ainsi notre solidarité avec nos « sœurs et frères aînés ». Pourquoi ? Parce que la circoncision et les sacrifices étaient « du même type » que notre baptême et que la messe.- non pas le même type dans le sens de symboles également vides, mais des « caractères » efficaces qui transmettaient le pouvoir de Dieu et sa grâce quoi que de façon différente.

3) La vérité d’une importance vitale que le péché originel n’est pas une affaire d’influences sociales défectueuses ou de « structures », mais qu’il est « en nous », et transmis par la procréation – à travers le père, a-t-on reconnu, et non la mère – cette vérité nous est rappelée de façon éclatante par l’analogie entre le baptême et la circoncision.

4) En même temps, la justesse de la naissance virginale devient évidente car il ne serait pas juste pour le Messie de dire, avec David, « Vois, j’ai été conçu dans l’iniquité ».

5) Que le remède sacramentel de cette blessure de notre nature et notre séparation d’avec Dieu doive impliquer d’une certaine manière distinctement le sexe masculin – Les saints Ordres maintenant après l’incarnation, juste comme la circoncision à l’époque – ne peut plus être attribué désormais à quelque parti pris européen récent, mais semblera être la décision de Dieu, dans sa providence, provenant de l’appel originel d’Abraham dans la foi, il y a 4000 ans.

Une vision précise du baptême comme « la circoncision du Christ » semble un premier exemple de ce que le cardinal Lustiger avait l’habitude d’appeler « l’accès, à travers le Christ, à toutes les richesses spirituelles d’Israël ».

26 Juin 2018

Source : https://www.thecatholicthing.org/2018/06/26/circumcision-for-christians/

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