Cinq ans : de Benoît à François

par Gérard Leclerc

lundi 12 février 2018

Lorsqu’il y a cinq ans Benoît XVI annonça qu’il renonçait à sa charge de successeur de Pierre, on pouvait s’interroger sur les raisons d’une telle décision. Sans doute n’y avait-il pas lieu de mettre en cause les paroles du Pape, expliquant qu’il n’avait plus la force d’exercer sa responsabilité. Mais ce qui s’était passé au Vatican dans les mois précédents ne pouvait pas être éludé. D’évidence, il y avait nécessité d’une réforme de l’instrument de l’autorité pontificale que constitue la Curie romaine. Plusieurs scandales avaient montré plus que des faiblesses de sa part, des défauts structurels aggravés par les manquements d’une partie du personnel. Le grand docteur de la foi qu’était Joseph Ratzinger ne se sentait pas en capa­cité, le grand âge venant, de mener à bien une réforme qui n’avait que trop tardé. C’est dans cette conjoncture que le cardinal Bergoglio fut élu par le collège des cardinaux, ceux-ci ayant été impressionnés par la franchise et la lucidité de l’archevêque de Buenos Aires.

Le journaliste anglais Austen Ivereigh, inconditionnel du nouveau pape, dont il a étudié minutieusement le parcours, est formel : «  Jorge Bergoglio est un homme tel qu’on n’en voit qu’un par génération. Il allie deux qualités rarement réunies chez la même personne : il a le génie politique d’un chef charismatique et la sainteté prophétique d’un saint du désert. [1]  » Succéder à un Jean-Paul II et à un Benoît XVI n’était pas chose évidente. Mais le nouveau pape s’est vite imposé, en vertu des qualités soulignées par son biographe qui insiste par ailleurs sur sa mission de réformateur. N’est-ce pas ce que souhaitait Benoît XVI en déposant sa charge : un pape qui disposerait de l’énergie nécessaire pour changer ce qui empêchait l’Église de réaliser sa mission ?

Cependant, réformer c’est prendre des risques. On s’en est aperçu au moment de Vatican II et à sa suite. Et c’est une constante de l’histoire de l’Église. Consécutives à des crises, les périodes de renouvellements sont elles-mêmes facteurs de troubles et de divisions. Ivereigh marque l’opposition qui existe entre ceux qu’il appelle les réformistes et les rigoristes, de préférence aux progressistes et aux conservateurs. Le Pape, en prenant appui sur les premiers ne risque-t-il pas de mécontenter les seconds, d’autant que les reproches qu’il adresse à la Curie accusent un clivage dont on redoute les effets pour le peuple chrétien dans son ensemble ? Il ne servirait à rien de masquer la réalité de ces divisions. Il nous appartient de prier pour qu’elles n’entament pas profondément la communion ecclésiale. Il nous appartient aussi de restituer la pensée de François dans son intégrité, pour que ne se diffuse pas la confusion que certains répandent avec trop de complaisance.


[1Austen Ivereigh, François le réformateur. De Buenos Aires à Rome, Éditions de l’Emmanuel, 536 p., 20 €.

Messages

  • Sans doute, sans doute... Mais traiter avec la plus grande des brutalités -jamais vue depuis Pie XI- celles et ceux qui ne pensent pas exactement comme lui, moquer les enfants de choeur qui se tiennet trop bien à la messe, vilipender les catho convaincus et les familles nombreuses, poursuivre de sa rancune des communautés traditionalistes pourtant unie à Rome, ignorer publiquement les chrétiens d’orient en ne ramenant dans son avion que des réfugiés musulmans, installer un buste de Luther au vatican (on attend toujours qu’un temple protestant quelconque installe un buste de Pie X par exemple ne serait-ce qu’une semaine !), tout en décrétant une année de miséricorde, en plaidant le dialogue, etc... Je reste dubitatif. Ca sent son "jésuite" dans le mauvais sens de l’expression. Il me fait l’impression non pas d’un pape politique mais d’un pape politicien, un revanchard des années 70. D’ailleurs il "n’imprime" que chez les idéologues et les thuriféraires de cette époque.
    Non, je reste méfiant devant ce premier pape protestant de l’histoire de l’Eglise.

  • Pas du tout d’accord !
    François encourage l’afflux d’immigrés essentiellement musulmans qui vont mettre les chrétiens dans la situation dangereuse que l’on ne connait que trop bien. Au lieu de réformer la curie , il me semble que lancer une croisade de prières dont il serait le plus parfait acteur tous azimut serait beaucoup plus efficace. la prière est plus forte que tout.
    Déclarer qu’il ne fait pas de prosélytisme ...pour un pape :il faut le faire. Du jamais entendu !
    Et surtout se bien garder de réformer une pratique profanatoire à savoir la distribution dans la main, à tous venants du corps du Christ à chaque messe sur toute la planète ! Où est la foi ? Où est le fameux courage de réformateur ? Est-ce OUI ou NON le corps du Christ ? Pour tous ceux qui appliquent cette pratique en quoi croient -ils ? Qu’est ce que la réforme de la curie par rapport à cela ? Rien qui touche à l’essentiel qui est ailleurs. Un administrateur...Nous avons besoin de foi, de prières,.
    Demandez lui donc s’il osera demander que l’on prie pour LA CONVERSION DE L’islam ? Vous mesurerez son courage à sa réponse que l’on connait d’avance. Et quel courageux osera publiquement le lui demander ?
    Avant de le considérer comme un prophète, attendons de voir dans quel état sera son troupeau catholique dans quelques années quand l’Islam nous aura submergé en plus avec les migrants qu’il nous adjoint d’accueillir.
    heureusement la Tradition grandit chaque jour, ce qui nous donne encore une lueur d’espoir pour notre avenir sur la planète.

  • Merci pour cette lucidité courageuse dont nous avons tant besoin alors que sévissent tant d’euphémisations neutralisant tout enjeu et de simplismes idéologiques binaires. J’ai rarement vu, en si peu de mots poser une tentative de problématiser les actuelles contradictions de l’Eglise.

    J’en ajouterai une qu’il me paraît indispensable d’évoquer, la différence de postures recoupe en partie une autre dont la conjonction pourrait être terriblement redoutable (et que l’on retrouve dans certaines difficultés pastorales avec le prêtres "importés" confrontés à ce qu’ils considèrent comme le laxisme de leurs paroisses d’accueil sur famille, divorce, etc.- déclaration de l’évèque de Nevers-). Bref les fécondes églises, africaines notamment, sans qui le manque de prêtres en France pourrait devenir tragique, se trouverait plus ou moins en bloc marginalisées par une apparente identification au premier "camp". Le péril dans l’Eglise est désormais géopolitique. Fasse le ciel qu’il ne reste que virtuel.

    Puis-je une second remarque. Je trouve vos éditoriaux spécialement courageux et pertinents et pourtant je suis frappé par le peu de réactions que souvent suscitent. J’ai l’impression qu’il me manque un chaînon d’intelligibilité pour comprendre tout cela. Mais peut-être ne suis-je pas un lecteur suffisamment assidu.

  • Les églises continuent de se vider, lentement, mais sûrement

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