Traduit par Bernadette Cosyn

Chronique cubaine

Par Damiano Rondelli

dimanche 22 avril 2012

Note (résumée) de l’éditeur, Robert Royal.

Ce matin, nous vous offrons quelques réflexions personnelles de notre cher ami, le docteur Damiano Rondelli, à propos du récent voyage du pape à Cuba, dont le bon docteur a été un témoin direct. Comme vous le verrez en lisant ces lignes, il réfléchit aux choses, aux choses catholiques, dans une perspective profondément personnelle, ce que font tous nos auteurs, et qui n’est pas habituel dans notre culture actuelle. Si vous appréciez ce travail, s’il vous plaît, aidez-nous.

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Bienvenido a Cuba Benedicto XVI,
ces mots étaient écrits sur les ponts le long des autoroutes et sur des affiches fixés aux murs des immeubles colorés dans les rues du quartier de la Vieille Havane. Plusieurs d’entre nous qui avions pris l’avion depuis les Etats-Unis pour participer aux messes papales à Santiago et La Havane avaient une interrogation - et un doute : Benoît, le Vicaire du Christ était-il réellement le bienvenu ?

La première étape était Santiago de Cuba, pour la célébration du 400e anniversaire de la Viergen de la Caridad de El Cobre, patronne de Cuba. La messe a rassemblé une foule énorme. Tous applaudissaient le Pape, mais beaucoup n’étaient pas familier avec lui, ni avec l’Eglise Catholique.

Etablissements scolaires et usines avaient été fermés pour ce lundi, étudiants et travailleurs étant "invités" à se faire voir sur la place ou à s’entasser le long des rues. Ce genre d’invitation ne se refuse pas à Cuba. J’ai été surpris, cependant, de constater que tous semblaient écouter le Pape, probablement de la même façon qu’ils écoutaient sur la même place les autres chefs d’état en visite à Cuba. Chacun sait ce qu’il a à faire en de telles circonstances, il le fait tout le temps sans se plaindre et retourne ensuite sain et sauf chez lui quand tout est fini.

Néanmoins, il était très facile de parler avec ce peuple merveilleux et amical, tout spécialement avec les jeunes étudiants d’université, à la messe et dans les rues. Ils nous racontaient très volontiers combien ils aiment Cuba et comme tout y fonctionne bien. Evidemment, ils ont eu un entraînement minutieux qui a peut-être commencé quelques mois avant la visite papale ou, plus probablement, il y a cinquante-trois ans.

Mais ce sont des Latinos, et de ce fait ils ne refusent pas facilement la conversation. Ils font bon accueil à Benoît parce qu’ils pressentent que le gouvernement ne l’a pas en aversion. Ils se rappellent de Jean-Paul II en 1998, se souviennent que grâce à lui, ils ont commencé à fêter Noël. Ils soutiennent également que depuis quelques années toutes les religions sont autorisées à Cuba. Cependant, des décennies de persécution religieuse ont "chirurgicalement" coupé les jeunes générations de toute information ou enseignement sur le Catholicisme.

Benoït est bien accueilli, mais les jeunes ne savent fondamentalement rien de Jésus-Christ.

Face aux centaines de milliers de Cubains, le Pape n’a pas élevé la voix contre le Communisme. C’aurait été un discours commode pour un candidat à une élection, mais cela n’aurait pas aidé la fragile Eglise Catholique Cubaine.

A la place, Benoît a invité les gens, spécialement les jeunes à la controverse : que signifie la recherche de la vérité, une recherche à laquelle chaque humain est appelé, comment la rencontre du Christ vient combler cette recherche et donner la liberté. Il parle de l’Incarnation comme d’une vérité historique qui offre une dignité à tout être humain, et donc, par conséquent, aux Cubains.

Il n’est pas facile d’enthousiasmer les foules massées sur une place cubaine avec un tel message, mais il me semble qu’il a semé une graine qui grandira, grâce aux prêtres et aux religieuses travaillant humblement au sein des familles, parmi les jeunes adultes, et ce en dépit des difficultés et de la persécution.

A Cuba, la dignité a été fardée de couleurs concrètes et socialistes : la possibilité pour chacun de manger, étudier, travailler et être pris en charge. Mais cette dignité ne fait pas référence aux désirs, espérances et liberté individuelles.

Chaque fois que j’ai demandé à un chauffeur de taxi ou un serveur de restaurant comment ils envisageaient l’avenir de Cuba, ils ont répondu qu’ils n’en savaient rien. Ils se soucient essentiellement de leurs familles. Et tant qu’ils font ce qu’on leur dit de faire, leurs familles sont en sécurité et heureuses. Et c’est tout ce qui leur importe.

A Santiago, Benoît leur a dit que cela valait la peine de consacrer leurs vies au Christ. Il n’a pas dit "s’il vous plaît, réfléchissez-y", il a dit "ca vaut la peine". A l’évidence, il aime Cuba comme un père aime et prend soin de ses enfants : il espère qu’ils écoutent, prie pour cela et pour que ses paroles ne soient pas oubliées après son départ.

N’est-ce pas ce que tout père désire ? A la Havane, Benoît a parlé de liberté, de pardon, de paix et de l’Amour qui peut être trouvé seulement en s’attachant au Christ. Et il a appelé à de nouveaux pas vers la liberté religieuse, afin que l’Eglise puisse annoncer notre Foi.

Des libertés réduites, telle l’autorisation de posséder une maison ou un petit magasin ont été récemment accordées et de nombreux Cubains ont le sentiment que de plus grands changements se produiront après Fidel er Raul Castro. Mais l’avenir reste obscur. Une crainte semble être qu’un marché libre rendrait le peuple heureux uniquement jusqu’à l’arrivée d’armées d’investisseurs en provenance des Etats-Unis, d’Europe et d’Asie. Les Cubains continueront-ils de se montrer au travail en qualité d’employés, non plus du gouvernement, mais de compagnies internationales ?

Le voyage de Benoît XVI à Cuba a aidé à renforcer le dialogue et les négociations diplomatiques entamés en 1998 par Jean-Paul II (un séminiare a été réouvert peu après sa visite). L’Eglise Cubaine n’a que 300 prêtres. Elle a besoin de nourriture, de vocations et de liberté pour travailler sur l’ensemble de l’île. Et ces objectifs ne peuvent être atteints que par une patiente et constante négociation.

Quand Fidel Castro a rencontré le pape Benoît, il a exprimé la satisfaction que deux personnes ayant aidé Cuba aient été proclamés saints : Mère Térésa et Jean-Paul II. Bien que l’assertion du leader maximo ne soit pas absolument exacte (ils ne sont pas reconnus officiellement saints mais bienheureux), cela suggère que les gens ayant consacré leur vie au Christ peuvent recevoir une certaine approbation à Cuba, même si l’un d’entre eux a contribué à défaire le communisme international.

Benoît avait une dernière requête à présenter à Raul Castro : que Cuba soit autorisé à célébrer le Vendredi Saint comme fête nationale. Raul a annoncé par la suite que ce serait un jour de congé officiel.

Puiise le Vendredi Saint devenir le moyen par lequel Cuba verra le Christ prendre avec Lui sur la Croix tous les chagrins, craintes, douleurs des Cubains mais également leur espoir et leur extraordinaire richesse humaine, pour conduire chacun d’entre eux à la force, la paix et la liberté de la Foi en la Résurrection.

Damiano Rondelli est professeur de médecine et directeur de Stem Cell Transplant Program à l’université d’Illinois à Chicago. Il est rédacteur de "Storia delle discipline mediche" (histoire de la discipline médicale), un historique de la profession médicale.

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Source : http://www.thecatholicthing.org/columns/2012/a-cuba-diary.html

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